Archaeol. journal, II, p
Bibl. nat., Martène, De rit.
MESSE
iv— 3
COMMUNION
Une des premières images représentant les communiants à genoux, est une fresque de Saint-Laurent-hors-les-murs, à Rome (PI. XIX); je crois que l’usage n’est pas moins ancien en France, et nous en trouvons un témoignage précieux dans une Bible latine de la Bibliothèque nationale(88q.6, f° 1 3 5). La sainte action s’accomplit comme aujourd’hui devant nos autels. Les fidèles agenouillés joignent leurs mains en recevant l’hostie, le prêtre garde dans la patène une provision des disques sacrés sur lesquels est marquée la croix. Le diacre se tient près de lui, le calice à la main droite, et peut-être à la gauche l’étui du chalumeau qui permettra de communier sous l’espèce du vin. On trouvera cette miniature reproduite (Pl.CCLXIV) et on en verra en même temps plusieurs autres représentant la réception de l’Eucharistie aux xne et xme siècles.
Aux xiv° et xve siècles les exemples se multiplient pour nous montrer les communiants agenouillés autour des prêtres qui leur déposent l’hostie dans la bouche. Nous avons rappelé (PL CCLXV) quelques miniatures de la Bibliothèque nationale qui pourront ici servir de témoignages h
RÉSUMÉ
Nous devons reprendre sous un coup d’œil général l’exposition des images que nous venons d’examiner successivement, afin d’en résumer les principaux traits dans notre souvenir.
A l’institution de l’Eucharistie, les apôtres représentaient autour du Sauveur l’humanité tout entière, qui a pris là, des mains divines, sa première Communion. Nous devons donc considérer la Cène non seulement comme une action historique, mais de plus comme un fait de la liturgie primi-
i. Fonds français, 166, 167. Fonds latin, 5286.
On trouve dans les Mémoires de la Société du Midi, II, p. 1 63, une miniature du xv« (?) siècle figurant la Communion de saint Exupère dans les mêmes conditions.
Voyez Communion de sainte Marie Egyptienne, vitrail de Bourges (P. Martin). — Notre-Seigneur donnant la Communion à ses apôtres agenouillés, dans un manuscrit du xiii» siècle. (Fonds fr.,9561.)
tive, et ses images comme un des éléments de l’étude iconographique de la Communion.
Sous la loi d’arcane qui régissait les premiers siècles, ces images permettaient aux peintres des cimetières de cacher le sens intime de leurs pensées aux regards vulgaires. Un païen, en visitant ces hypogées, pouvait y reconnaître un de ces repas funéraires si répétés dans les sépultures antiques, un catéchumène y discernait un souvenir de l’Évangile, mais le fidèle initié, dans les sept jeunes gens couchés sur les coussins du sigma, découvrait la Communion du lac de Tibériade, bien plus, il y saisissait la figure de celle qu’il avait le bonheur de faire chaque jour.
Nous avons vu avec quelle lucidité M. de Rossi avait dévoilé ce sens mystique dans les fresques de Saint-Calixte et rendu des images de l’époque la plus reculée à l’iconographie eucharistique.
A ces images incontestables nous avons ajouté la mention des figures du banquet céleste dont le sens est moins direct, moins terrestre, et qui cependant pouvait sans doute se confondre dans l’esprit des peintres et des fidèles. Le mystique poisson y paraît comme dans les autres, les mêmes pains y rassasient les convives, ils boivent en faisant des gestes et des acclamations joyeuses.
Après l’époque primitive, temps de secret, d’ombre, de voiles, se lève l’époque constantinienne. Malgré la victoire, l’habitude est conservée par les artistes de n’exposer leurs œuvres que sous des figures symboliques; nous avons vu alors paraître une multitude de sarcophages qui laissent encore la réception de l’Eucharistie sous la représentation des pains du désert, des sept corbeilles. Les chrétiens n’étaient plus menacés, et cependant, soit qu’ils craignissent, devant une société encore presque païenne, de présenter des images qui auraient pu scandaliser et se trouver pour ainsi dire profanées en étant méconnues, soit que le souvenir des catacombes, de leurs épreuves leur fût cher comme celui d’une prison au captif qui recouvre la liberté, ils tinrent encore longtemps à conserver leurs voiles et leurs types dans l’iconographie.
Les témoignages des Pères, dont nous avons rapporté un assez grand nombre, nous ont prouvé que la liturgie de l’origine avait des règles fixes pour l’Eucharistie, que les fidèles la recevaient
RÉSUMÉ
dans les mains superposées, devant les chancels, qu’ils goûtaient à la liqueur divine du calice, s’essuyaient les lèvres pour reporter au front et sur le cœur les gouttes sacrées; toutefois, ces usages établis depuis si longtemps n’apparaissent devant nous qu’au vie siècle dans les images, et ne sont tracés pour la première fois que sur la Bible syriaque. Là, enfin, sous les figures des apôtres, nous découvrons des Communions comme elles devaient avoir lieu et sous des formes que le langage des critiques modernes appellerait réalistes. Dans le Sauveur tenant le ciboire de la main gauche, l’hostie de la droite, on retrouve le geste et l’attitude d’un prêtre de nos jours.
L’apparition de cette image coïncide avec l’époque de Justinien, c’est-à-dire avec la naissance du byzantinisme; cet art nouveau ressemble à ces rivières chargées d’un limon calcaire qui, lorsqu’elles enveloppent de leurs flots des objets confiés à leurs bords, les changent en pierres. L’art grec en tombant sur ces moules primitifs s’en empara, les transforma en sortes de pierres, en fossiles indestructibles, modèles invariables qui, grâce à cette transformation, nous sont parvenus intacts.
Cette représentation de la Communion fut un des types ainsi conservés; aussi, après l’avoir vue pour la première fois dans l’Évangéliaire de Rossano, nous la retrouvons identique, à travers de longs siècles, à Nékrési, Pitsounda, dans les psautiers du mont Athos et de Moscou, dans la belle mosaïque absidale de Kiev, à Akhtalà dans les fresques ruinées par le fanatisme musulman, à Athènes, dans les îles des Princes, sur une châsse de Belgique provenant de Constantinople, etc.
Simultanément, quelquefois dans le même manuscrit, nous avons signalé les représentations proprement dites de la Cène que nous avons montrées, inspirées par une pensée plus historique que liturgique; images que nous ne pouvions négliger complètement dans notre sujet et qui moins directement expriment le même dessein. Ce sont comme deux courants parallèles qui descendent depuis les catacombes sans se mêler et sans perdre leur indépendance réciproque. Dans cette seconde série d’images, nous voyons d’abord le Sauveur couché dans le cénacle avec les apôtres comme dans les catacombes, sur les marbres du musée Kircher, du Latran, l’ivoire de Milan, la mosaïque de Ravenne. Au ixe siècle, par une respectueuse
innovation, le Sauveur reste seul étendu sur le lit, les apôtres s’assoient, souvent Judas est rejeté à part sur un escabeau séparé, ou, si les peintres ne figurent pas Jésus couché, ils lui réservent du moins une place plus haute, un siège plus élevé.
L’Orient reçut les deux courants à la fois et nous a laissé de nombreuses images qui attestent chez les Grecs cette double manière d’entendre la représentation de la Communion; mais il semble, si du moins l’absence de monuments ne nous induit pas en erreur, que les régions latines, pendant de longs siècles, ne connurent d’autres images de la réception eucharistique que celles implicitement fournies par la sainte Cène. Ce fut tard, au réveil de l’art à l’époque romane, que nous avons découvert enfin des représentations textuelles de ce grand acte chez nos pères; le manuscrit deTroyes, le missel de Saint-Denis, le portail de Saint-Denis nous ont montré dans l’expression d’une ancienne légende celle d’une Communion véritable, le fidèle debout, incliné et recevant l’hostie sur ses lèvres. Depuis le ixe siècle, comme nous l’apprend le concile de Rouen, il était défendu de la prendre dans ses mains, mais les communiants étaient encore debout, et ce n’est qu’au xni° siècle, sur une Bible de la Bibliothèque nationale et sur une fresque romaine à Saint-Laurent-hors-les-murs, que nous avons surpris le premier témoignage figuré d’une Communion faite à genoux. Désormais cette respectueuse coutume se généralisa en Occident, comme dans leurs gracieuses et pieuses peintures nous l’ont fait voir les miniaturistes du xive et du xve siècle.
Telles furent les diverses phases de l’iconographie de la Communion, et les variations légères que subit depuis dix-huit cents ans la manière de recevoir le pain divin. Devant les images que nous avons exposées, il se dégage de l’histoire un fait incontestable, c’est le respect profond, adorateur, universel, qui entoure cette nourriture. Dans plusieurs religions on peut citer des offrandes faites aux dieux, les viandes déposées dans les temples, les tables chargées de fruits ; mais on ne saurait nulle part montrer de telles adorations autour d’un simple pain. Ce fait, dont témoignent nos images, ne saurait s’expliquer que par les paroles du Christ: Hoc est corpus meum. Sans cela, pourquoi dans les catacombes accumuler tant de corbeilles de pain, ranger tant de convives près des
COMMUNION
tables où on le leur distribue; pourquoi les peintres s’efforcent-ils, pour ainsi dire, de transformer ces sombres hypogées en greniers abondants; pourquoi, plus tard, une attitude si humble, un si pieux empressement à ceux qui le reçoivent; pourquoi l’avidité dont parle l’inscription d’Autun; pourquoi ce repas dans le sanctuaire qui ouvrait seulement alors les chancels auxfidèles, par une exception extraordinaire? Il faut convenir qu'un pain
rappelant seulement un souvenir ou chargé d'un symbole, qu’une simple eulogie ne justifierait pas une adoration si ardente et si constante, et que nous devons y voir un argument en faveur du dogme eucharistique. Bethléem en hébreu signifiait la « maison du pain ». En étudiant l’iconographie, on peut ajouter que la religion du Christ est aussi le culte du pain , et qu’elle l’était il y a dix-huit cents ans comme aujourd’hui.
LE PAIN EUCHARISTIQUE
ORIGINES
Nous pénétrons dans le détail du sujet que nous venons d’étudier, en recherchant, après l’action même de la Communion, les monuments relatifs au pain et au vin qui la constituent. — Nous nous occuperons d’abord du pain eucharistique.
On a désigné suivant les siècles le pain consacré par différents noms. Dans l’antiquité : Sancta, oblatio, oblata, Eucliaristia, corpus Domini, partis eucharisticus , partis sanctorum, partis vitœ, corona, circulus, rotula, mimmus, par allusion à la forme ronde, en grec : Tà ayia Aûpa, Tà âyta, Tà Awpa, ripôayopa.
Les pains d’autel ou pains à chanter ont été désignés plus particulièrement sous les noms de oblata, oblationis , dont le moyen âge a fait oblia, oblate, oublie, comme d'hostie on a fait hoiste, oiste, oite. On donne le nom d’hostie de hostia qui en latin veut dire « frapper ».
Les Juifs, dans leur rituel, avaient des pains qui figuraientdéjàlasainteEucharistie.AuchapitreXI 1 de l’Exode, nous voyons prescrite la manducation de l’agneau pascal et des pains azymes « et « edent carnes nocte illâ assas igni et azymos pa- « nés cum lactucis agrestibus ». On voit de plus que les pains ordinaires des Hébreux étaient fermentés, car dans la précipitation de leur départ d’Égypte, ils n’eurent pas le temps de mêler le ferment à ceux qu’ils préparaient1. Le Seigneur, dit
i. Revue de l’Art chrétien, II, p. 112.
Exode, XII, 39.
Moïse, vous a fait sortir d’Egypte pour que vous ne mangiez pas de pain fermenté L
Il y avait peine de mort pour quiconque aurait mangé du pain levé pendant la solennité des azymes 2.
Les pains de proposition étaient placés tous les jours de sabbat sur la table d’or, qui était dans le saint, devant le Seigneur. Il y en avait douze pour désigner les douze tribus, et on employait, pour chacun, deux assarons de farine, on les servait tout chauds et on enlevait en même temps ceux de la semaine précédente. Ils ne pouvaient être mangés que par les prêtres. L’offrande de ces pains était accompagnée d’encens et de sel 3.
Il y avait aussi dans les rits prescrits par le lévitique des pains fermentés : « Panes quoque « fermentatos, cum hostia gratiarum quæ immo- « latur pro pacificis » 4.
Les gâteaux sacrés paraissent en général avoir été sans ferment longtemps après Moïse, comme on le voit par Gédéon : « Ingressus est itaque « Gedeon et coxit hœdum et de farinæ modio « azymos panes... cui dixit angélus Domini : « Toile carnes et azymos panes et pone supra « petram illam. »
S’il est permis de comparer les pains des Juifs