‹ La messe (volume 5)Chapitre 201 sur 303 · Arts somptuaires, i vol · texte numérisé non relu

Arts somptuaires, i vol

Manuscrit, fonds latin 1141.

bras vers lui a une chasuble d’or qui l’enveloppe entièrement. — M. l’abbé Marmillot a eu la bonté de nous prendre des copies photographiques de ces belles miniatures, d’après lesquelles nous les avons reproduites ; nous lui devons aussi la peinture qui représente saint Grégoire en costume pontifical avec une chasuble rouge peu ample en avant et retombant fort bas derrière. Elle laisse en grande partie découverts les plis de la dalmatique d’or. (PI. CLX et DXVL)

On conserve dans le Musée d’Amiens1 une feuille d’ivoire que nous ne pouvons oublier dans notre examen des anciennes images de la chasuble; elle se partage en trois tableaux figurant chacun une scène de la vie de saint Remy. Dans le premier, on voit le saint évêque ressuscitant une fille dans l’église de Saint-Jean-Baptiste de Reims; dans le second, le miracle du saint Chrême; dans le troisième, le baptême de Clovis par saint Remy et saint Wast en présence de sainte Clotilde. Saint Remy et les autres ecclésiastiques, figurés dans ces tableaux, sont vêtus de chasubles tombant fort bas par derrière, plus courtes et se terminant en pointe par devant; l’abondance des plis semble attester que l’étoffe en était souple.

Je sais que cet ivoire est ordinairement attribué à une époque antérieure à celle que nous lui supposons ici ; cependant son style ne nous parait pas permettre un classement supérieur; le caractère de la bordure, l’architecture, qui rappelle si fidèlement celle de la Bible de Charles le Chauve, appartiennent aux Carlovingiens; on a dit que l’absence de pallium le reportait avant l’archevêque Abel (f 750), qui eut le premier cette dignité, mais une preuve négative ne nous semble pas suffisante. (PI. DLXVIII.)

Riculfe, évêque de Soissons, donna, en 889, des instructions canoniques à ses prêtres. Nous n’en avons que vingt-deux articles, mais il paraît qu’elles en contenaient davantage. Après avoir recommandé la pureté de corps et d’âme, la science

1. Rigoli.ot, Notice sur une feuille de diptyque d’ivoire représentant le baptême de Clovis. Amiens, Boudon Caron, i832, in-8°.

Id., Les Arts du Dessin, I, p. i5.

Abbé Cerf, Feuille de diptyque en ivoire au Musée d’Amiens, 1884.

Nous avons reproduit cet ivoire d’après le moulage que nous en possédons à l’École des Beaux-Arts.

IXe SIÈCLE.

de la Sainte Écriture, il ajoute : « Ayez grand soin « que les ornements dont vous vous servez à « l’autel soient propres. Avez chacun une ou deux « aubes, avec deux étoles, deux corporaux, deux « manipules, deux ceintures, deux nappes d’autel « et une chasuble de soie pour dire la messe « (casulam sericam, cum qua Missa celebratur *).

« Nous défendons surtout, à qui que ce soit, de « dire la messe avec l’aube dont il se sert tous les « jours pour les usages ordinaires. »

Cette obligation de la chasuble de soie, imposée à chaque prêtre du Soissonnais, prouve que cette matière était non seulement très appréciée alors, mais aussi d’un prix modeste qui restait à la portée des paroisses pauvres. Au ixe siècle, au moment de faire profession dans le monastère de Gellone, saint Guillaume déposait sur l’autel des vêtements de soie et des étoffes tissues d’or1 2.

Le diptyque de Tournay, dont le caractère semble bien carlovingien, nous offre un spécimen de chasuble; saint Nicolas porte ce vêtement relevé sur les bras, très ample par derrière, en pointe par devant. (PI. CDLXXXVII.)

Le Psalterium aureiim de Saint-Gall3 contient une figure d’archevêque couvert de splendides vêtements blancs rehaussés d’or. Des reflets verts sur la chasuble, jaunes dans la dalmatique, semblent indiquer des étoffes de teintes un peu différentes; la coupe de la chasuble est la même qu’aux précédentes, c’est celle d’un large manteau rond par derrière, qui se raccourcit en pointe par devant. (PL DLXVI.)

Les chasubles portaient quelquefois, alors, le nom du donateur; par exemple, on avait à Saint- Alban la chasuble du pape Adrien, à Cantorbéry, l’ornement appelé Florie de l’abbé de Saint-Augustin, Hugues Flory4.

Les fabriques de soiries d’Espagne étaient alors les plus à la mode. Anastase parle en quatre endroits du Spaniscum , qu’il range parmi les tissus

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