‹ La messe (volume 5)Chapitre 208 sur 303 · Arts somptuaires · texte numérisé non relu

Arts somptuaires

Viollet-le-Duc, Costume.

Xe SIECLE.

bleu, bordée d’une large bande de rosaces rouges, et surmontée d’un superhuméral jaune à ornements rouges. (PI. DLXIX.)

Le manuscrit latin 819, de la même Bibliothèque, que j’attribue aussi au x° siècle, quoique beaucoup moins barbare que le précédent, a dans ses miniatures des exemples précieux des chasubles de cette époque. Au f° 69, un saint debout, ayant un livre de la main gauche, ouvrant la droite en signe d’allocution, porte une chasuble verte, bordée d’une bande d’or que partagent de petits rectangles. Nous y observons une autre bande d’or ornée de même, formant le tour du cou et descendant verticalement dans le milieu. Cet ornement, qui commence à garnir les chasubles, est peut-être un souvenir du pallium.

Au f° 75 du même- manuscrit, saint Pierre est figuré en costume sacerdotal, et porte une chasuble violette où cette bande paraît aussi, mais moins visible ; elle n’est exprimée sur le fond de l’étoffe que par des traits rouges et des pois blancs; sur la poitrine, une grosse fibule à quatre feuilles d’or, peut-être le rational, est le principal ornement du vêtement. Quoique le personnage soit assis, on peut voir quelle ampleur extraordinaire atteint la chasuble par derrière. (PI. DLXIX.)

Le Tropaire (man. 1 169) delà Bibliothèque de l’Arsenal, que recouvre l’ivoire antique, possède une miniature où la chasuble courte en avant se termine en pointe aiguë; deux bandes de passementerie surmontent les épaules et se raccordent sur la poitrine et sur le dos à l’orfroi vertical; cette chasuble est bleue, ourlée de blanc, les galons blancs ornés. (PL CDLXIV.)

Ne faut-il pas attribuer aussi au xe siècle les miniatures d’un manuscrit de la Bibliothèque du Havre, que le conservateur, M. Bailliard, a eu la bonté de copier pour nous. Elles font partie du Majus chronicon Fontanellœ, et sont dessinées à la plume, puis coloriées de teintes plates sans dorure. Saint Wulfran porte une chasuble verte, dalmatique rouge, souliers verts. La chasuble est bordée d'un orfroi blanc avec pois rouges.

La ligure de saint Ansbert porte une chasuble chamois bordée de vert sous le cou, pallium blanc à croix vertes, dalmatique blanche avec raies et floches vertes, aube verte, étole rouge. La date de ce codex est controversée : on le lait souvent re¬

monter au ixe siècle à cause de la liste des évêques de Rouen qui précède immédiatement l’image de saint Wulfran, et qui se termine par le nom d’Adélard qui occupait ce siège de 869 à 872. Cependant d’autres érudits croient découvrir dans l’examen des caractères un âge plus récent, ce qui réduirait ce manuscrit à la condition de simple copie faite au xne siècle.

Je me rangerai volontiers avec les partisans de l’époque la plus ancienne, et je crois reconnaître dans ces peintures des signes carlovingiens très accentués. La pose de la ligure, la coupe des cheveux, la forme allongée du livre de saint Wulfran sont des traits qui n’ont guère survécu à la dynastie de Charlemagne ; j’ajouterai qu’au point de vue paléographique, plus incertain, il est vrai, on trouverait la confirmation de ce classement; pour ne citer qu’un détail, faisons remarquer que, sous saint Wulfran, l’inscription où les A ne sont pas barrés est d’une physionomie semblable à nos beaux manuscrits du ixe siècle de Paris. Je ne remonterai pas jusqu’à Charlemagne, où les peintures étaient empâtées et modelées, mais je crois que nous devons nous tenir ici au xe ou aux premières années du xie siècle1. (PI. DLXX.)

Le manuscrit de Saint-Omer2, dont nous donnons plusieurs miniatures dans nos planches, mérite d’être cité et doit être à peu près contemporain du précédent. A propos des chasubles, elles y paraissent avec une coupe très aiguë en avant, des galons d’or qui entourent le col, les bords, qui traversent le vêtement dans la longueur et qui, quelquefois, pourtournent les épaules; elles sont de diverses couleurs, rose, violet, vert clair, etc., etc. (Pl. DXLI, DLXX, DCXLIV, DCXLV, DXLVI.)

Nous trouvons une image de chasuble du même genre qu’à Saint-Omer sur une miniature de la Bibliothèque de Boulogne-sur-Mer et qui provient de l’abbaye de Saint-Waast. Le saint évêque, auquel on offre le livre, a les yeux levés vers le Sauveur et les bras étendus; sa chasuble rouge minium est bordée d’or et garnie dans le milieu d’un orfroi d’or. (PL DLXVIII.)

1. Voir P. Lacroix, Vie militaire et religieuse au moyen âge, p. 3 1 3.

2. Le Frère Fulgence a eu la bonté de nous en taire de nombreux calques.

Hefner en a gravé une dans son ouvrage, Pl. lxxviii.

CHASUBLES

Nous avons dessiné sur la même planche, pour montrer la persistance de cette forme aigue pendant tout le xe et même le xie siècle, une miniature de Geoffroy de Vendôme dont j’ai retrouvé une copie à l’aquarelle dans les papiers de Montfaucon. La chasuble est verte, la dalmatique rouge et bordée d’or, l’aube verte avec bordure rouge.

Cette forme de chasuble découpée en pointe par devant était peut-être plus répandue dans le nord de la France que dans le midi : un bas-relief du tombeau de saint Saturnin, à Carcassonne, semblerait l’indiquer. Le saint évêque s’y voit représenté un livre à la main, le bras droit levé entre un assistant qui lui porte la crosse et un diacre avec la dalmatique qui le suit. Sa chasuble tombe en avant jusqu’au cou-de-pied et ses nombreux plis accusent une étoffe simplement coupée. Nous avons à Paris un moulage de cette sculpture qui était au Musée de Cluny et qu’on a depuis peu transporté au Trocadéro; la hauteur des figures est de om.5o, leur dessin des plus barbares.

Il semble, du reste, que les chasubles épiscopales eussent au xe siècle une beauté et des qualités spéciales, car elles sont mentionnées particulièrement dans le testament de Riculfe, évêque d’Elne (Helena),en 91 5 : « Casulas épiscopales très, unam « dioprasiam et aliam de orodonas. »

A cette époque, l’abbaye de Saint-Florent, à Saumur, rivalisait avec l’Espagne et l’Orient pour la magnificence des étoffes ; il est question, en 985, de tapisseries sorties de ses ateliers et représentant des éléphants.

Nous apprenons de Guillaume de Malmesbury, qu’une pieuse femme, désirant broder un vêtement sacerdotal, obtint de saint Dunstan, jeune alors, qu’il en fit le dessin qu’elle imita avec des fils d’or h

Un manuscrit du British Muséum (cott. Claude A. 3.) nous rappelle la grande magnificence qu’avaient les vêtements de ce saint (-j- 988). Une miniature nous le représente en costume sacerdotal, avec une chasuble jaune qui doit être une imitation d’or, avec plis souples et abondants. Le pallium est attaché au-dessus des épaules, et laisse

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