Thomassin, Discipl., I
AUBES
nière d’orner les aubes de lin, en y appliquant tout autour des bordures, des franges, des morceaux de pourpre, etc., et même deux, trois, quatre et jusqu’à cinq rangs d’application, ce qui faisait diversifier leurs noms : « Et quidem « aliis monocolores, aliis dilores, trilores aliis, « et usque ad pentalores, quales hodie linea « sunt. » Elles s’appelaient chrysoalbœ pour les bandes d'or1. N’est-ce pas là l’origine des parures que nous admirerons au moyen âge?
Il est certain que ces vêtements ordinaires, en passant dans le sanctuaire chrétien, se sont maintenus jusqu’à nous sous l’empire de la liturgie qui leur donnait un caractère sacré. Des protestants ont reproché ces emprunts faits par l’Eglise; Marangone leur répond qu’elle n’a pas agi en cela différemment de ce qu’elle fit pour les autels transformés, comme on l’a vu dans le premier volume, en tables saintes; il ajoute que si elle acceptait les objets et les habits qui n’avaient pas aux yeux des fidèles une destination idolàtrique, elle repoussait avec horreur tout ce qui pouvait laisser supposer une attache quelconque au culte des faux dieux; nous en avons un exemple touchant dans les martyrs auxquels on voulait imposer, comme aux autres victimes de l’amphithéâtre, l’habillement des prêtres de Saturne pour les hommes, ou les bandes de pourpre des prêtresses de Cérès pour les femmes; ils répondirent que mourant pour rester chrétiens, ils pouvaient bien justement en conserver le costume 2.
Dans les catacombes, nous voyons le personnage qui consacre les saintes espèces, habillé de l’esomide, tunique grecque qui laissait le bras et l’épaule droite découverts, mais j’ai peine ày voir un vêtement liturgique ; c’est plutôt un signe d’humilité attribué au prêtre, cet habit appartenant aux gens du peuple ou aux philosophes qui se faisaient remarquer par la modestie de leur tenue.
Nous verrons dans les fresques cimetériales une tunique courte portée par les personnages revêtus de la penula, la chasuble primitive et le véritable vêtement des premiers prêtres chrétiens.
1. Cyprien Robert, Cours d’art à l’Université catholique, VI, 34.