CATACOMBES
Près de ce festin est Forante, dans laquelle on reconnaît facilement la femme à qui Albercius > fait allusion en face de l’homme qui impose la main sur le poisson; nous avons gravé cette fresque dans notre premier volume. (PI. II.)
Dans les cinq chambres du cimetière de Calixte, ce festin du poisson et du pain est toujours joint au souvenir des multiplications miraculeuses, puisque plusieurs corbeilles sont représentées. Ces corbeilles sont sept ou douze, comme il est indiqué dans l’Evangile, quelquefois huit, nombre des béatitudes célébrées par le sermon sur la montagne. La même raison qui fit voir aux anciens un symbole eucharistique dans la multiplication des pains et des poissons, s’applique au repas donné par le Christ à sept disciples sur les bords de la mer de Tibériade. On peut suivre à cet égard les témoignages des Pères dans le Spicilegium Solesmense. Le plus remarquable est celui de l’anonyme africain, lequel appelle le Christ: « Piscem magnum qui satiavit ex se ipso in littore discipulos b>. Il est clair que dans les peintures qui nous occupent, les trois faits évangéliques ont été appliqués à l’ichtus eucharistique et à la cf douce nourriture » dont parle l’inscription d’Autun.
On a objecté, pour faire seulement de notre fresque un repas céleste, l’absence du Christ, mais M. de Rossi 2 repousse cette interprétation, en montrant que l’allusion à la multiplication miraculeuse est rendue évidente par les corbeilles qui accompagnent toujours ici le repas. Le nombre de sept convives ne témoigne pas moins sûrement du souvenir de la mer de Tibériade, tandis que pour le festin céleste et idéal, le nombre est variable et nous offre à la fois des hommes et des femmes.
On voit figurer, non loin de ces scènes, la résurrection de Lazare. Prudence de même, après avoir décrit le miracle de la multiplication, dit que les douze corbeilles cachaient les dons mystérieux du Christ; puis, comme s’il craignait d’avoir révélé un secret, il se hâte de parler de Lazare :
« Bis sex adpositi, cumulatim qui bona Christ!
« Servarent gravidis procul ostentata canistris.
1. Anon., sotto il nomedi Prospéra A quitano, De promiss, et prœdict. Dei, II, p. 3q.
2, Roma sotter., II, p. 342.
« Sed quid ego hœc autem titubanti voce retexo « Indignus qui sancta canam? procédé sepulcro « Lazare . »
M. de Rossi attribue une origine très ancienne à ces peintures; M. Lefort les place à la fin du 11e ou au commencement du 111e siècle1.
Nous avons gravé sur la même planche (PI. CCLVI) une autre fresque du cimetière de Calixte offrant le même sujet : sept jeunes gens rangés autour du sigma, s'appuient sur un coussin vert orné de bandes jaunes. — Sur la table, suivant le P. Garrucci, il y avait trois plats et trois poissons, il n’en reste qu’un aujourd’hui. De côté on voit encore dix et presque onze corbeilles, mais il devait y en avoir douze primitivement2.
Le cimetière de Calixte nous offre encore deux autres fresques à peu près semblables. Dans la chapelle qui porte au centre de sa voûte la figure d’Orphée, on avait représenté le festin de sept jeunes hommes nus autour du sigma, oü sont posés des poissons 3; devant, on remarquait sept corbeilles de pains. — On avait peint aussi un pêcheur enlevant un poisson qui vient de mordre son hameçon, et Moïse frappant l’eau du rocher. — Ailleurs, le même festin, les sept convives avec tunique blanche et liséré de pourpre; sur la table deux poissons sur le même plat i.
Le cimetière de Sainte-Agnès conserve au fond d’un ârcosolium une peinture qui nous montre aussi sept convives rangés autour de la table demicirculaire; trois d’entre eux, c’est-à-dire deux femmes et un jeune homme, portent le pallium court; devant la table sont disposés deux burettes et sept calices; sur le dessus, trois plats de poissons3. Quoique les femmes interviennent dans cette image, il me paraît difficile de ne pas y découvrir la même intention que sur les précédentes. Je sais que souvent les banquets figurés dans les catacombes expriment ceux du Ciel et les délices qui feront la nourriture des élus; mais le banquet