Mittheilungen der. KK. central... (Vienne, 1865, p
VIe SIÈCLE. — IMITATION DES CIPPES.
L’usage s’était tellement répandu parmi les anciens constructeurs d’autels chrétiens de se servir de cippes antiques, qu’à l’époque où les marbres commencèrent à leur manquer ils les imitèrent, et leur forme persista longtemps dans les usages liturgiques. — Cette observation explique les proportions sveltes et la décoration d’un grand nombre d’autels mérovingiens et même carlovingiens.il estfacile dans cespiliers carrés, ornés d’inscriptions comme ceux des dieux mânes, de reconnaître l’origine qui en a inspiré l’érection. Leurs dimensions, leurs épigraphes, les niches pour l’insertion des reliques offrent des analogies frappantes ; la confession ou la petite chambre à reliques qu’on y réserva est empruntée aux sépultures antiques dont les portes basses semblent attendre pour s’ouvrir la résurrection du mort enfermé derrière leurs vantaux; seulement au lieu de cendres vulgaires la confession reçut les ossements des saints. Nous pouvons offrir un certain nombre de ces autels où l’on vérifiera aisément l’identité que fait ressortir ce rapprochement.
On a retrouvé à Saint-Clément de Rome la mention de l’ancien autel construit au commencement du vi° siècle (5 14) et placé sous un ciborium. Nous n’avons plus que l’architrave et deux colonnes de ce ciborium, mais le peu d’espacement des colonnes entre lesquelles s’élevait l’autel nous prouve qu’il était lui-même fort étroit et nous croyons pouvoir ranger le souvenir de sa construction parmi les imitations de cippes antiques. (PI. LXXXXII.)
C’est à Parenzo que nous possédons l’exemple le plus remarquable de ce genre de monuments. — Mgr Negri y découvrit en 1764, en restaurant la chapelle privée des évêques, un autel qui porte le cachet d’une haute ancienneté et le nom de son ordonnateur l’évêque Eufrasius. Ce marbre, de provenance orientale, est orné sur chaque angle d’un pilastre à table rentrante qui se retourne latéralement, et, sur la face principale, d’une arcade dont l’archivolte repose sur deux colonnettes engagées *. Le tympan est orné d’une coquille de om 05 dans sa plus grande profondeur. On voit au-dessous deux dauphins, un fronton avec une croix entre deux colombes. J’ai dessiné à la bibliothèque de Ravenne une stèle antique qui nous mon-
1. Ce monument n’est pas fermé ni en bas ni en haut, ce qui nous autorise à lui donner une table pour le couvrir et un socle pour lui, servir de base. — M. de Laurière l’a vu encore déposé en 1881 dans l’atrium de l’église.
tre un fronton du même genre avec les dauphins, et qui rend l’imitation saisissante. — Sous le fronton de 1 autel est placée la porte de la confession qui a om 36 sur om 44. Les ornements, dans le genre des ambons de Ravenne, ont un faible relief, environ 1 c. — Sur 1 archivolte au-dessus des colonnes nous lisons cette inscription :
-f- FAMVL DI. EVFRASIVS ANTIS. TEMPORIB. SVIS AG. AN XI. HVNC LOC 1 A FONDAMEN. DO IOBANT. SCE. ÆCL. CATHOLEC. COND.
Stèle antique à Ravenne
Plusieurs auteurs, entre autres, Heider, prenant le b de iobante pour un h ont traduit : « + Famulus Dei « Eufrasius antistes temporibus suis agensannum un- « decimum hune locum condidit a fondamentis Dote mino Johanne beatissimo antistite sancte Ecclesie « catholece. »
Cette version, qui faisait intervenir dans la question le nom du pape Jean II (533 f 536), était séduisante parce qu’elle précisait la date, mais M. Le Blant, auquel j’ai montré l’estampage, n’a pas hésité à adopter la lecture suivante qui est aussi celle du cardinal Maï : « -f- Famulus Dei Eufrasius antistes temporibus suis « agens annum undecimum a fondamentis Deo juvante « sancte Ecclesie catholece hune locum condidit. » La formule Deo juvante comme celles Deo miserante, Deo favente, Deo annuente ne sont pas rares 2.
L’inscription, en nous donnant le nom d’Eufrasius, ne nous livre malheureusement pas la date de notre monument d’une façon incontestable. Ughelli, se fon-
1 . Les tombeaux étaient appelés locus; au musée de Padoue on lit cette inscription sur un cippe :
LOC. C. VOLVMN. C. L.