Renseignements fournis par M. le docteur Thalholer
messe
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CHASUBLES
matiques de Photius, heureusement réprimées par la fermeté des papes, n’avaient pu encore rompre les liens. Les formes extérieures de la liturgie n’engagent pas, assurément, les croyances dogmatiques; on ne saurait nier cependant qu’en Orient elles paraissent s’être modifiées, en ce qui concerne le costume sacerdotal, vers l’époque (xie siècle) oü cette triste scission fut consommée.
Au ixe siècle, en Orient comme en Occident, c’était toujours la forme antique qui prévalait; on peut même dire, d’après les peintures, que l’Orient l’avait jusqu’alors mieux conservée. — Dans cette étude, nous devons spécialement nous attacher aux peintures, parce que les descriptions, sous la diversité des noms qui les couvrent, peuvent nous travestir la réalité des choses. L’observation de Renaudot nous paraît fort judicieuse, lorsqu’il dit qu’il est impossible de démêler la vérité sous des appellations si diverses1. — Ainsi le phénolion est tantôt pris pour une chape, tantôt pour une chasuble. M. Butler2, dans son ouvrage sur les églises coptes, rapporte que, sur les murs de la petite église de Saint-Antoine, des fresques représentent trois figures : l’une avec une chasuble jaune; la seconde, avec une chasuble blanche traversée de raies rouges; la troisième, en chape avec riche agrafe. Dans l’église du Dair Anba Biskôi, les Apôtres ont tous des chapes. La chasuble copte, ressemblant plus ou moins à la chape, a pu amener ainsi une confusion entre les vêtements, d’autant que la chasuble, amoindrie de plus en plus en avant, finit par être fendue et par devenir complètement une chape.
Conservons donc le nom de chasubles aux larges manteaux que les peintures grecques du ixe siècle nous montrent encore si semblables à celles des Latins à cette époque, et cherchons à constituer leur histoire devant ces riches monuments de l’art.
Nous disons que les Byzantins, au ixe siècle, étaient encore fidèles aux traditions antiques de la liturgie; on peut en juger en rappelant ces paroles de saint Jean dans l’Apocalypse: « Celui qui « était assis sur le trône avait l’éclat d’une pierre « de jaspe ou d’une sardoine, tout autour la splen- « deur de l’iris et de l’émeraude; autour du trône
i. Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio. Paris, 1726, II, p. 55.
2 Coptic churches, II, p. 173.
« étaient vingt-quatre sièges, trônes sur lesquels « étaient assis vingt-quatre vieillards, enveloppés « de vêtements blancs et portant sur leurs têtes « des couronnes d’or (Cap. IV. v. 3. 4. 5.). » Cette brillante description d’une abside primitive se reflète dans les peintures de notre beau manuscrit de saint Grégoire de Nazianze1; les costumes qu’on y voit doivent être encore les primitifs, ils conservent sinon exactement leurs formes, du moins l’éclat de leur blancheur.
Au f° 71, verso, un évêque, debout sous une riche arcade, détache ses vêtements blancs sur un fond de pourpre; il porte une aube blanche à reflets jaunes, à manches serrées et bordées aux poignets d’un double galon pourpre, au-dessus une majestueuse chasuble, blanche aussi, avec quelques reflets jaunes; il en ramasse les plis du bras gauche, pour voiler sa main sous l’évangéliaire qu’il porte. Cette chasuble, plus longue en avant que les Latins ne la faisaient alors, retombe au-dessous du genou. (PI. DCXXXI.)
Au f° 43 v° 104, on trouve des peintures auxquelles la même description peut s’appliquer.
Il faut examiner surtout les pages oü est figurée l’ordination de saint Grégoire; au f° 452, deux évêques imposent l’évangéliaire au saint qui. s’incline et ouvre les bras ; l’un a une chasuble légèrement teintée de vert sur une dalmatique blanche à doubles claves, l’autre, comme saint Grégoire, une chasuble d’un jaune très pâle ; saint Grégoire porte seul le pallium. La scène a lieu devant l’abside, derrière les chancels fermés d’une porte d’or; à gauche s’avancent les céroféraires avec des chasubles colorées en brun ou en violet.
Cette scène avait déjà été reproduite au f° 67 v°, où nous la voyons sous une pompe vraiment éblouissante. Elle se passe encore dans l’abside, entourée, comme à Torcello, d’un amphitéâtre de gradins sous lesquels s’ouvre la porte de la confession; sur ces gradins, de splendides candélabres sont disposés deux par deux, sortes de fuseaux d’or à la manière antique, ciselés de feuillages, couronnés par une coupe de laquelle sortent les cierges. — Au centre de l’hémicycle, s’élèvent l’autel tendu de rouge et son riche ciborium supporté par quatre colonnes vertes, abrité par un vélum d’or que semble gonfler vers le ciel un souffle