ÉVANGILE
Aux fêtes solennelles, pendant qu’on chante le Credo, le sous-diacre présente le livre des saints Évangiles au clergé, en disant à chacun :
— Hæc sunt verba sancta.
On baise le livre :
Évangile veut dire bonne nouvelle et se compose de deux mots grecs sû et ’kyyùia.
On lit d’ordinaire l’Évangile sur un aigle, selon cette parole du psaume xvn : « Il a volé sur les ailes des vents » ; et l’on couvre cet aigle, ou l’endroit où on lit l’Évangile les jours de fêtes, d’une étoffe de lin ou de soie.
C’est debout et non assis que l’on entend la lecture de l’Évangile, d’après la règle établie à cet égard par le pape Anastase pour marquer que l’on doit être prêt à marcher au combat pour défendre la foi du Christ.
A peine les évangiles furent-ils écrits que la lecture en fut introduite dans la liturgie, du vivant même de leurs auteurs inspirés de Dieu. Saint Paul écrivant aux Corinthiens leur dit : « Nous vous avons envoyé « avec lui (Tite) un de nos frères qui est devenu célèbre par l’évangile dans toutes les Églises. » ( Ép . ad Cor., c. vm.) Ce frère est l’évangéliste saint Luc.
On conçoit que, même du temps des apôtres, on ne lisait que des fragments des livres évangéliques. Quand on eut établi un ordre de rites, il fut fait un choix spécial de ces différents fragments dont la lecture s’harmonisait avec la qualité de l’office qui était célébré.
Il n’y a point d’ancienne liturgie où l’Évangile ne soit marqué, L’Épître et le Graduel sont une préparation à l’Évangile, et l’Église ne voulut pas interrompre cet ordre lors même qu’on doutait s’il fallait lire l’Évangile en présence des catéchumènes.
Le diacre porte et lit l’Évangile. Afin d’assurer et de sanctifier cette fonction, on a donné le livre des Evangiles au diacre dans leur ordination, en leur disant : Recevez le pouvoir de lire l’Évangile , paroles qui ont été mises dans le Pontifical depuis cinq ou six cents ans. Puis, il met le livre sur l’autel. L’usage de mettre et de prendre le livre des Évangiles sur l’autel vient de ce qu’autrefois on le portait en cérémonie à l’autel dès le commencement de la messe. L’Église voulait qu’on se représentât Jésus-Christ en voyant ce livre sacré qui contient ses divines paroles.
Dans la suite on a cessé, en plusieurs endroits, de porter le livre des Évangiles à l’autel au commencement de la messe, parce qu’on y a placé le missel qui renferme les évangiles et tout ce qui était écrit dans d'autres livres pour la messe ; car il y avait autrefois quatre livres différents à l’usage des grandes fêtes. Le premier contenait les Évangiles; le deuxième était le livre de l’évêque et du prêtre, qu’on appelait « le sacramentaire ou le missel », dans lequel il n’y avait que les oraisons, les préfaces et les bénédictions épiscopales et le Canon; le troisième était le lectionnaire ou l’épistolier qui contenait les épîtres de l’année, devant être lues par les sous-diacres ou par les lecteurs; et le quatrième était l’antiphonaire ou le recueil de tout ce qui devait être dit au chœur par les chantres à Y Introït, après l’Épître, à l’Offertoire et à la Communion, et c’est ce dernier livre qu’on appelle à présent le Graduel, dans lequel on met tout ce qui se chante au chœur. On porte avec solennité et on chante l’Évangile aux grand’messes.
Dans les liturgies grecque et romaine il y a trois cérémonies solennelles et remarquables : la première est l’encens; la deuxième est la lumière; la troisième est la situation des assistants dès que le livre des Évangiles paraît.
L’encens est béni par le prêtre et il est porté devant le livre des Évangiles, afin que le parfum qui s’en exhale soit le signe de la bonne odeur que Dieu répand dans les cœurs en se faisant connaître par le saint Évangile.
On porte des cierges allumés comme un signe de la joie que nous donne l’Évangile et pour faire connaître que Jésus-Christ est la vraie lumière qui éclaire par sa parole.
Le diacre partant de l’autel pour aller à l’aigle ou au jubé précédé de la croix, des acolytes, de tous les induts, s’il y en a, et du sous-diacre, porte le livre fort élevé entre ses mains, afin que tout le monde puisse l’apercevoir; et dès qu’il marche, et qu’on voit ce saint livre, tous ceux qui sont dans le chœur, se lèvent par respect et le clergé se tient debout, sans s’appuyer en aucune manière sur les stalles. C’est ce
qui a toujours été recommandé depuis qu’on s’est servi de quelqu’appui dans l’église. La longueur de l’office ne permettant pas à tout le monde de se tenir debout sans appui, on introduisit vers l'an 800 1 usage de s’appuyer sur des bâtons. On s’en est servi aux ixc, xe, xie et xiie siècles. On fit même alors ces bâtons en forme de potence (appelés par certains auteurs reclinatoria ), pour s’y mieux appuyer jusqu’à ce qu’enfin on ait fait des stalles, et ce petit appui qu’on appelle miséricorde, sur lequel on s’appuie saris paraître assis. Mais dès qu’on était à l’Évangile on quittait les bâtons et on se tenait debout, comme des serviteurs devant leur maître.
On porte le livre de l’Évangile dans le milieu où il puisse être entendu de tout le monde. Ce lieu a été ordinairement appelé le jubé, parce que c’est de là qu’on demandait la bénédiction pour lire ou pour chanter en disant : Jubé Domne. Mais il y a eu de la difficulté et de la variété pour déterminer le côté vers lequel on devait lire l’Évangile.
Jusqu’au milieu du ixe siècle, quand le diacre était arrivé au jubé, ou au lieu destiné à lire l’Évangile, il se tournait au midi, vers les hommes, qui étaient séparés des femmes. Amalaire, vers l’an 820, marque distinctement cette disposition, qui s’est encore conservée à Rome près de trois siècles. En France, au contraire, depuis le milieu du ixe siècle, le diacre, aussi bien que le prêtre à l’autel, s’est tourné au septentrion pour lire l’Évangile.
Le livre des Évangiles était placé sur un pupitre, ou tenu par le sous-diacre; le diacre, selon le rit romain, l’encense de trois coups, un au milieu, un à la droite et le troisième à gauche.
En énonçant le titre Séquentiel ou Initium, le diacre imprjme un signe de croix sur le livre, puis sur son front, ses lèvres et sa poitrine. A son exemple les fidèles font sur eux le même signe. Cette pratique s’est introduite dans cette partie de la liturgie vers le 111e siècle, époque à laquelle on professa pour le signe du salut une si grande confiance qu’il n’y avait pas pour ainsi dire d’action qui n’en fût précédée.
Après que le diacre a chanté l’Évangile, le sousdiacre porte le livre ouvert au célébrant qui le baise ; à Paris et dans plusieurs autres anciennes églises, le sous-diacre porte aussi à baiser à tout le clergé le
livre des Évangiles, précédé du thuriféraire qui encense. Il y a très-longtemps que cette coutume existe, car elle est marquée dans le premier ordre romain. Jonas, évêque d’Orléans au ixe siècle, la citait comme une pratique de l’antiquité.
A Aix-la-Chapelle on le porte ouvert à baiser à tout le chœur, excepté aux fêtes solennelles, auxquelles on ne fait baiser que la couverture d’un livre trèsprécieux pour le mieux conserver; c’est le Nouveau- Testament dont se servait Charlemagne, qui ne contient que les quatre Évangiles. Il est de la grandeur d’un missel ordinaire, écrit en lettres d’or capitales sur du vélin pourpré.
Sur des verres peints trouvés dans les catacombes et décrits par Buonarotti, on voit la représentation du livre des Évangiles. — On connaît une coutume fort curieuse au sujet des riches évangéliaires qui servaient dans les églises, on attachait solidement au pupitre l’un des côtés de la couverture, de manière à ne laisser de libre qu’un seul côté, lequel était somptueusement décoré et restait apparent.
En relisant les anciennes pratiques de nos églises occidentales nous nous convaincrons que de nos jours nous ne conservons que l’ombre de l’antique vénération pour le livre des Évangiles. Ainsi nous lisons dans saint Grégoire de Tours que Childebert rapporta d’Espagne vingt châsses d’or, enrichies de perles et destinées à renfermer des Évangéliaires. On admire encore dans les trésors des anciennes églises ou ailleurs quelques livres d’Évangiles dont la reliure est d’une richesse étonnante. Le pape Grégoire III, en 731, avait les Évangiles écrits en lettres d’or et ornés de pierreries, le tout pesant quinze livres.
On connaît des exemples très-anciens de la coutume de teindre en pourpre le vélin destiné à recevoir la copie des textes sacrés. Saint Jérôme écrit à Eustochie : « Le parchemin est teint en pourpre, l’or coule pour tracer les lettres, les volumes sont ornés de pierres d’un grand prix. »
Les Évangiles étant alors écrits en grosses lettres, il en résultait que le même volume ne contenait souvent qu’un, deux et quelquefois trois Évangiles. (Consulter Bourassé, Durand, Pascal, Lebrun, D. Guéranger.)