‹ La messe (volume 5)Chapitre 237 sur 303 · Gori, Thésaurus diptycorwn, Suppl., III, p · texte numérisé non relu

Gori, Thésaurus diptycorwn, Suppl., III, p

Bock, Joyaux du Saint-Empire, PI. xvu, p. 84.

Casulce S. Stephani reg. Hungar. vera imago et expo-

sitio per Erasm Frolichs. Viennæ, 1754.

XIe SIÈCLE.

mais il est probable qu’il était fermé jadis, et Bock n’hésite pas à l’appeler une chasuble.

Il fut ordonné par le saint roi et sa femme Gisla vers 1088. — Dans leur intention, il s’agissait évidemment d’une chasuble, puisqu’on lit sur une des inscriptions, casula hœc ; on aura sans doute depuis cherché à le convertir en manteau royal, et en effet, le long de la partie ouverte, il n’y a pas les bordures qui garnissent souvent les chapes et, de plus, à cet endroit, beaucoup de ligures sont coupées par la moitié et mutilées. — Il est d’autant plus probable que cette chasuble a servi aux saints mystères, qu’on y trouve le nom de la plupart des saints de la messe.

L’ensemble est divisé en quatre zones : dans la première, au sommet est le Christ, dans une auréole elliptique, qui foule aux pieds le dragon et le basilic; à ces côtés, la sainte Vierge et saint Jean- Baptiste dans des ellipses plus petites, la sainte Vierge enlevée par les anges; dans la seconde zone, séparée de la précédente par des bustes de saints, seize prophètes debout et de tailles différentes, selon la hauteur dont le brodeur pouvait disposer, sont désignés par leurs noms; la troisième zone est ornée, au centre, d’un Christ en majesté dans une auréole elliptique, des figures des douze apôtres, six de chaque côté, assis sous des édicules, lisant, écrivant, prêchant. Au-dessus de leurs têtes, des figurines représentent leurs actes, prédications et martyres. Cette bande des apôtres est séparée de celle des prophètes par cette inscription : Casula hœc operata est et data ecclesiœ sanctœ Mariœ sitœ in civitate Alba , anno incarnationis Christi MXXXI, indictione XIV, a Stephano rege et Gisla regina; la quatrième et dernière zone contient dix médaillons de saints entre lesquels sont disposés des oiseaux et des rinceaux. — Voici leurs noms : — Cosme, Pantaléon, Georges, Vincent, Gisla reine, Étienne roi, Étienne, Clément, Xiste, Corneille, Laurent. Les ornements d’or sont dessinés par des traits noirs; le fond est violet foncé.

Jusqu’ici nous avons trouvé en Orient les traditions antiques très vivantes, et pour les vêtements le respect des types primitifs, communs à toutes les églises. Il semble qu’au xie siècle, précisément à la consommation du schisme , ce respect se soit altéré; il paraît certain au moins,

d’après le témoignage des monuments figurés, que des éléments nouveaux, tels que l’épigonation, le saccos, etc., se sont alors introduits dans les rits. Les pallia prennent une plus grande largeur; les chasubles commencent à se couvrir d’ornements. Au lieu que dans les miniatures du Grégoire de Nazianze, dans celles du ménologe, nous les avons vues d’une étoffe unie, maintenant elles vont nous apparaître très souvent ornées, et spécialement en stauracin. Nous verrons surtout ce trait fréquemment répété des quatres gammas accouplés en carré 1 avec la croix au centre, qui rappellent les évangélistes; nous trouvons des chasubles de ce genre dans un beau manuscrit grec (5q3 de la réserve Bibliothèque nationale) que nous pouvons citer comme un spécimen parfait de liturgie orientale au xie siècle. Ces croix sont en général de pourpre ou bleues sur fond blanc; les évêques orientaux ont aujourd’hui encore une chasuble avec un semis de croix, qu’on appelle à cause de cela 7toXuüTaûp!ov 2. Goar dit que ces croix sont leur privilège.

Ce n’était pas une ornementation générale, car, précisément sur le manuscrit 5q3, nous trouvons des exemples de chasubles violettes et blanches. (PL DXLIII.)

En 1098, la ville d’Antioche ayant été prise par les croisés, tout ce qui s’y trouva de belle pourpre, de soie précieuse et d’ornements fut distrait du butin et transformé en chasubles, dalmatiques, chapes à l’usage des églises. (Gesta Dei per Francos,p.2Ôo.) Dans l’histoire des évêques d’Auxerre, on trouve mentionné le diapré, dans la fabrication duquel la ville d’Antioche était renommée3.

On ne peut être surpris du luxe de tissus que les Orientaux apportaient dans la liturgie, lorsque nous retrouvons leurs étoffes si recherchées dans la chrétienté et employées par les Latins pour les

1. Cet ornement se trouve sur des antiques chancels que nous avons gravés. On peut consulter pour l’étudier les descriptions du Livre pontifical , et encore :

— Un Manuscrit du Vatican rapporté par d’Agincourt. (PI. LVIII.)

— Un triptyque grec du xn" siècle. (Id., xci).

— Un tableau du Vatican cité par le même auteur, mais que je n’ai pu y retrouver. (Id., lxxxii.)

— Un manuscrit de San-Lazzaro à Venise.

Un triptyque du Cabinet des médailles de France, etc.

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