‹ La messe (volume 4)Chapitre 72 sur 335 · Tituius Vincentiæ, Orig., III, p · texte numérisé non relu

Tituius Vincentiæ, Orig., III, p

MESSE

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CALICES

même sens à deux points de vue différents. Un marbre qu’on voit au musée de Latran laisse deviner la pensée ; il nous montre les deux colombes non plus désaltérées par le vase mystique, mais s’élevant au-dessus pour suspendre en son honneur une guirlande de fleurs dont elles tiennent les bouts dans leur bec. (PI. CCLXX.) Ce vase ne contient-il pas le sang du Christ, n’est-ce pas même le Christ personnifié, comme le disait saint Augustin dans son commentaire des psaumes : Qui est vas vitœ nisi Christus? Personne n’hésite à reconnaître le Christ dans l’agneau mystique; or, dans des chancels de Venise, qui datent d’une haute antiquité, nous voyons l’agneau et le calice mis à la même place d’honneur et exposés aux mêmes adorations.

Les interprètes des monuments chrétiens reconnaissent eux-mêmes ici l’idée de l’Eucharistie ; nous lisons dans Ruffi ( Histoire de Marseille , II, 1 3 3) : « Gabriel de l’Aubespine, évêque d’Or- « léans, et Peiresq, pensent que les anciens chré- « tiens mettaient des symboles eucharistiques « pour faire voir qu’ils espéraient que cette union « les remettrait dans la vie éternelle, d’où ils conte servaient la semence qui leur avait été consignée « par la coupe de l’autel. »

Du reste, si grande que soit la part faite dans cette interprétation à la pensée symbolique, nous ne pouvons oublier que l’art est forcément une chose concrète, et qu’il est obligé, même pour rendre des choses abstraites, de recourir à des formes matérielles; on ne peut donc guère refuser d’admettre que les pieux imagiers des cimetières copiaient non seulement des vases à boire, mais qu’ils devaient prendre surtout pour modèles les vases eucharistiques que les synaxes sacrées leur mettaient sous les yeux.

Une objection qui paraît d’abord une confirmation de notre thèse, peut s’élever de la présence des pampres sur les vases mystiques 1 ; l’abbé

i. De signijicantiâ vitis. — Illic vitis evangelica proprio veritatis testimonio ostensa (Joan., X, i) quæ toto mundo patens se vitam in se credentibus præbet, et in se credentes ad æternitatem vitæ in se palmites habet; cujus uvæ sanguis pretium mundi est, redemptio fidelium, abolitio delicti et præmium regni. (Ildefonse de Tolède, Migne, 96, 179.)

Martigny ne croit pas qu’on doive avant le ixe siècle regarder la vigne comme une caractéristique du précieux sang. Nous avons déjà, à propos du vin, proposé quelques observations qu’il serait inutile de reproduire; je dirai seulement que la vigne étant incontestablement la figure du Christ, sa représentation dans un calice me paraît supposer implicitement à celui-ci la destination que nous cherchons.

Au reste, la meilleure justification que nous puissions trouver me paraît résider dans la similitude des vases mystiques avec les vases à boire d’une part, et, de l’autre, leur similitude avec les premiers calices eucharistiques. De ce double rapprochement, il résulte une authentique qui nous permet pour les premiers siècles d’embrasser dans notre étude un champ considérable de documents, et d’y recueillir d’importants renseignements. Pour mieux faire saisir le lien qui s’établit ici entre les ustensiles antiques et les instruments de notre liturgie primitive, nous avons eu l’idée de former un tableau qui permettra en un coup d’œil de saisir l’ensemble de cette relation (P. 5 1).

Après avoir fourni cette justification sur la nature de nos recherches et sur la direction que nous leur avons donnée, nous abordons les origines du calice chrétien, et nous vénérons d’abord celui dont se servit le divin fondateur de l’Eucharistie, sans doute semblable à l’un des vases antiques précédemment décrits.

Voici les termes dans lesquels les évangélistes en parlent :

Saint Mathieu (XXVI, 27) : « Et accipiens cali- « cem , gratias egit, et dédit illis dicens : bibite ex « hoc omnes. »

Saint Marc : « Et accepto calice gratias agens « dédit eis et biberunt ex illo omnes. » (XIV, 23.)

Saint Luc : « Et accepto calice, gratias egit et dixit : accipite, etc. » (XXII, 17.)

Nous avons toute raison de croire que les disciples du Seigneur, gardiens si jaloux de ce qui lui appartient, cherchèrent à conserver une relique aussi précieuse. Il paraît certain que plusieurs siècles après, on montrait ce calice à Jérusalem aux pèlerins chrétiens. Adamnan, moine écossais qui vivait dans la dernière moitié du vne siècle, nous a laissé une description des

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