BASILIQUES
Après une lutte sanglante de trois siècles, l’Église enfin victorieuse sort de ses cimetières où on croyait l’avoir enfermée, comme le Christ après trois jours de son tombeau. Le commencement du ive siècle est une sorte de pâque glorieuse où elle laisse les linceuls et l'ombre des catacombes pour montrer sa résurrection au milieu des pompes des nouvelles basiliques. — C’est là désormais que nous devons rechercher nos monuments liturgiques.
Ces basiliques ne furent elle-mèmes que l’apparition au jour d’un culte caché ; bâties au-dessus des tombeaux les plus illustres, elles furent, si l’on me permet cette comparaison, comme le jet de sève d’antiques racines ranimées par la liberté. — L’Église ne s’enivre pas de ses victoires, et, au sein de la prospérité, elle se plaît à ramener sans cesse notre mémoire vers les temps d’épreuve et le souvenir de ses martyrs. Dans les nouveaux édifices elle n’oublia pas leurs tombes, et lorsque l’autel n’abrita point le cercueil d’un de ces héros de la foi, elle prescrivit qu’on y renfermât quelques-unes de leurs reliques. Nous trouvons déjà dans l’Apocalypse de saint Jean 1 cette pensée touchante. Prudence, né trente-cinq ans après la chute de Maxence, s’en est fait l’écho dans cette hymne 2:
Altar quietem beatam Præstat beatis ossibus ;
Subjecta nam sacrario Imamque ad aram condita,
Cœlestis auram muneris Perfusa subtus hauriunt.
et ailleurs, au sujet du tombeau de sainte Eulalie 3 :
Sic venerarier ossa libet Ossibus altar et impositum.
Les richesses affluaient alors dans les basiliques et s’accumulaient surtout sur l’autel, symbole et siège du Christ, que les patriciens convertis aimaient à entourer d’or et de pierreries. Saint Jérôme, dans la lettre à la vierge Démétriade, semble presque trouver ces prodigalités excessives : « Alii ædificent ecclesias, « vestiant parietes marmorum crustis, columnarum « moles advehant, earumque deaurent capita, pretio-
1. xApoc., vi, 9. Vidi subtus altare animas interfectorum propter verbum Dei.