‹ La messe (volume 4)Chapitre 247 sur 335 · XVIII SIECLE · texte numérisé non relu

XVIII SIECLE

sèment d’une fleur magnifique, les scènes de l’Evangile, et enfin les saints apôtres assis autour de la coupe eucharistique, en possession de ses joies mystérieuses. Si la richesse a perdu quelque chose, on conviendra que la pensée a beaucoup gagné et que la création du type roman, ainsi compris, fut, à ce point de vue, un progrès dans la liturgie monumentale.

L’Europe tout entière le reçut. Nous le signalons non seulement en Angleterre, en France, en Suède, mais nous l’apercevons jusqu’au delà des Pyrénées, à Tolède et à Lisbonne. Pendant deux siècles, la forme, l’ornementation, le symbolisme furent acceptés presque partout. Ensuite, on se lassa de ces majestueux calices, on les accusa de gêner par leurs reliefs les lèvres du célébrant, d’être trop vastes pour le nombre des communiants. Alors les fleurs tombèrent de la coupe, les gracieuses volutes des anses disparurent de leurs flancs amaigris, la coupe se rétrécit, elle se dépeupla des vigoureux personnages qui s’y pressaient naguère; l’ornementation s’étiola, rechercha ses effets dans de timides arabesques ou de pâles émaux, la tige s’élança, devint polygone comme le pied, et, au lieu des mâles cratères du xne siècle, ne soutint plus qu’une coupe étroite et de forme parabolique.

Le mouvement de décadence s’accélère sous le souffle dissolvant de la prétendue Renaissance; nous avons montré les calices maigres, fragiles, comme ces corolles portées sur des tiges débiles, qui semblent incapables de garder dans leur sein la rosée du ciel; nous les avons vus se hérisser de folles fantaisies architecturales, ou se couvrir de molles arabesques que l’orfèvre y ciselle d’une main machinale ; des flammes dardent sous la coupe sacrée des ornements sans raison n’exprimant aucune pensée, et la main remplace l’esprit et le cœur. Enfin nous avons indiqué, sur les derniers degrés de cette décadence, les artistes du xvie siècle livrant après eux les calices aux ouvriers baroques des siècles modernes.

De ce spectacle nous ne devons pas seulement tirer la satisfaction d’une curiosité historique, nous devons y chercher des leçons; nous devons, aujourd’hui que l’industrie jette entre nos mains d’étonnantes facilités de fabrication, nous reporter aux calices des byzantins primitifs, comme aux types achevés d’élégance et de richesse, nous ins¬

pirer aussi de ces calices symboliques qui donnent une si haute idée des ateliers rhénans, de leur habileté et de la poésie de leurs inspirations; et là, devant ces grands modèles, nous apprendrons beaucoup au profit de nos saints vases.

Le tableau séculaire qu’on vient de tracer donne un autre enseignement plus élevé, qu’il importe de faire saisir : à savoir au milieu des variations de sa forme, la permanence du calice chrétien. Qu’il soit de verre, de bois, d’étain, de pierre, d’argent ou d’or, qu’il soit rétréci ou massif, bas ou élancé, simple ou riche, il subsiste toujours, et le vent des révolutions, les caprices de la mode qui le transforment à l’infini, ne le renversent jamais. Nous le voyons à travers les siècles rayonner du même éclat sur le tombeau des martyrs, dans les basiliques des Mérovingiens, sur les tables d’or des Carlovingiens, sur les autels romans, gothiques ou modernes. Isolé sur l’autel, ou seulement accompagné de l’évangéliaire, il est le centre de la liturgie chrétienne, l’objectif incessant des adorations. Les religions antiques ont eu leurs vases à libations, mais lequel a reçu jamais de tels honneurs et brillé d’une telle majesté dans les temples?

Cette immortalité éclate comme un miracle sur toute cette histoire. La Bible, l’Evangile, ies apôtres parlent de ce vase d’élection et du mystérieux breuvage ou nous puisons la vie. Sur les tombes des matryrs, il symbolise les délices victorieuses ; dans les chapelles cimetériales, les colombes s’y abreuvent, sur les sarcophages sa coupe laisse surgir des pampres nourris d’une sève divine.

Tout s’effondre sous le torrent des invasions, on peut le croire à jamais plongé dans cet abîme; mais le voici qui remonte triomphalement, qui resplendit sur les autels relevés et qui prend sur les médailles la place même des effigies de César. Les dynasties se succèdent, mais le calice demeure toujours, honoré, enrichi, chargé d’adorations, d’hommages, d’or et de pierreries. On ne se contente plus de le vénérer sur l’autel, on le suspend partout dans les basiliques, et chaque arcade reçoit ainsi son action éloquente dans ce solennel témoignage; on ne le façonne pas seulement pour les vivants, on le dépose aussi dans le tombeau comme un gage de vie, comme une promesse de résurrection. Les sculpteurs et les peintres le re-

RESUME

présentent sans relâche, les orfèvres se fatiguent à l’orner, les princes y dépensent leurs trésors, y jettent les joyaux de leurs femmes; un calice, nous dit la légende, suffit à racheter l’âme de l’empereur; ce vase inaccessible, qu’aucune main étrangère au sanctuaire ne peut toucher sans sacrilège, qu’aucune révolution ne peut anéantir,

ce vase qui rayonne au milieu des sombres tourbillons de la terre, qui concentre tant de générosités, tant de prières, tant d’amours, ce vase devant lequel dix-neuf siècles sont agenouillés, que peut-il être si ce n’est le calice de la Cène; que peut-il contenir si ce n’est le sang véritable du Christ !

PATÈNES

ORIGINES

Nous avons eu souvent l’occasion, en étudiant les calices, de nous occuper aussi des patènes qui leur sont presque toujours unies dans l’histoire et dans l'usage liturgique; cependant un instrument si important du saint sacrifice ne peut être considéré accessoirement, d’autant que nous rencontrons dans les trésors beaucoup de patènes isolées que nous n’avons pas mentionnées, et son emploi différent demande des observations spéciales. Nous devons donc ajouter ici quelques indications qui compléteront les recherches précédentes.

De tout temps la patène a servi au ministère des autels, son origine est certainement romaine, comme son étymologie. On croit que le mot vient de patere, à cause de sa forme ouverte et aplatie, « vas late patens 1 », c’est l’opinion de WalatVide Strabon au ixe siècle 2; Jean de Garlande (-]- 1 08 1 ) 3 exprime la même idée :

« A pateo dicas patenas, conjunge patellas,

Vas dico patenam, calicis tectura patenam. »

Lebrun 4 nous dit qu’on l’appelait autrefois platène ou platine, c’est-à-dire petit plat pour les offrandes.

Nous n’avons pas besoin de rappeler longuement

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