‹ La messe (volume 4)Chapitre 268 sur 335 · HOSTIA FIT GENTIS PRIM1 PRO LABE PARENTIS · texte numérisé non relu

HOSTIA FIT GENTIS PRIM1 PRO LABE PARENTIS

1. Lettre du 18 mai 1726. — Bibl. nat. , fonds latin, 1 1912, f. io5.

« L’Agneau qu’un peuple alors chéri a cloué sur « l’autel de la croix, devient victime de sa nation « pour racheter la faute du premier père. »

Le plus ancien auteur qui s’occupa de cette patène fut un prêtre sicilien dont l’ouvrage n’a pas été publié. Au commencement du xvme siècle Pastrizio fit paraître à Rome une dissertation sur cet objet1; il ne voit que du symbolisme dans tous les ornements. Pour lui le cercle d’argent qui environne l’Agneau signifie la pureté, le ciel des planètes; le second, fleuri et émaillé d’azur, les diverses vertus; le troisième d’or, la suprême charité. Le voile de l’autel forme sept plis, image des sept sacrements, et les lettres dont il est brodé rappellent les plaies de Notre-Seigneur. Les lobes sont les pétales d’une rose qui symbolise la passion du Christ, les zones qui s’éloignent du centre marquent l’éternité. Pastrizio recherche ensuite le sens des caractères qu’on observe dans les lobes; il y croit lire le nom d’Adam, sa chute, le nom de Marie, la croix libératrice.

Nous rencontrons, après Pastrizio, dans l’histoire bibliographique de cette patène, le Père Sebastiano Pauli"2 qui réfute sans peine les interprétations de son prédécesseur. Il considère même les ornements des lobes, malgré l’opinion de Paciaudi, comme de simples méandres sans signification.

Olaus Gérard Tychsen, professeur de langues orientales à l’université de Rostoc, s’occupa aussi de cette patène au xvme siècle.

Enfin parut à Padoue, en 1804, une brochure d’Assemani, professeur de langues orientales au séminaire de Padoue, qui y inséra la gravure de Pastrizio. Il n’hésite pas à dire que la patène ne peut être celle du ve siècle, caries caractères qu’on y distingue sont coufiques, et appartiennent au xie ou xiie siècle. Il montre les monnaies siciliennes portant à la fois des inscriptions grecque, latine et coufique, et cette analogie avec la patène de

1. Patenæ argenteæ mysticæ, quæ utpote Divi Pétri chrysologi Foro-Corneliensis civis atque ravennatis archiepiscopi munus Foro-Cornelii Ecclesiae S. Cassiani martyris colitur descriptio et explicatio, etc. Romæ, 1706, in-40.

2. De Patena argentea Foro-Corneliensi olim (ut fertur) S. Pétri dissertatio. Naples, 1745.

J’ai vu aux estampes, dans le Recueil d’orfèvrerie religieuse, vol. III, un bois de cette patène avec cette signature : Julius Candiotti, seul. Romæ, 1772-

XIe SIÈCLE.

Imola lui fait penser qu’elle fut travaillée en Sicile au xnfi siècle, car cette singularité des trois langues simultanées ne se trouve que là. Quant à l’inscription oü Tychsen lisait : Hoc beneficium cupide comedat reus; de Murr : profecto comedat reus , Assemani propose cette version :

Contempla Agnum Dei Excelsi.

J’ai voulu soumettre cette traduction, qui nous donnait une formule peu satisfaisante, au savant abbé Bargès, qui a toujours prodigué tant d’intérêt à ces études, et voici la réponse qu’il a faite à nos questions. Il regarde ces caractères comme du genre carmathique. Carmath, qui florissait en 8g r, est le fondateur d’une secte dévastatrice, laquelle bouleversa tout et changea même l’écriture. La nouvelle écriture prit son nom et subsista pendant deux ou trois siècles. En rapprochant les caractères de la patène des types analogues et datés, on trouve qu’ils doivent remonter au xie siècle. M. Bargès leur croit la signification suivante :

t° Le premier mot signifie incontestablement au nom de; 2° le second, moins clair, semble indiquer le nom de Dieu ; 3° le troisième veut dire ton serviteur ; q° le dernier mot est le plus incertain, cependant il doit renfermer une signification de dédicace, ce qui donnerait cette phrase pour l’ensemble :

Au nom de Dieu, ton serviteur fait cette offrande

La conclusion chronologique est la même que celle d’Assemani, et la version me semble convenir beaucoup mieux à la destination de l’objet auquel s’applique l’inscription.

La présence dans des mains chrétiennes, et pour une fonction liturgique, d’un plat travaillé par des Arabes, est une preuve enfaveur du xie siècle. Nous avons signalé dans l’article des calices un vase sacré qui semble façonné par les Maures d’Espagne ; nous avons vu les Pisans placer au sommet de leur cathédrale, à la fin du même siècle, un griffon de bronze qui offre beaucoup d’analogie avec la patène d’Imola ; enfin les trésors des églises nous montrent encore une quantité de cristaux de roche, d’ivoires, bronzes, tissus qui n’ont pas d’autre origine.

J’ajouterai une considération fort concluante en faveur de cette attribution à l’époque romane, c’est la forme léonine des deux vers latins inscrits sur

la bordure. Il est possible que des vers coupés par des rimes à la fin du premier hémistiche aient été faits à une époque plus reculée, quoiqu’il faille mettre sur le compte fortuit beaucoup des exemples qu’on propose; il n’en demeure pas moins certain que c’est au xie ou xiic siècle que la vogue en devint plus générale ; on cite surtout Hildebert, évêque du Mans (1057 -J- 1134), qui a laissé un grand nombre de poésies de ce genre et Leonius, religieux de Saint-Victor, au xne siècle.

Nous citerons après la patène d’Imola une autre patène qui se trouvait au couvent d’Abella, près de Capoue 2, et qui semble ornée tout autour d’une inscription coufique avec arabesques ; on voit au milieu la grappe de raisin de la terre promise rapportée sur les épaules des deux explorateurs hébreux.

Nous avons, en parlant des calices, décrit un assez grand nombre de patènes que l’histoire ne peut en détacher ; dans les documents qui nous en rappellent le souvenir, nous trouvons toujours la mention « cum patena sua, una cum patena 3. » Il est donc inutile de renouveler ces descriptions, nous nous contenterons d’ajouter quelques exemples et de signaler les modifications les plus importantes de la forme.

Une miniature du mont Cassin nous présente, pour le xie siècle, une singulière patène qui porte quatre lobes, non pas, comme nous l’avons toujours vu, inscrits dans un cercle, mais festonnant les bords du plat ; c’est le véritable quatrefeuilles du moyen âge. (PI. CDXLVIII.)

Au xiie siècle, surtout en Allemagne, les patènes se chargent d’ornements infinis, ce sont des poèmes entiers; celle de Wilten que nous avons décrite avec le calice, en est un exemple remarquable. On en conserve une à Saint-Pierre de Fritzlar ( Hesse élect.) qui n’a pas moins de om25 de diamètre et sur laquelle on voit les quatre symboles évangéliques, deux inscriptions concentriques et douze figures d’anges 4. (PL CCCXX.)

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