Montalembert. Moines d' Occident, II
2. D’après Gams : Raimbaud de Reillane, moine de Saint- Victor.
3. M. l’abbé Garrel, curé de Saint-Zacharie, a bien voulu nous transmettre les détails historiques suivants : L’autel de Jupiter, qui a servi aux premiers habitants de nos contrées pour le saint sacrifice de la messe, est très-grossièrement dessiné. Cet autel primitif était érigé dans un grand bois de
VIIe SIÈCLE. — CIPPES ANTIQUES.- — SAINT-ZACHARIE.
vrit, vers la fin du xne siècle, un monastère de religieuses.
Ce couvent fut démoli à la Révolution, et dans l’un des deux pavillons bâtis à sa place on déposa l’ancien autel dont nous nous occupons et pour lequel nous empruntons à M. l’abbé Bargés les principaux documents qu’il a réunis dans un savant mémoire
La pierre, de forme carrée, est un calcaire dur, grisâtre, tiré des montagnes voisines. Elle est taillée en forme de piédestal dans sa partie inférieure et ornée en haut d’un simple cordon. Les deux principales faces, celles qui sont gravées, mesurent o m 71 sur o m 48 ; les deux côtés n’ont que o m 3 5 d’épaisseur. Sur la face antérieure on a sculpté une grande croix dont les branches se terminent à peu près en queue d'aronde. — Au-dessous des bras, deux agneaux debout tournent leurs têtes vers la croix. — Des rideaux sont figurés, relevés dans le haut. — Sur la face opposée on ne lit que cette épigraphe en caractère du plus bel antique :
Iovi optimo maximo, qui nous montre clairement son emploi d’autel dédié à J upiter. — On a cru d’après cela que le trou supérieur servait de foculus pour les sacrifices. Cette circonstance a dû se présenter souvent dans la conversion des anciens marbres en autels
chênes, sur un territoire nommé Restonis; l’église primitive de cet endroit avait été ruinée par les Maures vers l’an 800.
Une tradition fondée sur des documents certains, veut que les personnages qui suivirent sainte Madeleine, non loin de sa profonde retraite, s’arrêtèrent à cet endroit dit Restonis, prêchèrent l’évangile aux féroces habitants de cette contrée, lesquels, furent convertis au christianisme dès le premier siècle. Ces apôtres élevèrent le premier sanctuaire. Au Ve siècle, saint Cassien venait très-souvent méditer dans grotte de Sainte-Madeleine, il établit près de la Sainte-Baume un couvent de Cassianistes, ainsi qu’une maison de Religieuses du même ordre ; mais ces dernières ne purent demeurer à la Sainte-Baume, à cause des excursions des Barbares et vinrent se fixer au lieu Restonis, où, quelques siècles plus tard, vers l’an 985, un saint prêtre nommé Bernard réédifia l’ancienne église avec le concours de plusieurs compagnons et des habitants dispersés dans les bois, qui se réunirent à Restonis où ils relevèrent leurs maisons tombées en ruine. Cette église fut consacrée par Pons, évêque de Marseille, et dédiée à saint Zacharie et à saint Jean -Baptiste l’an 1032 ; depuis lors, le lieu Restonis prit le nom de Saint- Zacharie. C’est dans l’ancienne chapelle de ce' monastèrede femmes, qui a subsisté jusqu’à la grande Révolution, que l’on a trouvé l’autel de Jupiter.
1. Abbé BargiIs, Notice sur un autel antique dédié à Jupiter, découvert à Saint-Zacharie.
Phiresc ( Mss . de la Bibl. nation., 8958, t. II. p. 259) en donne un dessin. Il suppose le haut de la croix terminé en P. Il restaure la cymaise.
chrétiens, mais ici cette cavité de om 20 X om 23 sur om 20 de profondeur, munie d’une feuillure, nous parait avoir été faite comme loculus pour les reliques. — Dans les bas-reliefs antiques les flammes qui s’échappent des foculi indiquent une plus grande largeur. La profondeur nous paraît aussi difficile à expliquer autrement que pour une destination de reliques. Nous possédons à la bibliothèque nationale un autel de grande dimension dont le dessus est entièrement mais légèrement évidé ; le célèbre autel des douze dieux au Louvre est peu creusé. M. Heusey nous disait que dans certaines tables de sacrifice cette cavité était à peine sensible.
Ce qui tranche, selon nous, la question, c’est la baguette qui couronne le marbre et qui indique une corniche composée autrefois d’une cymaise et d’un filet; ces deux membres supérieurs devaient former la dalle de la plate-forme. Nous avons au Louvre des cippes surmontés par un profil de ce genre; l’un d’eux est dédié iovi custodi et d’une bonne époque. — La rigole qu’on a prise pour un conduit d’écoulement des liqueurs des libations peut s’expliquer pour le scellement de la table; les appareilleurs aujourd’hui ne font pas autrement pour glisser le mortier dans le lit de pierre, entre deux assises.
Quant au bas-relief chrétien il est évident, dès le premier coup d’œil, qu’il fut taillé sur la surface plane du monument dont on retourna l’épigraphe païenne contre le mur. — La grossièreté de son exécution ne permet pas de le faire remonter à l’origine du christianisme en Provence, ni même à l’époque des beaux sarcophages de saint Maximin; d’autre part il n’est pas probable qu’il soit fort postérieur aux premières invasions sarrasines qui commencèrent en 700 1 . — D’après cela l’érection de l’église au vn° siècle nous a paru une circonstance déterminante pour l’attribution de la sculpture à cette époque 2. (PI. XXXVI.)
A deux ou trois kilomètres dé Saint-Zacharie s’élève une colline escarpée au sommet de laquelle était une chapelle qu’onrestaura,ilyaune quarantaine d’années. Pendant les travaux de restauration, et tandis qu’on enlevait les restes de l’ancien autel, on trouva dans les fondations une grande pierre de grès de om 85 de haut sur om 82 de large et om 35 d’épaisseur. Sur la plateforme elle présentait deux excavations carrées dont