COLLECTE, ÉPITRE, ETC
mais cela ne pouvait se continuer longtemps sans de graves altérations ; saint Basile, saint Hilaire, saint Ambroise et quelques autres en écrivirent. Les papes Gélase et Grégoire sont auteurs d’un grand nombre de collectes que la liturgie romaine a adoptées.
Il y a des collectes si anciennes qu’on ne peut en marquer l’origine. Il y en avait au ive siècle qu’on reconnaissait venir de la tradition des apôtres.
Il se faisait de temps en temps de nouvelles oraisons et le concile de Milan, en 416, ordonna qu’on ne dirait point d’oraisons à la messe, qu’elles n’eussent été approuvées par l’assemblée des évêques, ce qui a été renouvelé plusieurs fois par d’autres conciles.
Le peuple répond Amen et il ratifie par là tout ce que le prêtre vient de dire, suivant la coutume des Hébreux et des premiers chrétiens.
Epistola (Épitre) a une étymologie qui vient du grec. Ce mot se compose d'im, sur, dessus et de ffroXoç, mission, envoi. On dit l’Épltre avant l’Évangile, parce que l’Épitre désigne la mission que remplit Jean avant le Christ, en marchant devant le Seigneur pour lui préparer les voies.
On ne sait pas très-bien quel est celui qui, le premier, a établi qu’on devrait lire les Épîtres et les Évangiles avant le saint sacrifice, on croit pourtant que ce sont les premiers successeurs des apôtres parce que cet usage est indiqué par eux. (Durand, ii, p. 102.)
Les plus anciens sacramentaires portent cette rubrique : « Post Colleclam legilur apostolus », après la collecte, on lit l’apôtre : cette lecture se nommait ainsi parce que très-ordinairement elle était extraite des épîtres de saint Paul, à qui l’on donnait, par excellence, le nom d’apôtre.
Selon la liturgie romaine ou occidentale, à quelques exceptions près, l’Épitre pour les messes du dimanche est toujours prise dans les lettres canoniques des saints Pierre, Paul, Jacques, Jean et Jude. Pour les fêtes l’Épitre est tirée des Actes des apôtres et indistinctement de tous les livres de l’Ancien-Testament. (Pascal, éd. Migne, p. 546.)
Après l’Épître, le sous-diacre reporte à l’autel le
livre et baise la main du célébrant ; ce rit remonte à une très-haute antiquité, car nous le retrouvons dans le ve siècle.
La lecture de l’Épitre fut d’abord la fonction des lecteurs ; mais depuis plus de mille ans on l’a fait chanter en Espagne par des sous-diacres. Un manuscrit du Vatican, que Baronius crut de 1057, ne laisse aucun lieu de douter que ce ne fut alors l’usage de l’Église de Rome. Depuis cette époque, afin que les sous-diacres remplissent avec un pouvoir marqué la fonction qu’un long usage leur donnait, les Papes et les évêques ont dit en les ordonnant : « Recevez « le livre des Épîtres et ayez le pouvoir de le lire « dans la sainte Église de Dieu. »
Les Juifs commençaient l’assemblée des jours de sabbat par la lecture de Moïse et des Prophètes. Les premiers chrétiens suivirent cet usage dans leurs assemblées du dimanche et dans tous les siècles de l’Église ; avant le sacrifice, on a fait des lectures de l’Écriture. Tout le monde s’assied pendant l’Épitre, parce que, parmi les Juifs et les premiers chrétiens, ces lectures étaient une espèce de conférence où les assistants pouvaient faire des interprétations et des remarques comme on le voit dans saint Paul et dans Tertullien.
Après l’Épître, pour joindre la prière ou la louange avec l’instruction, l’Église a fait succéder un psaume tout entier ou quelques versets, qu’on a appelés le Graduel, à cause qu’ils étaient récités ou chantés sur le degré du pupitre, comme l’observe Raban-Maur au ixe siècle.
Le Graduel est aussi appelé de ce nom à cause des degrés par lesquels nous devons monter de vertus en vertus, ou à cause des degrés de l’autel, parce que dans les jours de fête on le chante ainsi que Y Alléluia sur les degrés ou marches de l’autel.
Le Graduel était chanté, tantôt sans interruption, par un seul chantre et tantôt par plusieurs qui se répondaient les uns aux autres. Quand le chantre continuait seul jusqu’à la fin sans interruption cela s’appelait chanter en trait, Iractim tout de suite. Quand le chantre était interrompu par d’autres chantres ou par toute l’assemblée, qui reprenait quelques versets, cela se nommait chanter en antienne, en versets, ou en répons. Telle est l’origine de la première signification des mots Graduel , Trait et Répons.
Alléluia. — L’ Alléluia est un cantique d’allégresse qu’on entendit chanter aux anges, ainsi qu’on le lit dans l’ Apocalypse (c. xix). C’est un mot hébreu qui symbolise, plutôt qu’il n’exprime, l’ineffable joie que nous éprouvons.
Du culte de la loi mosaïque Alléluia est passé dans la liturgie chrétienne.
L’Église latine l’adopta dès les premiers siècles, mais seulement pour le jour de Pâques.
On a attribué cette innovation au pape saint Damase dans la deuxième moitié du ive siècle ; mais il est certain que sous son pontificat, on chantait Alléluia de tout temps, même aux obsèques.
L’invocation de toutes les heures de l’office est suivie de Y Alléluia; mais le plus solennel est celui qui suit le Graduel. Il est redoublé au commencement du verset qu’on nomme pour cela alleluiatique et unique à la fin.
Le P. Lebrun dit que, depuis le vn° ou vme siècle, on a ajouté à la dernière syllabe de cet Alléluia une suite de notes qu’on appelle Neumes, c’est-à-dire souffle, chant sans parole.
Saint Bonaventure, cité par le cardinal Bona, donne la raison suivante de ce Neume dont Alléluia est suivi : « Nous avons coutume, dit-il, de chanter longuement une note prolongée sur la syllabe a qui suit Alléluia parce que la joie des saints dans les cieux n’a point de fin et ne peut se raconter.
La Prose n’était d’abord que quelques versets dont les syllables répondaient aux notes des a redoublés de Y Alléluia, afin de faire chanter des paroles à la place de cette longue suite de notes, qu’on appelait
Neumes ou Séquences, c’est-à-dire suite de Y Alléluia. De là vient que les Proses mêmes ont été appelées Neumes , et que le missel romain et plusieurs autres les appellent encore Séquences. De là vient aussi qu’on ne les disait qu’aux messes où l’on chantait et auxquelles on disait Alléluia.
La Prose signifie un discours libre, qui n’est pas gêné comme les vers, et l’on a eu raison d’appeler ainsi ces hymnes, qui la plupart, quoique rimées, ont été faites d’un style fort libre. Elles ont commencé un peu avant le milieu du ixe siècle.
L’Église de Rome n’admet que quatre proses : celle de Pâques, Victimœ paschali; celle de la Pentecôte, Veni Sancte; la troisième du Saint-Sacrement, Lauda Sion, et la quatrième, Dies irœ.
La prose Victimœ paschali se trouve' dans les missels depuis plus de six cents ans, et il y en avait une autre plus ancienne, Salve fesla dies, qui se disait à la procession de Pâques.
On attribue au roi Robert, qui régnait au commencement du xic siècle, la prose Veni Sancte ou plutôt la prose Sancti Spiritus adsit nobis gralia, qui se disait avant celle-là. Cette ancienne prose a été dite au premier jour de la Pentecôte, à Rome, jusqu’au saint pape Pie V, et à Paris et dans presque toutes les églises de France et d’Allemagne jusqu’au commencement du xvne siècle. La prose Veni Sancte est attribuée à Hermann le Contract, qui écrivait vers l’an 1040.
Saint Thomas est l’auteur de la prose Lauda Sion. Le Dies irœ a été composé par le cardinal Frangipani, qui mourut à Pérouse en 1294.