Renier, Inscrip. d'Alg n
villes à l’ancien culte et déclarèrent une guerre acharnée aux idoles. Tout tomba sous leurs coups, souvent aveugles, et trep peu ménagers des monuments qui pouvaient servir aux chrétiens. La révolution dans les villes s’accomplit d’une façon plus sage et plus réglée. Sous l’œil des évêques on songea plutôt à convertir qu’à démolir, les temples devinrent des églises, auxquelles, pour ne pas détourner les néophytes, on apporta peu de changements. On remplaça les titres des dieux par des vocables analogues des saints, ainsi Romulus et Remus devinrent à Rome Saints-Cômeet-Damien ; à Athènes, la vierge adorée au Parthénon fut remplacée par la vierge Marie.
L’Église traita le mobilier comme les sanctuaires, elle recueillit tout ce qui, sans entretenir la superstition, pouvait servir au culte. On a trop accusé les chrétiens de ce temps d’avoir été iconoclastes. Sans doute le marteau de saint M artin fut impitoyable pour les idoles qu’il fallait abattre pour détruirel’adoration qui s’y attachait, mais en dehors de ces sacrifices nécessaires à la foi et à la chasteté, l’Église conquit et n’anéantit pas. L’étude que nous essayons ici sur les anciens autels nous en fournit des preuves innombrables et nous étonne par la multiplicité des dépouilles païennes reçues dans les basiliques. Les chrétiens y trouvaient non-seulement l’avantage de meubles liturgiques tout façonnés, mais de plus la gloire de trophées qui rappelaient leur long combat et leur victoire.
Les autels païens au ve siècle fournirent aussi un contingent considérable à l’érection des autels chrétiens. Pendant qu’on changeait la cella des temples en église, ou qu’on les dépouillait de. leurs colonnes au profit des basiliques, rien n’était plus simple que de saisir des cippes admirablement travaillés, couverts de fines sculptures, ornés de guirlandes, de fleurs, de fruits; d'y introduire une croix, un monogramme rappelant sa nouvelle fonction et de les dresser purifiés sous les pieds du Sauveur. Nousavons dit quelles analogies les cérémonies païennes offraient extérieurement avec le vrai culte, nous n’avons pas besoin d’insister pour démontrer la facilité, la convenance et la gloire de ces transformations.
Cet emploi des marbres profanes se perpétua longtemps, comme on le verra, mais il fut inauguré au ve siècle; nous commencerons l’examen de cette époque par ce genre de monuments conquis sur le paganisme en nous arrêtant spécialement devant ceux que leur conservation, leur singularité ou leur beauté nous recommanderont.
Ve SIÈCLE. — MARBRES PAÏENS.
Rome mit surtout entre les mains des chrétiens une quantité de chefs-d’œuvre sans nombre et sans prix ; nous en trouvons dans Marangoni une nomenclature curieuse.1. A San-Teodoro, ancien temple de Romulus et de Remus, on voyait un marbre blanc, haut de cinq palmes, large de trois, circulaire, garni d’un foculus et d’une belle guirlande tout autour. Clément XI en restaurant l’église (1703) y fit ajouter cette inscription :
IN HOC M ARMORE GENTILIUM OLIM INCENSA FUMABANT.
Un tel monument, transporté dans une église chrétienne, n’a guère pu l’être dans un but de vaine décoration, mais pour un emploi sacré.
Sous un autel de saint Michel du Vatican Smetz signale un autel de Cybèle, mère des dieux; l’inscription, pour qu’on ne pût pas la lire, était retournée contre le mur, mais on avait laissé apparents les faisceaux, le disque et la coupe des sacrifices ; à droite, on voyait sous un pin, un taureau, un tambour phrygien et des pipeaux ; à gauche, sous le même pin, un bélier et d’autres attributs 2.
A l’Ara-Cœli il existait sous l’autel d’une chapelle un grand autel païen, orné d’une figure de déesse qui avait une épaule et un bras découverts, le reste du corps vêtu et qui était couronnée du diadème lunaire. Elle tenait des épis de blé dans sa main droite, de la gauche un gouvernail, et au-dessous on lisait cette inscription : Annonæ sanctæ Ælius
VITALIO MENSOR PERPETUUS DIGNISSIMO D. D. DEDI-
cavit. Ce monument a disparu dans la restauration de l'église qui fit remanier beaucoup d’autels.
Boissard (f 1602) donne le dessin d’un autel de Cybèle lequel, partagé en trois, servait de supports à deux autels dans l’église de San-Nicolo-dei-Cesarini à Rome, appelé depuis San-Nicolo-delle-Calcare. D’un côté on voyait la divinité assise sur un char à deux roues, avec le tambour. A gauche étaient des palmes avec des dattes ; deux lions traînaient le char. Au-dessous était sculpté un taureau, une inscription grecque de six vers et la dédicace de l’autel sous le consulat de Valentinien et de Valens en 370. Ces marbres ont disparu dans des collections particulières.
A Santo-Lucia-in-Selce 3, Gruter mentionne un
1. Marangoni, Delle cose gentilesche e profane trasporlale ad uso ed or namento delle cfriese, Roma, I744j in-40.