‹ La messe (volume 4)Chapitre 58 sur 335 · Rat., liv. IV, ch. xxx et xlj · texte numérisé non relu

Rat., liv. IV, ch. xxx et xlj

Art chrétien, II, p. ii5.

PAIN EUCHARISTIQUE

Quoique le pain employé par le Sauveur à la Cène fût sans levain, on ne saurait douter qu’au milieu des tribulations de l’Église naissante, il ait été impossible de se servir d’un pain spécial dans la liturgie. Les premiers chrétiens prirent pour les synaxes leurs pains domestiques, mais choisirent sans doute de préférence dans les pistrines ceux marqués d’un sillon croisé dans lequel ils pouvaient vénérer le signe de la rédemption, sans révéler l’usage sacré qu’ils en faisaient; comme sur les autels transformés où ils pouvaient traduire les sigles D. M. non par Diis manibus, mais par Deo maximo, ils pouvaient aussi sur ces pains saluer une croix, là où le commerce ne leur donnait qu’un pain divisible en quatre parts. Dans les plus anciennes images, nous avons observé cette marque crucifère pour les pains un peu grands; des pains plus petits sans aucune figure nous ont encore prouvé que leur choix même n’était pas invariable.

Cette forme subsista après la paix, de nombreux bas-reliefs nous l’ont appris ; mais vers la fin du ve siècle, vers le temps de saint Grégoire, il semble que la coutume de fabriquer le pain pour l’Église s’établisse de plus en plus. Les coronce que nous voyons sur les mosaïques de Ravenne accusent un autre mode de fabrication; elles sont ornées de spirales et la croix au centre devient très petite.

Les anciennes liturgies orientales nous on montré des usages un peu différents, la présence de lettres et d’inscriptions, mais presque toujours la croix.

A l’époque carlovingienne, la croix reprend une plus grande importance, elle est accompagnée de sigles et d’inscriptions symboliques dont Ildefonse nous explique le sens. Vers ce temps, le ferment souvent employé dans l’Église d’Occident est totalement abandonné, et l’azyme ne tarde pas à exciter entre les Grecs et les Latins de longues et vaines discussions.

Les pains, comme la miniature de Tours nous l’a prouvé, conservaient plus de consistance qu’aujourd’hui; à l’époque romane ils s’amincissent et souvent se réduisent; cependant ils conservent les caractères que l’ancienne tradition prescrivait et dont les moules de Braine nous ont encore fourni l’image.

A la fin du xue siècle, pendant le xme et les siècles suivants, les hostiers ne se sont plus contentés de ces signes, ils ont orné les pains d’images représentant la Passion, l’Agneau, la sainte Vierge, et compliqué l’iconographie des fers à hosties. Au milieu de ces variations, l’idée symbolique subsiste toujours, et nous avons vu Guillaume Durand nous répéter, devant des formes moins abstraites, les explications données déjà au ixe siècle par l’évêque Ildefonse.

VIN EUCHARISTIQUE

La foi nous apprend que le divin Instituteur de l’Eucharistie changea en son sang le vin du calice de la Cène. Ce vin était du fruit de la vigne « ex genimine vitis » ; on ne pourrait donc célébrer la messe avec une liqueur exprimée d’un autre fruit que le raisin. L’Eglise a toujours préféré le vin rouge au blanc, parce qu’il représente mieux par sa couleur le mystère de la transsubstantiation au sang de Jésus-Christ, et aussi parce qu’il se distingue plus facilement de l’eau. Le vin blanc n’est accepté que par tolérance '.

L’union de l’eau et du vin est un des plus anciens rites de l’Eglise; il rappelle l’union des peuples avec Dieu et le jet de sang et d’eau sortant du côté du Sauveur. On en voit les preuves dans les écrits de saint Justin (II Apol.), de saint Cyprien (Epist. 63).

Dans la légende de saint Alexandre, rapportée par le bréviaire romain, on lit : « Vinum aquâ « misceri jussit propter sanguinem et aquam quæ « ex Jesu Christi latere profluxerunt, » etc.

Le concile d’Orléans (3qi), dans son IVecanon, s’exprimait ainsi : « Ut nullus in oblatione sacri « calicis, nisi quod ex fructu vineæ speratur, et « hoc aqua mixtum offerre præsumat : quia sa- « crilegum judicatur aliud offerri, quant in mante datis sacratissimis Salvator instituit » 1 2.

Les liturgies orientales présentent les mêmes

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