‹ La messe (volume 4)Chapitre 246 sur 335 · Gailhabaud, Arch. du v* au xvii6 siècle (atlas · texte numérisé non relu

Gailhabaud, Arch. du v* au xvii6 siècle (atlas

RÉSUMÉ

Cette étude, trop longue en elle-même, est encore insuffisante pour l’objet auquel elle s’applique, car le calice occupe une place souveraine parmi tous les ustensiles de la liturgie, et nous lui devions une laborieuse attention. Il convient donc encore de chercher, au milieu des nombreux modèles qui viennent d’être exposés sous les yeux des lecteurs, les liens qui les rattachent entre eux et qui forment leur histoire.

Le bon sens, la ressemblance des plus anciens calices eucharistiques avec les vases de table des Romains, les peintures des catacombes, nous ont appris d’abord que les calices primitifs étaient simplement empruntés aux usages domestiques. Nous les avons vus bientôt s’orner de sujets conformes à leur destination, comme les verres dorés qui représentent la figure du bon Pasteur.

Avec la paix, avec les richesses, cette première transformation s’accentue, le verre est souvent abandonné, et les orfèvres sont appelés par Constantin et saint Silvestre à remplir de vases magnifiques les nouveaux trésors des basiliques. Nous avons recherché les formes de ces calices sur les dalles funéraires, lesquelles, derrière les pensées symboliques, nous révèlent cependant des formes réelles et utiles à consulter.

Les Barbares arrivent; tous n’imitent pas Alaric, qui respecte les vases sacrés de Saint-Pierre; comme nous le savons par saint Ambroise et saint Hilaire, quand ils ne pillent pas les trésors, ils acceptent pour rançon des captifs l’or qui provient des calices fondus.

Bientôt l’Église dompte ces farouches ravageurs, qui viennent à ses pieds restituer leurs rapines; Clovis, justicier féroce, brise la tête du soldat de Soissons, Childebert consacre aux basiliques les soixante calices d’or qui enrichissaient son butin d’Espagne. Des ateliers d’orfèvres, alimentés par ces abondantes dépouilles, inspirés par ces modèles, encouragés par la dévotion royale, commencent à s’ouvrir. Le calice de Gourdon nous a montré l’habileté de ces nouveaux ouvriers qu’enveloppe déjà l’auréole de saint Éloi.

CALICES

Théodelinde rivalise, dans les magnificences de Monza, avec les princes mérovingiens, et nous a laissé le souvenir et les images de calices splendides, aux anses gracieuses et aux riches bordures de pierreries.

Justinien, vers le même temps, consacre Sainte- Sophie de Constantinople et couvre son autel de vases d’une richesse inouïe, où s’épuisaient l’or et l’habileté des orfèvres de l’Orient. Les traces de ces pieuses prodigalités ont disparu, les dernières parcelles de ces trésors ont été dispersées dans le pillage de la ville, mais nous pouvons en concevoir encore quelque idée sur les images que les mosaïques de Ravenne nous ont gardées. Nous y retrouvons ces calices d’or, ruisselants de pierreries et de perles, ornés d’anses aux volutes légères, à la panse sphérique, au col étroit et conique, au pied noué et étroit. Nous avons là sous les yeux le calice byzantin primitif adopté par toute la chrétienté, répété sur les médailles mérovingiennes, reproduit à Monza et jusque sur les bas-reliefs de la Syrie centrale.

La barbarie, dont l’Europe semblait remonter le courant, reprend bientôt son cours, que les derniers et faibles Mérovingiens ne savent plus contenir; la Providence les rejette alors de la scène et les remplace par une nouvelle et vigoureuse dynastie. Avec Charlemagne, comme nous avons eu tant de fois occasion de le redire, l’ordre se rétablit, les richesses affluent, et par suite l’orfèvrerie reprend un éclat nouveau. Les calices d’or et d’argent se pressent dans les trésors comme au temps de Constantin, et permettent à l’Église de repousser l’usage des vases de cuivre ou d’étain. Adrien I, Léon III, grâce aux munificences de Charlemagne, accumulent de somptueux calices; les monastères eux-mêmes, Luxeuil, Fontanelle, Saint-Riquier, peuvent prodiguer les métaux précieux dans leurs vases sacrés.

A cette époque, comme à toutes les époques fécondes, un nouveau type paraît sous nos yeux, le col étroit des calices disparaît, la coupe s’ouvre toute grande avec les deux volutes et le collier de gemmes attaché à ses bords, avec son nœud, son pied évasé ; nous découvrons la troisième phase, nous avons sous les yeux le calice qu’on peut appeler carlovingien, dont Nancy et le trésor de Venise nous offrent de splendides spécimens.

Nous nous sommes arrêtés longtemps dans ce

trésor qui nous conserve, comme une sorte d’arche, les types de l’orfèvrerie byzantine, c’est-à-dire les modèles d’un art incomparable qui ont longtemps servi à la chrétienté entière. Nous y avons vu ces coupes d’agate aux anses délicates, ces calices qui portent sur leurs lèvres les paroles divines de la consécration, et que rehaussent d’éblouissants colliers d’émail et de pierreries, ces vases de cristal, oü la matière semble se dérober aux regards pour mieux laisser, par sa transparence, pénétrer nos adorations jusqu’à la précieuse liqueur qu’ils contiennent. Nous nous sommes recueillis devant ces reliques d’un art qu’on a longtemps déprécié pour ne l’avoir pas assez connu ; nous nous sommes pris d’admiration pour les ouvriers capables d’exécuter de tels chefs-d’œuvre, pour les princes qui les ont su inspirer et qui ont satisfait à une telle dépense.

L’Occident les comprenait, les achetait, et même établissait des ateliers pour les imiter. Théophanie, cette Grecque, épouse de Othon II, puis les Croisades, les républiques italiennes, importèrent chez les Latins un grand nombre de ces beaux calices qu’on s’efforça de copier. L’Allemagne prit une place élevée dans ce mouvement. Saint Bernward d’Hildesheim se fit presque orfèvre luimême, afin de l’accélérer, et il fut un des fondateurs de la nouvelle école.

On copia d’abord, on emprunta la matière, la silhouette des vases; mais bientôt les artistes, qu’il était impossible d’enchaîner à des traditions fixes comme ceux d’Orient, s’émancipèrent, et, tout en gardant quelques traits de leurs maîtres, ils oublièrent souvent les leçons et créèrent un nouveau type de calice. Les coupes d’onyx furent remplacées par le métal, et les ceintures de cabochons filigranées par de riches bas-reliefs faits au repoussé. Aux silencieuses décorations de leurs calices, ils préférèrent les parlantes images de la Bible et de l’Évangile; ils enveloppèrent le calice, pour ainsi dire, d’un vêtement iconographique, comme un honneur qu’ils lui rendaient, comme un enseignement dont ils le chargeaient. Nous les avons vus étaler sur le pied, sorte de racine de Jessé, les souvenirs bibliques, Abel, Abraham, Melchisédech, Aaron, puis de cette souche donner essor à des feuillages vigoureux, à une tige qui porte dans ses rameaux les Évangélistes, ou qui reçoit les ondes fécondes des quatre fleuves du Paradis; nous avons vu sortir de cette tige, épanouis-

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