‹ La messeChapitre 189 sur 346 · Insc. antiq., t. II, fonds latin · texte numérisé non relu

Insc. antiq., t. II, fonds latin

3. Elle était probablement soutenue par des colonnes. On sait par une lettre du pape Vigile (537; qu’il y avait souvent de son temps deux colonnes sous l’autel. CV/gil., Ttom pont, epist. Eticycl.)

Pellicia, Christ. E-ccl. polit ia 1.

il me parait donc plus probable que ce sont les traces d’attaches de parements. — On remarque que la tranche principale est seule polie.

Le plus grand intérêt dans l’étude de cet autel ressort des graffites dont il est couvert, surtout à la partie antérieure. Ils sont si légèrement gravés qu’on les distingue avec peine ; sur la quantité innombrable de noms qu’on y déchiffre, quelques-uns se répètent et semblent indiquer la multiplicité des pèlerinages. Gunbaldus revient au moins cinq fois dont deux simplement énoncées par l’initiale ; Bcrengarius, deux fois. Tous les scripteurs, comme à Minerve, n’étaient pas des hommes, on trouve deux noms de femmes, Beala et Ilaria. Cette circonstance singulière, si l’on songe avec quelle rigueur les capitulaires défendent aux femmes 1 accès du sanctuaire, peut servir d’argument pour fixer l’âge de ce monument à une époque antérieure aux Carlovingiens.

L’épigraphie éclaire aussi la question chronologique; les noms, comme l’écriture, se réfèrent aux temps mérovingiens. La forme est latine et les majuscules sont encore romaines, à part quelques minuscules intercalées ou placées à la fin. La ligne monte légèrement ; plus souvent elle est tombante. On trouve des C et des G carrés, des A avec ou sans traverse et une fois seulement N et B liés ensemble. Peut-être le redoublement de la voyelle I équivaut-il à E, comme on le voit au temple de Mercure à Poitiers, sur 1 inscription d un puits. — Il est d’ailleurs impossible de ne pas rapprocher ce marbre de l'autel de Minerve ; seulement la forme de la moulure, celle des lettres étant moins classique, nous l’avons fait descendre au vi' siècle.

N’oublions pas de témoigner notre reconnaissance à Mgr Barbier de Montault, pour la libéralité qu’il a mise à nous communiquer ses dessins et les documents de son mémoire ’.

Voici encore divers monuments que nous croyons pouvoir ranger ici dans notre classement.

La crypte de Saint-Laurent de Grenoble, élevée sous le vocable de saint Oyend (Augentius, abbé de Condat dans le Mont-Jou), offre l’aspect d’une petite basilique, qui parait remonter aux premiers siècles.

i. ^Alltel mérovingien de Vouneuil-sous-Biard (Vienne) par Mgr Barbier de Montault. Poitiers, 1880. ’ v

M. de Longuemare prépare un nouveau travail sur ce monument où il a découvert une infinité de noms que les premières lectures n’avaient pas révélés. r

AUTELS

Lorsqu’on la déblaya, en février 1848, on y retrouva l’autel de très-petite dimension, en marbre rose, carré, épais, mouluré sur la tranche avec large doucine. Il était porté sur une colonne octogone de même marbre qu’on trouva renversée à côté de lui l.

La crypte d’Uzès taillée dans le roc se compose d'une nef assez spacieuse qui devait servir aux catéchumènes et d’un sanctuaire plus restreint où se trouve en entrant, à droite, un autel creusé dans le roc avec ses accessoires 2.

L’église de Fitain, près de Laon, nous offre un autel primitif au fond du chœur3.

Signalons l’ivoire d’Amiens (vie ou vne siècle) qui représente les miracles de saint Remi et le baptême de Clovis ; on y voit figuré un autel plein à moitié couvert par une draperie 4 .

Lebrun-Desmarettes a encore vu dans l’église collégiale de Saint-Pierre d’Angers, que sa construction et ses cryptes lui faisaient considérer comme d’une haute antiquité, un autel isolé, tel que l’ancienne discipline l’exigeait 5.

Terminons cette longue et trop sèche nomenclature par cette anecdote qui nous révèle le profond respect qui entourait les autels à l’époque mérovingienne et l’asile inviolable que trouvaient les fugitifs à leurs pieds. — « La jeune princesse Friedeburge avait été guérie miraculeusement par saint Gall. Elle avait été fiancée à Sigebert, fils aîné du roi Thierry II; mais elle demande quelques jours de répit pour achever de remettre ses forces ; elle en profite pour se réfugier dans une église dédiée à saint Etienne. Là, elle se revêt du voile des religieuses, et, saisissant le coin de l’autel, elle conjure le saint qui avait le premier versé son sang pour le Christ de lui venir en aide. Le jeune roi averti de ce qui se passe arrive à l’église avec la robe nuptiale et la couronne qu’il destine à sa fiancée. A cette vue elle embrasse de plus en plus fortement l’autel. Mais il la rassure et lui dit : « Je ne viens ici que pour faire ta volonté. »

1. Bull, monum ., XX, p. 201. — DeSivry, Dict. des pèlerirnages , 7 1 1 .

J’ignore ce qu’est devenu ce monument ; des renseignements pris dans le pays n’ont pu nous renseigner à cet égard .

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