Bona, I, p
Photius ne reproche pas aux Latins d’employer le pain azyme, ce qui laisse croire qu’ils n’en faisaient pas encore usage, tandis que Michel Cérulaire déclame contre eux pour cela, ce qui semble prouver que la coutume s’en était établie dans l’intervalle, c’est-à-dire au ixe siècle.
On peut, je crois, résumer la discussion en disant que, dans toute l’Église jusqu’à Charlemagne, l’usage fut plutôt d’employer du pain fermenté, et qu’à partir de cette époque, l’usage du pain azyme prévalut en Occident.
Le concile de Florence a décidé qu’aucune des deux coutumes n’était condamnable h
Le cardinal Bona'2 nous fournit quelques données historiques intéressantes pour l’histoire des pains d’autel au moyen âge; saint Venceslas (-j- 936), duc de Bohême, recueillait lui-même de ses mains les épis, en tirait le froment et préparait le pain qui devait être sacrifié. Mais en aucun lieu on n’apporta pour la préparation de ce pain plus de soin que dans les monastères, comme on peut le lire dans les statuts de Lanfranc (-J- 1089), archevêque de Cantorbéry (caput. 6), dans les anciennes coutumes de Cluny et dans quelques autres rituels monastiques.
Le cardinal Humbert2 s’était ainsi exprimé dans sa réponse à Michel de Constantinople et à Léon Acridan, écrite vers l’année io5q: « On n’emploie à la table du Seigneur que le pain que les diacres et les sous-diacres, revêtus de leurs ornements sacrés et chantant des psaumes, ont préparé à la sacristie et fait cuire dans un moule en fer. » Et peu après il ajoute : « Nous plaçons sur le saint autel des pains de petite dimension, purs et préparés avec de la fleur de froment. Et, lorsqu’ils ont été consacrés, nous les rompons pour en communier le peuple. » Les anciennes coutumes de Cluny, recueillies vers 1070 par saint Udalric(Ach. Spicileg., tom. IV, p. 217), décrivant la communion d’un mourant, racontent que le prêtre se rend à l’église, rompt le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ et met sur le calice le fragment qu’il doit apporter au malade. Il résulte de ces témoi-
1. On peut voir les raisons mystiques que donne Innocent III en faveur du pain azyme. ( Du sacré Mystère de l’autel, trad. par Couren, p. 218.)