Latins
Franc. 167. Bible de Philippe le Hardi, etc.
Voyez aussi notre planche des flabellà CCCCVC,
devaient bientôt disparaître sous le déluge de nouveautés que la Renaissance jeta dans l’art. La coupe elle-même fut envahie par une multitude d’ornements sans raison et sans symbolisme où l’on négligeait la pensée pour ne parler qu’aux yeux; elle fut doublée d’une fausse coupe avec des rayons moitié droits, moitié flamboyants ; des têtes d’anges bouffis, des fruits, des courbes brisées et interrompues à chaque instant, un fouillis inextricable, sous prétexte de richesse; enfin, comme si tout cela ne suffisait pas à l’ambition de nouveauté que possédaient les orfèvres, l’architecture elle-même vient figurer dans ce chaos. L’Espagne se signale particulièrement dans cette décadence. M. le chevalier da Silva nous a communiqué le dessin d’un calice1 qu’on peut prendre ici pour type. La coupe, lisse au bord, s’enveloppe bientôt d’ornements serrés, des anges à mi corps sortent de rinceaux qui les entourent de toutes parts de feuillages tourmentés; ils figurent là dans un but seulement décoratif et sans que l’artiste se soit expliqué à lui-même leur présence à cet endroit. Au-dessous, à la place qu’occupait le nœud, on voit un édifice hérissé de clochetons, de fleurons, d’ogives, de pointes de toutes sortes, sur un double étage, édifice soutenu par de lourdes consoles ; au-dessous encore une seconde couronne architecturale ; puis le pied, sur lequel sont étendus divers personnages, et enfin le socle dont la pauvreté contraste avec le luxe désordonné des parties supérieures.
De telles compositions accusent une décadence définitive et fontpmesque souhaiter la venue de Lepautre et des calices Louis XV avec leurs ornements baroques2.
L’Orient nous offre peu de ressources pour les derniers temps de l’histoire des calices. On a dit que la conquête latine et le sac de Constantinople avaient donné un coup mortel à l’orfèvrerie byzantine. Cette assertion est exagérée, car M. Riant nous assure que le trésor impérial vidé par les pillards ne tarda pas à se reconstituer ; il n’en est pas moins vrai que l’appauvrissement qui précéda
1. J’en ai vu un du même genre dans la collection de M. Stein.
2. On peut voir une collection intéressante de calices du xvm» siècle dans le Recueil d'orfèvrerpe religieuse du Cabinet des estampes.