‹ La messe (volume 4)Chapitre 33 sur 335 · Id., pl. II · texte numérisé non relu

Id., pl. II

PAIN EUCHARISTIQUE

Ua fresque du cimetière de Lucine que nous citons est peut-être la plus ancienne représentation de pains eucharistiques ; aucun savant sérieux ne doute aujourd’hui du sens qu’elle a sous ce rapport; elle figure un poisson vivant qui fend l’eau, portant la ceste de pains ; ces pains sont gris, couleur cendre, ils sont de l’espèce que les Orientaux et spécialement les juifs offraient aux prêtres en certaines saisons de l’année. Les Romains les désignaient par le nom barbare de mamphula. Ils occupent le dessus du panier; au milieu ils laissent voir quelque chose de rouge qui ressemble à un verre de vin. M. de Rossi rappelle ici avec un extrême à-propos ce passage d’une lettre de saint Jérôme à Rusticus : «Périt sonne n’est si riche que celui qui porte le corps « du Christ dans une corbeille d’osier et son sang « dans un vase de verre. » Le panier que cette peinture nous met sous les yeux est précisément en osier. Les juifs et les païens se servaient de semblables corbeilles dans les sacrifices, et les premiers chrétiens y déposaient le pain consacré quand ils n’avaient encore ni or ni argent pour le recevoir1. (PL CDXXXII.)

M. de Rossi insiste beaucoup* sur l’aspect du poisson qui est vivant, et qui ligure bien le Christ, panis verus, aquœ vivœ pescis de Paulin de Noie; son contour inférieur est clairement interrompu par l’immersion de l’eau, et il se cambre sous le poids qui le charge tout en nageant ; ce n’est donc pas une allusion à la multiplication des pains, ce n’est pas un tableau de nature morte, comme on a osé le dire, mais une image incontestable des éléments eucharistiques. Nous donnons (Pl.CCLXVI) la gravure de cette image d’après une copie que nous avons nous-même confrontée et corrigée vis-à-vis de l’original.

Selon le père Garrucci, le rapprochement du poisson et du pain détermine le sens eucharistique qu’il convient de donner; il cite, par exemple, les deux poissons et les cinq pains du marbre Kircher que nous reproduisons sur la même planche, et une cornaline dont il est possesseur. Il ajoute que la substitution fréquente du dauphin au poisson rend l’explication de ce symbolisme irréfutable. La mer de Tibériade n’a pas de dauphins, il inter-

i. Northcote, trad. d’Allard, p. 292.

De Rossi, Roma soit., I, p. 320.

vient donc ici comme expression de l’idée des anciens qui voyaient en lui l’ami de l’homme; ainsi un ou deux dauphins accostant une ancre signifient la chair du Christ devenu victime pour nous et pain vivant1.

Parmi les images de ce genre, une des plus curieuses est celle qu’on voit sur le marbre de Modène portant le nom de Syntrophion. Le marbre est grec comme l’inscription; il fut trouvé en 1862, au milieu de sarcophages païens, dans les fondations d’une maison que faisait construire Mme la comtesse Guidalli Poppi. Il nous montre sous l’inscription, mais à une plus grande distance que nous n’avons pu observer sur notre planche, deux poissons s’avançant vers cinq pains distribués entre eux.

Mgr Cavedoni, en illustrant ce marbre, a cru voir de plus deux pains dans la bouche des poissons, ce qui porterait leur nombre à sept, et impliquerait, avec le souvenir de la mer de Tibériade, une signification eucharistique très évidente. L’éminent archéologue M. Bortolotti, qui a bien voulu examiner pour nous ce monument avec un soin scrupuleux et nous en fournir un estampage, ne se prononce pas si affirmativement. Le disque dans la bouche du poisson ne porte pas de croix, soit qu’il faille attribuer cette lacune à une mutilation, soit qu’elle ait été voulue par l’auteur, qui n’a peut-être eu d’autre pensée que de figurer les lèvres très ouvertes. Si nous acceptons qu’il n’y ait que cinq pains, il faut croire, comme pour le marbre Kircher, qu’il s’agit de la multiplication dans le désert. Nous devons toutefois observer qu’au musée Kircher, ils sont au-dessous, dans un rôle passif, tandis qu’ici ils nous apparaissent pleins de vie et s’élancent sur la précieuse nourriture qui leur est offerte ; on ne peut manquer d’être frappé d’une différence si notable2. (PI. CGLXVI.)

N’oublions pas d’ajouter que ces pains sont crucifères, de plus que les disques du musée Kircher portent un véritable chrisme dans lequel les six branches sont exprimées, et ou il ne manque que

1. M. de Rossi émet la même pensée. Bull, d’arcli., 1882, p. 1 3 3 .

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