Strutt, Tableau des Mœurs, 1775, PI. vn, fig
chasuble verte, dont le col, derrière la nuque, se relève en manière de capuchon, comme nous l’avons vu déjà quelquefois. Saint Augustin, assis vis-à-vis, est vêtu d’une aube blanche, dalmatique jaune clair, chasuble pourpre. Ces deux couleurs, que nous avons vues déjà signalées dans la description du trésor du Mont-Cassin, reparaissent souvent dans le haut moyen âge. Le pourpre, attribué dans cette scène à l’apôtre de l’Angleterre, semble marquer un plus grand degré d’honneur. (PL CDXLIV.)
Nous citerons une autre miniature, due également au fidèle crayon de M. Wilson, et qu’on conserve dans un évangéliaire de la même Bibliothèque1 (Harleian, 2820). La chasuble est pourpre foncé, et son col paraît se relever comme le précédent derrière la nuque. Elle est décorée d’un galon d’or autour du cou et d’un orfroi d’or en avant. (PL DLXLV.)
L’Allemagne conserve encore un nombre considérable d’anciennes chasubles; s’il fallait en croire la tradition qui lui applique le nom de saint Willibald, la plus ancienne serait celle déposée dans le Dôme d’Eichstaett'2, et dont l’illustre professeur Thalhofer a bien voulu faire prendre des photographies pour notre ouvrage ; malheureusement, son style ne paraît pas, à beaucoup près, aussi ancien, et ne nous laisse pas la classer avant le xie siècle. Ce classement, toutefois, ne peut être déterminé par sa forme qui n’est plus celle de cette époque et qui doit accuser une main plus tardive. Le principal intérêt de ce vêtement réside dans les riches orfrois dont il est encore orné : une bande fait le tour du col très ouvert en avant, alternativement orné de losanges et de cercles noués ensembles : au-dessous, une plaque pectorale avec des cercles entrelacés, le rattache à une longue bande verticale couverte de nœuds et d’ovales. — Dans ces bandes, les entrelacs sont
1. O11 a attribué ce travail à une main allemande. Sur la page en regard, on lit ces deux vers, écrits sur pourpre en sept lignes :
Hic pater in signis veritis Ihéronimus almus Scriptor et interpres divine legis habetur.
2. PP. Cahier et Martin, Mélanges d’ Archéologie, H, 247, PI. XVII.
L’orfroi du bas de la chasuble est reproduit dans les caractéristiques des saints.
Le docteur Thalhofer nous a envoyé aussi une description insérée dans les lettres pastorales du diocèse.
CHASUBLES
dessinés par des galons d’or, et les autres ornements par une multitude de perles.
Dans le dos descend encore une bande plus large, qui semble réunir les deux parties d’une étole grossièrement cousues ensemble; chaque partie a 10 centimètres de large, et l’orfroi entier im 5i de longueur. Sous des arcades séparées par des arabesques intermédiaires, du même style que les orfrois antérieurs, sont douze ligures debout, le Christ, Marie, saint Pierre, saint Paul, les quatre évangélistes et quatre autres apôtres. L’architecture se profile en perles sur des fonds brodés à grands points en soie rouge épaisse. Des files de perles dessinent les vêtements dont les pleins sont formés de sillons d’or; il n’y a de soies que dans les chairs. (PL DLXXXVII.)
Ces figures sont d’un caractère byzantin incontestable ; ne faut-il pas y voir un ouvrage de ces artistes venus à la suite de l’impératrice Théophano, femme de Othon II (972), qui eurent sur l’art allemand une influence si considérable ! Nous avons remarqué déjà l’usage des perles dans les tissus décrits au Livre pontifical et sur plusieurs étoffes que nous avons examinées; nous l’avons vu répété sur les vêtements impériaux. Nous ne sommes donc pas surpris de retrouver ici un genre d’ornement que l’Orient a tellement affectionné.
A propos d’Eichstaett, nous citerons une miniature d’un manuscrit qu’on y conserve et qui représente l’évêque Gundekar1 (1060), en habits sacerdotaux, tenant une sorte de crosse de la main droite, un livre de la gauche; sa chasuble, plus courte en avant, est ornée d’un orfroi ornementé, imitation du pallium.
La Bavière est encore très riche en chasubles ; on en montre, à Ratisbonne, une fort ancienne qu’on dit remonter à saint Wolfgand (-j-994); il est possible que la tradition soit fidèle, cependant, d’après le style, je placerais ce vêtement plutôt vers le milieu du xie siècle, à l’époque de la canonisation du saint, qui eut lieu en io52 ; c’est une large cloche, de plus de im3o de longueur par derrière, un peu plus courte en avant et ornée de larges et magnifiques orfrois. — Ces orfrois sont brochés en soie, décorés d’amples rinceaux