Ann. Const. status, f. 643. (De 1 180 à
intéressantes. Nous donnons ci-jointe la copie de l’un d’eux.
Dessin de M. P, Durand, d’après une peinture d’Athènes.
Les orfèvres que les descriptions de calices précédentes nous ont montré si remarquables dans la composition des vases sacrés, comme penseurs, comme poètes, comme théologiens, prenaient alors une habileté de plus en plus grande dans l’exécution matérielle de leur œuvre. Leurs procédés n’étaient plus le privilège de quelques ateliers, ils devenaient propriété publique, et, ce qui est le caractère des époques de renouvellement, ils étaient consignés dans une sorte de code industriel par le moine Théophile. Rédigée sous forme d’un manuel, la Schedula diversarum artium mettait à la portée de tous, les moyens techniques pour former de beaux calices et des patènes dignes de la main divine qu'il y suppose tracée; depuis le découpage de la feuille de métal, à travers les péripéties souvent émouvantes de la mise au feu, jusqu’au dernier coup de grattoir donné aux nielles, il suit l’ouvrier dans les moindres détails du travail, il lui guide les doigts à chaque moment.
Aujourd’hui, lorsqu’on pénètre dans nos ateliers d’orfèvres, qu’on voit la feuille d’argent rapprochée d’un tour à vapeur, prendre en quelques instants la forme du calice, on est étonné de la j lenteur qu’acceptaient nos pères dans l’accomplissement de leurs travaux. Le minutieux enseignement que Théophile fait subir à son élève prouve cette patience que nous n’avons plus
XIIIe SIECLE. — ITALIE.
et qui donnait aux ouvrages un caractère plus artistique et personnel; au milieu des irrégularités, je dirai même des défauts, on retrouvait la main humaine, au lieu de la perfection fatigante que nos machines nous présentent. Nous engageons à relire les passages de la Schedula qui concernent cette étude et qui sont trop longs pour être transcrits 1 ; on y trouvera l’ancienne et studieuse attention des orfèvres rhénans, et en définitive on y ouvrira une des pages les plus curieuses de l’histoire des calices qu’il est difficile d’abréger.
De longues discussions ont eu lieu sur l’époque et la patrie de Théophile, que nous ont cachées les divers manuscrits trouvés jusqu’à ce jour ; les conclusions les plus probables qu’on puisse déduire du texte, sont qu’il était Allemand et qu’il vivait au xne siècle, c’est-à-dire au centre le plus prospère de l’industrie artistique à cette époque.
XIIIe SIÈCLE.
L’orfèvrerie subit une importante révolution dès le début du xme siècle, comme toutes les branches de l’art; les calices notamment sont sensiblement transformés, ils perdent les anses qui accompagnaient si gracieusement le galbe de leur coupe; ils deviennent plus élancés, polygones à leurs bases; le bol, au lieu d’être hémisphérique, prend souvent pour silhouette un segment de cercle; il est uni et n’a plus les riches pierreries carlovingiennes ou les beaux repoussés des ateliers de Cologne.
On a beaucoup vanté l’époque qui, rejetant l’art des cloîtres, l’a livré aux mains des corporations laïques; on a dit que l’art monastique était servile, lié par des règles despotiques; on a parlé de liberté et d’émancipation en le voyant s’affranchir des abris oü il avait trouvé asile pendant de longs siècles. J’avoue que la manière d’envisager cette transformation me paraît peu exacte et qu’elle doit partir d’un faux point de vue. Pour l’accep-
i. Bourassé, Dictionnaire d’archéologie, II, p. 728.
ter, il faut croire que les habitants de ces grands monastères étaient enchaînés dans l’essor de leur pensée; que leur esprit, étiolé à l’ombre, devenait incapable de ces grands élans vers l’idéal. Une telle conclusion n’est pas celle qui ressort de l’examen des monuments, et devant les nouveaux calices qu’il nous reste à enregistrer, nous nous prendrons souvent à regretter la richesse perdue, et surtout ces poèmes éloquents et silencieux, suspendus aux flancs des vases sacrés. Les ouvriers qui entrent maintenant en scène ne connaissent plus si bien l’Ecriture sainte, ils n’aiment plus en graver les versets, en rappeler le symbolisme ; la coupe sacrée va devenir pauvre d’ornements, ou ses ornements resserrés et sans ampleur nous attesteront une déchéance dans l’inspiration, sinon dans l’exécution manuelle. Cette conclusion, qui n’est pas celle qu’on choisit ordinairement aujourd’hui, sera sans doute celle du lecteur après avoir étudié quelques-uns des nouveaux calices.
Au xme siècle, pour commencer par l’Italie, notfs voyons Innocent IV (-j- 1254) renouveler les anciens décrets sur la fabrication des calices et ordonner qu'ils soient d’or, d’argent ou au moins d’étain 4.
Le calice de la cathédrale d’Alba peut être rangé dans la catégorie de ceux qu’on fabriqua à cette époque. M. le comte Mella, qui le fit restaurer, a bien voulu nous en donner le dessin et la description : « Il existe, nous écrivait notre vénérable ami, au dôme d’Alba Pompeia, un ancien calice restauré sous ma direction (1879-82). Quoique le caractère de son style présente un type assez répété au xme siècle, il pourrait remonter aux dernières années du xne, eu égard surtout aux petits médaillons grossièrement émaillés et ornés de griffons d’un très mauvais dessin. Les garnitures sont très simples et lisses, les deux colliers en argent à huit faces, ainsi que le pied, sont gravés et alternativement émaillés en noir. La coupe, la monture inférieure et le pied sont dorés. Les quatre médaillons du pied en mauvais émail représentent les attributs évangéliques et un crucifix. A l’exception des deux colliers de la tige, tout est en or, même les ornements, les petites feuilles du nœud sont rapportées. Tout le vase a om2i5 de hauteur, la coupe supérieure, omi3 de diamètre. »