Tarbé, Trésors de Reims, p
Le nœud est simple et seulement garni haut et bas de deux rangs de grènetis. Le pied est décoré de bandes qui descendent de ce nœud jusqu’à une couronne plate qui en fait le tour. Chaque bande présente un chaton perlé, et des rinceaux en filigranes, etc. La couronne inférieure à laquelle elles aboutissent a le même genre d’ornements, quatorze chatons, soit quatre émeraudes, un œil de chat, une améthyste, deux verroteries, un grenat et cinq chatons vides. Les dimensions de ce beau calice malheureusement mutilé sont de omi3pour la hauteur, omii pour l’ouverture de la coupe et omo8 pour le diamètre du pied; son poids égale 465 grammes. (PI. CCXCVIII.)
La patène n’est pas moins remarquable. La partie supérieure est en or, mais la soucoupe inférieure, qui n’a été ajoutée que beaucoup plus tard et pour consolider le travail primitif d’orfèvrerie, n’est qu’en vermeil ; la jonction de ces deux parties est dissimulée par un cordon en forme de torsade qui l’entoure. La partie supérieure de la patène même offre cinq lobes ornés dans leurs tympans d’une entaille antique représentant un scarabée gravé sur une sardoine, deux grenats, un rubis taillé, un chaton vide. La circonférence est enrichie d’une bande de cabochons, d’émaux et de filigranes, entre autres de trois émaux cloisonnés, dont les deux premiers ont une croix verte sur fond bleu et le troisième un chien bleu sur fond vert muni d’un collier, deux améthystes, une pierre artificielle bleue, neuf perles et beaucoup de chatons vides.
Nous empruntons cette description au magnifique ouvrage de M. Auguin sur la cathédrale de Nancy; notre gravure a été faite d’après une photographie qu’on nous a permis de prendre dans le trésor. (PL CCXCVIII.)
Une légende miraculeuse nous montre ces reliques à la consécration de l’église de Bouxières. Le titre de fondation de cette abbaye existant autrefois dans les archives, est daté de Toul et de q35, ce qui semble donner aussi la date précise de notre calice. — L’église conservait la châsse de saint Gauzelin, qui renfermait le peigne, l’évangéliaire, la patène, le calice et le voile du calice, encore enfermé en 1743 dans un petit coffre d’écaille. M. Auguin a retrouvé peu de documents à l’appui de la tradition; il ne cite que les men-
Xe SIECLE. — SAINT GÉRARD.
tions faites de ces objets en 1244 et en 1454. Ils furent transportés à Luxembourg pendant la Révolution et soustraits ainsi aux forcenés de ce temps. Malgré cette pénurie de documents écrits, je ne crois pas qu’il soit possible de se refuser à reconnaître la vérité de la tradition et l’authenticité de ces reliques que leur caractère intrinsèque confirme pleinement. Le style de ces beaux vases appartient encore à l’époque carlovingienne, ce qu’on peut prouver en les rapprochant d’autres monuments et notamment de la couverture de l’évangiliaire de Metz que nous avons gravée1. (PL CCCCLXIII.)
Saint Gérard succéda à saint Gauzelin, en 96 3 , sur le siège de Toul; si nous n’avons plus les vases sacrés dont il se servait, j’ai eu du moins le bonheur de retrouver l’image de son calice dans les papiers de Montfaucon (Bibliothèque nationale, fonds latin, 11,912, f° 99), un dessin finement tracé à la sanguine et qui permet de juger assez bien le caractère de l’original. On sait que Montfaucon avait, dans les diverses régions de la France, des correspondants qui lui envoyaient des images pour ses ouvrages, images souvent inédites qui sont restées après sa mort dans ses papiers ; celle du calice de saint Gérard est non seulement fort intéressante par elle-même, mais elle acquiert encore plus de valeur, de l’illustre D. Calmet qui la lui adressa. (PL CCXCVII.)
Ce calice conservé alors dans l’abbaye de Mansuy, qu’avait fondée saint Gérard et qui venait d’être reconstruite, se composait d’une coupe très large, garnie de deux anses, portée sur un nœud godronné et un pied très évasé. Cette coupe était enrichie de dessins gravés, qui représentaient, sous des arcades, l’image de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge, de saint Pierre et de saint Paul, de six apôtres, en tout dix personnages. Les arcades étaient soutenues par des colonnes torses, ioniques, et surmontées d’une sorte d’antéfixe. Le Sauveur debout, nimbé, bénissait de la main droite et tenait un livre de la gauche. Les anses