Beltrami, llforest
Traversari, Hodoeboricon.
Spreti, De amplituaine, eversione e reslauratione Ravenna.
Ricci, Ravenna, 78.
F abri, Ment, sacr., p. 36.
Fantuzzi, ( Frontispice , vol. III) Monum. Raven.
De Caumont, VIe partie, Cours d'antiq.
Bull, monum. 1858, p. 544, article de l’abbé Crosnier.
Garrucci, Stor. dell'arte, vi, pl. CCCCXXII.
3 . Barbier de Montault, Traité sur la construction des églises.
Nous ne pouvons assigner à ce monument une date antérieure au vie siècle parce qu’il provient de Saint- V ital dont la fondation est de cette époque, mais la perfection du travail nous empêdhe de descendre davantage. (Pl. XXXI.)
Un des plus grands et des plus remarquables autels du vie siècle est celui que nous voyons encore à Saint- Jean-Évangéliste de Ravenne. Il exige, à cause de son importance, une étude et une attention particulière. — Ce monument a été déposé dans la crypte moderne, de beaucoup supérieure à l’ancienne et qui cependant reçoit si peu de jour qu’on est obligé d'y dessiner à la lumière des cierges. L’autel offre presque en longueur le double de sa largeur; sa table a im 95 sur om 92 ; aux quatre angles s’élèvent des pilastres ornés de trois rangs de cannelures, lesquelles, interrompues au milieu, se terminent en manière de trilobés. Ses chapiteaux très-simples, dépourvus de saillie, simulent des feuilles d’eau; l’astragale est formée par une double baguette sans profilage ; la base, aussi très-camarde, ne dépasse pour ainsi dire pas le fûtlui-même. De belles dalles de marbre reliaient jadis ces pilastres et formaient le coffre des reliques, elles furent en partie dérobées, en partie portées en 1863 à l’autel du Saint-Sacrement au Dôme.
Sur le devant de l’autel s'ouvrait une petite porte pour l’introduction des reliques, qu’elle laissait sans doute apercevoir à travers l’à-jour de ses vantaux. Les vantaux d’argent ont disparu, mais les montants, la trace de deuxpetits pilastres dessinés maintenant en creux qui devaient contenir des ornements en mosaïque et enfin le fronton subsistent encore. La porte carrée présente une feuillure intérieure; au-dessus du linteau, le sculpteur a tracé une arc surbaissé et dans le tympan pratiqué une petite niche de om 06 de profondeur sur o™ 19 de largeur. — Sur le seuil de la porte, on lit en caractères fort anciens, cette inscription commencée par une croix et terminée par une feuille :
-j- SCE IOHANN ARCHAM XPI ACCEPTA TIBI SIT ORATIO SERVI TVI.
La table d’autel est profilée et d’une ténuité extraordinaire, elle n’a que om 05 au bord et om 02 au milieu. Le profil intérieur se compose d’un godron et d’un champ, sur la tranche de deux canaux qui se terminent aux angles par une partie circulaire. La hauteur de l’autel est de im 08, mais il faut y ajouter celle
AUTELS
d’une marche formée par une grande pierre aujourd’hui à fleur du sol et sur laquelle il est dressé.
L’examen de cet autel soulève quelques difficultés auxquelles nous devons de brèves explications. La description anonyme, dont nous reparlerons, mentionne des incrustations de marbre et de pierreries « Gemmis ornatum, clare lapidum diversorum mo- « dorum » dont nous ne retrouvons plus la moindre partie. On peut supposer cette décoration autour et au-dessus de la porte; les deux petits pilastres qui l’accompagnent n’offrent plus aujourd’hui qu’une silhouette creusée et un champ fruste ; ils devaient être remplis par les gemmes et les perles dont il est question. Ce genre d’ornementation n’aurait rien eu d’insolite, les monuments de l’architecture chrétienne primordiale, surtout en orient, nous en offrent beaucoup d’exemples; les anciennes mosaïques figurent des édifices couverts de pierreries, le chœur du dôme deParenzo est encore revêtu d’incrustations de marbres variés.
La petite niche, pratiquée au-dessus de la fenestella, est assez semblable à celle de Bagnacavallo, elle devait contenir une relique plus précieuse que celles déposées dans la confession, du bois de la vraie croix, par exemple. L’ovale de Saint-Clément de Rome, de même profondeur, qui a si souvent excité la curiosité des archéologues, pouvait, selon nous, avoir servi à un reliquaire.
Quant à la lecture de l’inscription, la plupart des auteurs ont traduit : « Sancte Johannes archam Christi « accepta libi sit oratio servi tui, saint Jean, arche du « Christ, accepte la prière de ton serviteur! » Cette traduction semblait si naturelle, que l’auteur de la description déjà mentionnée n’a pas hésité à supprimer l’accusatif et à écrire archa au lieu de archam; le cardinal Maï a transcrit cette erreur *.
D’autres, comme Fabri, fidèles à l’orthographe, l’ont expliqué par une faute de grammaire. Je ne sais si le sens de area, attribué à un homme pour qualifier sa sainteté, ne serait pas forcé; je le crois d'autant mieux que nous le trouvons plus justement appliqué à l’autel lui-même sur lequel nous le lisons. Du Cange donne du mot une définition qui convient parfaitement ici : « Theca in qua recunduntur sacræ reli- « quiæ » et il cite le passage suivant : « Archa B. M. « visitata cum aliis archis, videlicet SS. Euberti et « xi millium virginum defertur ad ipsam processio-
i. Veter. inscr. nova collectio, t. V.
«nem (ordinar. ms.eccles. Sancti-Petri).» Les diacres préposés à la garde des reliques s’appelaient « arcarii». Le Spicilége de l’histoire de Ravenne, publié par Muratori, définit parfaitement dans ce sens la signification d’archa : « Quæ procul dubio pretiosa « corpora de beati Proculi ecclesia translata fuere « ad ecclesiam Ursinianam et collocata manentvene- « rabiliter in sarcophago et altari quod area sancto- « rum hodie communiter nominatur, ubi sanctorum « similiter Barbatiani nec non et Ursicini pretiosa « corpora pariter requiescunt. »
Saint Grégoire de Tours, contemporain du monument que nous étudions ici, en parlant de l’autel de Sainte-Croix à Poitiers, l’appelle archam : L’abbesse, « tumultum sentiens venentium ad sanctæ crucis « archam se deportari poposcit, scilicet ut vel ejus « frueretur auxilio. Sed ubi ingressi viri introeuntes « in oratorium repererunt jacentem super humum « ante archam sanctæ crucis.... » Et ce qui fait voir que le mot « archa » signifie autel, ajoute Thiers c’est qu’il est dit ensuite que Justine, prieure, et les autres religieuses de ce monastère couvrirent leur abbesse de la pâlie, c’est-à-dire du drap qui était sur l’autel, devant lequel elle s’était réfugiée.
Durand de Mende compare l’autel à l’arche d’alliance : « Il faut, dit-il, que l’homme ait une arche (area) qui est appelée de arcendo (repousser et chasser). Donc, l’arche peut être nommée la discipline ou la vie régul'ère par laquelle nous chassons les péchés loin de nous. Or, dans l’arche, il, y a la verge, la table et la manne, pour montrer que dans la vie régulière il doit y avoir la verge de correction pour châtier la chair et la table de l’amour pour chérir Dieu. Or, sur les tables sont écrits les commandements qui se rapportent à l’amour de Dieu ; on doit y trouver aussi la manne de l’ineffable et première douceur de Dieu.... Afin donc que nous soyons le temple de Dieu, ayons en nous un autel pour nos offrandes, afin de ne pas paraître devant Dieu les mains vides 2. »
Nous avons voulu consulter au sujet de cette inscription notre éminent épigraphiste M. Le Blant, qui n’a pas hésité à attribuer le mot archam à l’autel lui-même; il pense qu’il faut sous-entendre un verbe dédicatoire comme offero. Cette ellipse n’est pas rare dans les inscriptions chrétiennes et notamment dans celles des Grecs. Nous citerons la dédicace qu’on