Le Béant, Inscrip., II, p. 455, n
Statistique du départ, de l’Hérault par Creuzé de Lesser, in-40. (Montpellier, 1824.)
AUTELS
Le vi° siècle ne s’inspira pas seulement des anciens, et nous pouvons, surtout en orient, mentionner des monuments qui lui appartiennent en propre et qui signalent l’invention d’un style tout nouveau. L’art bysantin, dont on retrouve de faibles traces avant Justinien, apparaît tout-à-coup avec un éclat et une perfection qui ne devait plus s’accroître. Sainte-Sophie de Constantinople fut alors pour l’art bysantin comme le poëme de Dante pour la langue italienne, son premier et plus magnifique monument. L’art liturgique recueillit sa part dans cette révolution extraordinaire et nous pouvons, précisément, citer l’autel de Sainte- Sophie au premier rang parmi ceux du VIe siècle dans le nouveau style.
Nous n’en possédons plus que les descriptions mais elles sont si magnifiques et si répétés que nous pouvons en concevoir la plus haute idée. Le Silentiaire nous dit que cette table sacrée était soutenue par des colonnes d’or massif, elle reposait sur un soubassement d’or, et elle faisait briller au loin le scintillement varié de ses pierreries. — - Justinien, nous dit Codinus, fit recouvrir la table sainte d’or, d’argent, des pierres les plus précieuses, de perles, de médailles en bronze; le fer, le plomb, le cristal et toutes sortes de matériaux entrèrent dans sa construction. C’est en les mélangeant de diverses manières et en les mettant au feu que l’on fondit la table. — Aussi, suivant l’anonyme (xi° siècle), elle miroitait avec une multitude de couleurs, tantôt elle brillait de l’éclat de l’or, tantôt de celui de l’argent l.
Nous avons vu que Pulchérie avait placé une inscription dédicatoire sur son autel ; Cédrénus, nous a conservé le texte de celle que Justinien grava sur celui-ci : « Ce sont les biens obtenus avec tes propres ri - « chesses, ô Christ, que nous t’offrons, nous tes serviteurs « Justinien et Théodora ; daigne les accepter favorable- « ment, Fils verbe de Dieu, qui pour nous as pris une « chair et as été attaché à la croix. Conserve-nous dans « la droite foi, ainsi que cet état que tu nous as confié, « accrois-le et protége-le pour la gloire par l’intercession « de la sainte Vierge Marie, mère de Dieu. » Cette inscription convenait d’autant mieux à un autel qu’elle est pour ainsi dire la répétition du canon de la messe.
Cédrénus décrit -ainsi ce monument : « Justinien « construisit encore la table que rien ne saurait éga- « 1er ; elle se compose d’or, d’argent, de pierres de
i. Labarte, lArts indust., I. 280.
Id., III, 67.
« toutes sortes, de diverses espèces de bois, de mé- « taux, de toutes les choses enfin que peuvent conte- « nir la terre, la mer, le monde entier ; de toutes ces « matières par lui rassemblées, le plus grand nombre « précieuses, quelques-unes seulement de peu de « valeur, il fit fondre celles qui étaient fusibles, y « ajouta celles qui étaient sèches, et versant le mé- « lange dans une empreinte, il acheva l’ouvrage. »
Selon M. Labarte 1 nous ne devons pas croire à ce mélange incohérent; le verre et les oxydes qu’on tire du plomb, du cuivre, du fer avaient servi à la composition des matières vitreuses colorées, c’est-àdire les émaux ; l’argent constituait le fond de la table, on avait employé l’or à faire les cloisons qui formaient les traits du dessin et de l’ornementation ; les pierres fines, selon l’usage, alternaient dans la bordure avec les émaux.
Nicétas, qui avait assisté en 1204 à la prise de Constantinople par les croisés, parle en ces termes des vives couleurs dont brillait l’autel de Sainte-Sophie : « La sainte table, composition de différentes « matières précieuses assemblées par le feu, et se « réunissant l’une à l’autre en une seule masse de « diverses couleurs et d’une beauté parfaite fut brisée « en morceaux et partagée par les soldats. »
J ustinien fit faire à Constantinople, pour l’église des Saints-Apôtres, un autel du même genre.
En orient s où la tradition matérielle du repas eucharistique était très-vivante, on fut servilement fidèle à tous les détails dont se composa la cène. L’Eucharistie avait été instituée sur une table, ce fut sur une table que les orientaux répétèrent l’acte du divin sacrifice, c’est encore sur une table que les Grecs célèbrent la messe. Dans toute la Grèce, qu’ils soient anciens ou modernes, les autels ont la forme d’une table. Cette table ordinairement assez étroite, parce qu’elle ne porte que deux petits chandeliers et les seuls vases qui servent au sacrifice, se compose ordinairement d’une tranche de marbre soutenue par un support central ou par quatre colonnes une à chaque angle. Dans la principale église du couvent de l’ile de Salamine appelée Panaghia-Phanéromeni, l’autel est fait d’une tablette carrée, en marbre gris, laquelle est portée au centre par une colonne carrée ou une