‹ La messe (volume 4)Chapitre 71 sur 335 · VASES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

VASES MYSTIQUES

Londres, qui est d’un prix extraordinaire celle de Boulogne-sur-Mer, le musée de Saint-Germain et la collection de M. Julien Gréau.

Nous n’avons plus les calices de bois dont les anciens se servaient; il n’est pas douteux néanmoins d’après leurs écrivains que leur usage ne lut répandu. Tibulle en parle (lib. I. Eleg. x). — Virgile : « Aut torno rasile buxum (buis). » — Perse (Satyre v) :

Nam quis callidior buxum torquere flagello.

Ovide mentionne le hêtre, Fagineis calicibus. Virgile rappelle aussi des vases creusés dans ce bois (Egl. ni) :

Insanire libet quoniam tibi pocula ponam

Fagina, cælatum divini opus Alcidamantis.

Sénèque, dans sa tragédie d 'Hercule :

Pectora pauper secura gerit,

Tenet e patula pocula fago.

Il est question pour cet usage d’autre variété de bois, comme de frêne, de roseau, de lierre; Varron (lib. De Re rustica, cap. x) signale les « pocula hederacea. »

Nul doute, je le répète, que les premiers calices chrétiens n’aient été d’abord quelques-uns des vases antiques qu’on vient de décrire, et n’en soient devenus plus tard les copies; nous pouvons donc les accepter comme types originels, et combler ainsi la lacune qui résulte de la rareté des monuments primitifs. Je ne voudrais d’autre preuve de l’adoption de ces vases par les fidèles que leur empressement à en reproduire les formes sur leurs marbres funéraires 2, oü nous les verrons multiplier. Ces marbres forment ici devant nous un excellent trait d’union entre l’antiquité et les plus anciens calices eucharistiques que nous possédons encore, et nous permettront de compléter notre histoire à travers même les ombres des cata¬

1. Catalogue of the collection of glass, formed by Félix Slade, 1871, in-f°.

2. Saint Augustin rappelle un usage païen dont on eut peine à détourner les chrétiens, et qui consistait à déposer des vases de lait sur les tombeaux. Les femmes arabes y placent de même encore maintenant des coupes de millet pour attirer les oiseaux. (Renseignements de l’abbé Théde-

nat et de M. de Villefosse.)

combes; nous avons donc adopté ces images et nous les offrons comme modèles des plus anciens vases de la liturgie chrétienne.

L’adoption de ces modèles pour l’objet qui nous occupe soulève toutefois quelques objections auxquelles nous devons une réponse avant de les exposer sous les yeux du lecteur. On ne saurait prétendre en effet que dans la pensée des artistes ils aient directement représenté les calices eucharistiques. Ce que je tiens à constater, c’est qu’ils figuraient des vases à boire, et de plus, des coupes de délices. — Sainte Perpétue apercevait en vision son frère Dinocrate au bord d’une fontaine et puisant l’eau qu’il y buvait dans un vase d'or. « Et super margine fiala aurea plena aqua, et « accessit Dinocrates et de eo bibere cœpit. » Saint-Jacques vit aussi en songe un jardin délicieux où se trouvait saint Cyprien qui prit un calice sur le bord d’une fontaine1. « Phialam quæ « super marginem fontis iacebat arripuit. »

Le père Garrucci n’hésite pas à reconnaître sur ces marbres les verres à boire que les Latins appellent calices , pocula, pateræ , qui rappellent une pensée de soif étanchée, soif que satisfont les mérites de cette vie et surtout le martyre; on lit dans les Actes de saint Anastase : « Il lui semblait qu’il « était sur une haute montagne et qu’un jeune « homme lui offrait un calice précieux plein de « vin qui, lorsqu’il l’eut bu, le remplit d’une « douceur ineffable. »

Les calices, écrivait saint Jérôme, expriment l’idée d’une âme toujours prête au martyre2.

Mamachi publie un marbre où l’on voit une femme assise élevant une coupe avec une expression de douce joie 3.

Quels meilleurs modèles les artistes chrétiens pouvaient-ils prendre pour exprimer les coupes de voluptés célestes que celles du précieux sang? Nous avons dit que les banquets figurés dans les catacombes devaient traduire à la fois la pensée de la joie éternelle et de l’Eucharistie qui en est les prémices ici-bas ; de même ici la liqueur que viennent boire avec empressement les colombes devait avoir dans l’inspiration des peintres cette double signification, ou pour mieux dire ce

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