‹ La messe (volume 4)Chapitre 49 sur 335 · De usu ecclesiastico. Migne, CL1X, p · texte numérisé non relu

De usu ecclesiastico. Migne, CL1X, p

ferment et qu’ils le conservèrent avec leur fidélité ordinaire; il rapporte le témoignage d’Origène parlant du ferment des Pharisiens; il cite aussi une chronique manuscrite de Datius, évêque de Milan, dans laquelle on lit que saint Ambroise, dans les offices, imita l’Eglise grecque, et qu’aux principales fêtes il consacrait, comme elle, du pain fermenté mêlé au pain azyme; il cite même Photius, qui reconnaît des différences dans la manière des pains, ce qui peut s’entendre de l’Eucharistie.

Jean Philopon (vie siècle) dans sa dispute « De Paschate » s’efforce de prouver que Notre- Seigneur a fait sa dernière Cène avant le jour des azymes : « Car, dit-il, si pour instituer l’Eucha- « ristie, Jésus-Christ s’était servi de pain azyme, « on s’en servirait encore aujourd’hui,» d’ou nous voyons que de son temps les Grecs se servaient de ferment. La même conclusion peut se tirer des anciennes liturgies nous apprenant que les Grecs apportaient pour le saint sacrifice un pain entier renflé et par conséquent fermenté.

Les Pères grecs qui appellent le pain eucharistique pain commun, ordinaire, semblent confirmer ce sentiment. Saint Justin, à la fin de la seconde apologie : « Nous ne le prenons pas, dit-il, comme « un pain commun. » Saint Irenée, saint Grégoire de Nysse, saint Cyrille de Jérusalem, etc., parlent de même.

Je ne sais, malgré ces documents, si nous pouvons dire que l’emploi du ferment fut général en Orient. La miniature de la Bible syriaque, dont nous avons parlé et qui représente un petit disque si mince dans les mains du prêtre divin, ne semble pas, à cause même de sa ténuité, être fait de pâte fermentée.

Si le ferment fut d’un usage général ou presque général dans le Levant, on peut dire que l’usage contraire prévalut en Occident. Cependant le cardinal Bona prouve que les premiers siècles chrétiens usèrent de ferment pour l’Eucharistie. Les témoignages en faveur de l’azyme des constitutions apostoliques , d’Alexandre Ier, de saint Cyprien, de Bède, etc., sont peu explicites et peuvent être révoqués en doute; ce ne sont que des conjectures et des inductions. La chose ne devient claire qu’au ixe siècle, dans ces paroles d’Alcuin :

« Nous avons appris que quelques-uns dans nos

XIe SIÈCLE.

« contrées prétendent qu’on doit mêler du sei au « pain dans le sacrifice du corps du Sauveur. Or « cet usage ne nous est enseigné ni par la pra- « tique de l’Eglise universelle, ni par l’autorité « de l'Eglise romaine. » Et peu après, il ajoute : « Le pain qu’on consacre doit être très pur, sans « levain d’aucune autre substance qui le cor-

« rompe . C’est d’eau et de farine qu’est com-

« posé le pain qu’on consacre au corps de Jésus- « Christ. »

Raban Maur, disciple d’Alcuin, parle comme son maître, et avec plus de clarté encore.

Mabillon, qui combat pour le pain azyme, rapporte (895) qu’une religieuse ayant prié ses sœurs de préparer des hosties qu’elle devait le lendemain offrir au Seigneur, et n’ayant point été écoutée, se servit elle-même du fer dans lequel on les moulait; — mais la présence du moule n’est pas une preuve, car on s’en sert en Orient pour des pains fermentés.

S'il est difficile d’établir pour les premiers fidèles latins l’usage du pain azyme, on peut proposer pour l’usage contraire de nombreux exemples. Nous avons démontré déjà la difficulté où se trouvaient les chrétiens persécutés d’avoir des pains liturgiques; les conciles, les paroles mêmes de la messe montrent clairement que c’était du pain domestique, lequel ne pouvait être différent pour les eulogies ou pour les portions réservées à la consécration. On lit dans la vie du pape Melchiade que les offrandes consacrées par l’évêque et portées à l’Église s’appelaient fermentum. Jean Diacre rapporte, dans la vie de saint Grégoire, qu’une femme se prit à rire lorsque le saint Pontife lui présenta le corps de Jésus- Christ sous les espèces du pain qu’elle venait d’offrir, et qui, d’après cela, était du pain ordinaire.

Rien de plus explicite surtout que la défense du concile de Tolède, dont nous avons parlé plus haut, et d’après laquelle les Pères, après avoir déploré qu’on se servît pour la messe d’un morceau de pain d’usage commun, ordonnent qu’on en façonne un exprès pour cet usage sacré. On peut rapprocher ce décret de celui du concile de Chalchut1, en Angleterre (787), qui commande aux fidèles dans leurs offrandes d’apporter non pas un fragment de pain, mais un pain entier.

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