Relation de voyage de M. de Nointel aux îles des
Princes. — Extrait de La perpétuité de la Foy. Renaudot,
III, p. 5gg. Paris, 1713. M. Durand a attiré mon attention sur ce curieux document.
nous trouvons une description qu’il est bon de consigner ici : « Dans l’église de l’Assomption, près de saint Dimitre, la Communion des apôtres : au milieu un autel avec un dais soutenu de quatre pilastres, aux deux bouts Jésus-Christ, les pieds posés sur l’autel, tenant d’un côté l’Eucharistie et de l’autre 1</ calice. Il y a à droite et à gauche six apôtres, qui font les douze, qui viennent l’un après l’autre dans une posture fort dévote recevoir ce gage de l’amour divin. Saint Pierre d’un côté reçoit le saint Sacrement dans la main, et de l’autre saint Jean (?) boit au calice, et tous ceux qui suivent sont si bien peints que par leurs gestes ils témoignent assez la créance de la réalité, n’y ayant que Judas, lequel est représenté le dos tourné à son maître et tenant un doigt dans sa bouche, le peintre ayant voulu représenter qu’il trahissait celui-là même qu’il allait loger dans son cœur.
« Quoique ces figures représentent bien la vérité du mystère qui est suffisamment prouvée par la lampe qui pend au milieu du dais et par un livre posé sur l’autel, où sont écrites ces paroles : « Prenez et mangez, ceci est mon corps... » les figures du troisième rang sont encore plus expressives; un autel y est peint et dans le milieu le
Dessin de M. Durand, à Athènes.
calice d’où l’on voit Jésus-Christ sortir, en chair, en figure d’un enfant, ayant à sa droite le livre des Évangiles, où les paroles qui opèrent cette merveille sont écrites... On m’a assuré qu’il n’y
COMMUNION
avait point d’église grecque qui se fût un peu conservée, où il n’y eût, dans l’enfoncement, une double représentation du mystère de l’Eucharistie. »
N.ointel cite plusieurs autres églises où l’on voyait encore au xvne siècle des peintures analogues ; dans quelques-unes, la figure de Notre- Seigneur n’était pas répétée, mais il étendait à la fois ses deux bras pour rappeler le crucifiement et en même temps distribuer la Communion sous les deux espèces *.
M. Dobbert tait observer que la tradition de ces peintures typiques est parvenue jusqu’à nous ; deux peintres modernes, Ludwig Thiersch et A. Beideman, se la sont rappelée, en décorant la chapelle des grands-ducs Michel et Nicolas à Saint-Pétersbourg, et dans l’église du château impérial de Livadia.
Les manuscrits grecs nous offrent de nombreux et riches sp>écimens pour le xie et le xne siècle. Dans l’évangéliaire grec de la Bibliothèque nationale (n° 74, f° i 5 6, v°) nous trouvons, sous une petite échelle, la répétition des vastes tableaux que nous avons signalés. Notre-Seigneur distribue d’un côté le pain, de l’autre le vin à ses apôtres qui s’avancent par groupes de cinq et de quatre. Il est debout derrière de superbes chancels d’or, avec balustres, boules de couronnement, porte ouverte et ornée de barreaux croisés; il a une tunique bleue, un manteau d’or. Les apôtres ont des ve'tements resplendissants d’or et de couleur. La patène garnie des particules est sur l’autel. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit ailleurs'2 sur la finesse merveilleuse de ce manuscrit, qui nous a permis de grossir beaucoup les têtes des personnages, pour rendre compte de la délicatesse du pinceau et de l’expression des physionomies. N’oublions pas une observation sur
1. Qu’on nous permette ici de citer cette belle inscription que M. Paul Durand a copiée sur une fresque représentant la divine liturgie dans une église de Grèce, et que son frère a bien voulu nous communiquer : « Tu vois, ô « mortel, le sanctuaire divin qui fait frissonner les anges, « ces purs esprits. Là s’accomplit le sacrifice mystique du « corps vivifiant du Seigneur au milieu des légions célestes « qui l’escortent. Toi donc approches avec une confiance « inébranlable pour prendre ta part d’un si grand mys- « tere, afin que tu obtiennes la rémission de tes péchés et « le repos dans l’héritage céleste. »