pintes de Paris égalaient 3 lit
Xe SIECLE. — ANGLETERRE.
de fer. Le pied est d’argent, circulaire, bordé d’une bande partagée en huit segments d’or et de bronze et ornée aux points d’intersection d’un nombre égal de boutons d’émail. Le dessous du calice lui-même n’a pas été négligé par l’orfèvre ; dans le fond une boule de cristal couvre la virole d’attache de la coupe avec le pied, elle est entourée de plusieurs zones ornées d’arabesques ; enfin le bord extérieur, divisé en huit segments comme la bande supérieure qui lui correspond, est agrémenté d’entrelacs variés. 11 n’entre pas moins de 35q pièces dans la composition de ce calice.
L’Académie royale d’Irlande 1 a publié un mémoire très complet sur ce précieux objet ; après l’avoir décrit, on y cherche son âge, et parmi les données sur lesquelles on se fonde pour l’attribuer au ixe ou xe siècle, figurent surtout des comparaisons épigraphiques qui reportent l’inscription aux types des plus anciens manuscrits. La forme de l’Ase retrouve dans le livre de Dimma, l’évangile de saint Chad (vne siècle). — Le D dans l’évangile de Mac Regol (j-820), dans le livre de Kells, etc. L’L ressemble à un caractère hébreu dans l’évangéliaire de saint Chad à Lichfield, dans celui de saint Moling, au collège de la Trinité. Les O angulaires se voient dans le manuscrit de Durham écrit avant 626, sur une monnaie d’Offa, roi de Mercie (757 -J- 796), dans le Leabhar nah- Uidhre, célèbre manuscrit composé d’après un original du vie ou vue siècle par Maelmuire (f 1 106), sur une pierre de Roscommon du vie ou vne siècle, sur une inscription de Clonmacnoise du vne, sur une croix unique. Le P est fréquent dans les plus vieux manuscrits, livre de Durham, évangile de Mac Regol, — l’R dans le livre de Kells, l’S en manière d’X dans le psautier de saint Augustin (vne siècle), l’S verticale avec deux appendices à droite et à gauche de la haste est usuelle dans le livre de Kells, dans les évangéliaires de Lichfield, de saint Chad, de Mac Regol, etc. ; l’S anguleuse ressemblant à un 8 presque fermé paraît sur une des plus vieilles pierres d’Irlande découverte à Killeen Cormac, dans le comté de Kildare.
La partie ornementale de ce calice se rapproche par des analogies non moins frappantes des plus
1. The transactions of the royal irish açademy. Dublin, 1874, p. 433.
vieux manuscrits anglo-saxons et du genre décoratif que nous avons déjà signalé à propos du calice deTassilon. Les enroulements terminés par des têtes de chiens, les enlacements infinis des arabesques sont des traits que nous remarquons sur la coupe d’Ardagh et des caractéristiques du style anglo-saxon. Selon MM. Kemble et Franks, un de ces ornements tout particulier au style celtique, et appelé trumpet pattern , disparut au xie siècle après avoir été en usage dès les premiers siècles L
Ces diverses observations ont fait classer ce beau calice parmi les produits de l’art irlandais au xe siècle. Ce classement toutefois est peut-être trop reculé; j’ajouterai qu’on a cru reconnaître ce calice dans celui dont parlent les annales d’Irlande, en 1129, comme l’œuvre de la fille de Boderic O’Conor '2.
On trouva par la même occasion que ce beau calice, une petite coupe de bronze qui fut malheureusement brisée par la bêche ; elle avait omi4 de diamètre sur omo6 de profondeur; son pied manquait.
Une légende rapportée par Gocelin (1049), dans son histoire de saint Augustin, nous prouve qu’à une époque reculée les églises d’Angleterre, à moins que la pauvreté ne les obligeât à se servir de calices d’étain, étaient pourvues de vases en métal précieux 3. Il y avait, nous dit le chroniqueur, parmi les Saxons, un homme renommé pour la pureté de sa vie. Saint Augustin lui apparut au milieu d’une splendeur sidérale et lui ordonna, avec l’argent qu’il avait désigné, d’aller acheter un calice qui servit à célébrer les saints mystères sur son tombeau. Le visionnaire se rend à Londres et dans sa simplicité achète un calice d’étain. La nuit suivante, le saint lui apparaît de nouveau sous la même forme pour lui reprocher son manque d’intelligence : « Ce calice d’étain, « lui dit-il, que dans ta naïveté rustique tu viens « d’acheter, il convient de le donner à quelque « paroisse pauvre. Avec l’argent que tu conserves
1. Il faut avouer cependant que les ornefnents qui décorent la crosse des abbés de Clonmacnoise ont un certain rapport avec ceux-ci. — Or cette crosse, d’après la figurine d’évêque qu’elle porte, est romane.