Sabas, Sacristie patriarcale de Moscou , i865, PI. vi
3. La bibliographie est très étendue pour ce vêtement; voici quelques-uns des auteurs qui l’ont reproduit :
Sulpice Boissérée, Mémoires de l’Académie royale des sciences de Bavière, IIIe section, 1842.
Didron, Ann. d’arch., XXV, p. 288, — I, 287. 1844.
Dans les papiers de Mi II in, Bibl. nat., estampes, G, b, 16, a. Dessins coloriés.
Bock, Joyaux du Saint-Empire, PI. xvm, xix.
Id., Geschichte der liturgischen gewdnder. Bonn, 1871, p. 58, PI. vu (Communion du pain).
Schorn (Gestickte kaiser dalmatik). Die textilkunst, 1 885, p. 1 19.
Prokoroff, Antiq. russes.
Hefner, Costumes du moyen âge chrét., I, PI. lxi, lxii.
Ernest Plattner, Descript. de Rome, II, sect. 1, p. 2o3.
Valentini, S. Giovanni in Laterano.
pas la coupe ancienne; elle est arrondie par le bas, fendue latéralement, munie de manches courtes. Le fond de l’étoffe est d’un azur sombre sur lequel sont appliquées des broderies en or, argent et soie de couleur. Les sujets interviennent au milieu d’un semis de petits disques crucifères comme le stauracin du saccos byzantin. Sur le devant, dans un grand cercle, le Sauveur est représenté assis, entouré de cinquante-quatre personnages qui l’adorent; à sa droite, la sainte Vierge, en robe, manteau et voile d’argent; à gauche, saint Jean-Baptiste, en vêtements d’argent et les cheveux en désordre; au-dessus, la croix et les anges; au-dessous, une foule de saints, évêques, prêtres, moines, rois, etc., qui lèvent les mains et les yeux vers lui. En dehors du cercle, à gauche, Jésus-Christ, avec les petits enfants; à droite, Jean-Baptiste qui tient une croix.
Sur l’épaulière droite, Notre-Seigneur donne la communion sous l’espèce du pain; il remet une hostie dans les mains de saint Pierre. Sur l’épaulière gauche, il donne le calice à saint Paul; nous avons, au chapitre de la Communion, décrit trop en détail ces scènes pour qu’il soit utile d’y revenir. (PL CCLXIII.)
Sur le dos est brodée la Transfiguration, d’après le type byzantin, le Sauveur entre Moïse et Elie; dans le bas, aumilieu des rinceaux, les trois apôtres prosternés; dans le fond, le Christ leur parlant et les conduisant. La partie inférieure de la dalmatique, qui se termine en segment de cercle, est occupée par des rinceaux qui circulent autour de croix équilatérales.
Cette dalmatique, par ses inscriptions, ses ornements, son style, appartient à l’art grec, et cependant la coupe est latine, réunion qui semble indiquer une fabrication orientale pour un usage romain.
Sa date a été controversée; les uns semblent croire à la tradition qui attache à ce vêtement le nom et le souvenir de Léon III; d’autres, comme M. Labarte, le font descendre au xe ou xie siècle. Enfin Didron, Boisserée, Hefner et Bock l’attribuent au xi Ie. Je crois cette date la plus reculée qu’on puisse adopter, car s’il est difficile de discerner l’âge dans les travaux des artistes byzantins, on peut dire ici que la décoration de la dalmatique a été faite pour sa forme primitive, et que cette forme paraît peu ancienne. Je crois de plus que ce vête-
XIIe SIÈCLE.
ment, s’il eut un emploi liturgique, ne l’eut qu’après avoir servi au couronnement d’un des empereurs couronnés à Rome. Les princes donnaient quelquefois à l’Eglise les riches vêtements, souvenir de leur couronnement, qui passaient alors dans le vestiaire ecclésiastique, et ce changement était d’autant plus facile, que leur tenue ressemblait singulièrement, en cette circonstance, à celle des prêtres eux-mêmes. D’après cette observation, que la dalmatique vaticaneait une origine ecclésiastique ou impériale, elle peut figurer de toute manière dans l’histoire de la liturgie1.
Le soin jaloux que prenait l’empereur à son sacre de ressembler à un évêque, n’est pas un des traits les moins curieux des âges de foi que nous étudions. Une des plus grandes faveurs qu’un souverain put obtenir, était de se faire octroyer par le pape le droit de porter la mitre, et nous voyons les rois de France tiers de figurer parmi les chanoines de Saint-Jean-de-Latran. Il faut lire dans l’Ordo romain2 les cérémonies du couronnement, pour comprendre ces singulières prérogatives; on y voit qu’avant d’en faire un empereur, le pape faisait un clerc du candidat au trône, clericum facit eum. Nous en extrayons quelques lignes importantes, pour montrer la connexité des deux costumes : « Le jour du couronnement , de « bonne heure, l’Elu, avec son épouse, descend « à Sainte-Marie Transpadina3, il est conduit en « grande pompe par le clergé jusqu’au grand per- « ron qui se trouve devant les portes de bronze de « Sainte-Marie in Turri. Il rencontre le pape et « lui baise les pieds... Après l’oraison, il va au « chœur de Grégoire, avec l’archiprêtre, les carte dinaux et l’archidiacre qui doivent lui prêter leur « ministère pendant toute la cérémonie. Ceux-ci « le revêtent de l’amict, de l’aube, de la ceinture, « et le conduisent dans le secretarium, devant le « seigneur pape, qui en fait un clerc , et lui octroie « la tunique, la dalmatique et la mitre, les caliges4