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Vie de saint Wilfrid , -j

VIIe SIÈCLE.

on sait seulement que Léon IX 1 le consacra avec le maître-autel de S.-Étienne, lorsqu’il vintà Besançon en 1 048, et, ajoute la tradition , il l’aurait rapporté de Rome comme une antiquité chrétienne. En 1148, Eugène III fit une nouvelle consécration et déposa des reliques sous ce marbre. Au moment de la conquête (1674) il fut descendu à Saint-Jean. En 1711 Mgr de Grammont le plaça sur l’autel qu’il allait consacrer. Chaque année, le Jeudi-Saint, après le lavement desautels, on y versait seize pintes de vin rouge qu’on bénissait; les chanoines en buvaient quelques gouttes et le reste était distribué aux fidèles. En 1792, il fut enlevé et scellé dans la tribune à l’endroit où nous le voyons aujourd’hui 2.

L’étude de ce monument a soulevé deux objections, on s’est demandé si c’était un autel à l’origine, et ensuite s’il était véritablement antique.

Contre l’affectation à un autel on a fait valoir la présence des bas-reliefs, obstacle pour le ministère. L’expérience de plusieurs siècles qui en ont usé les saillies, par l’emploi qui en a été fait, prouve le peu de fondement de l’argument ; je citerai d'ailleurs,

1. Un manuscrit de l’église de Besançon porte que ce fut en 1050 : « Annoii Papæ Leonis IX consecratum Bisuntii al tare Beati Stephani, nono decimo, scilicet anno Hugonis primi. »

Dunod, Hisl. de l'église de ‘Besançon , (2 vol. in-40, 1750, II, p. 95.)

2. Auguste Castan, Notice sur l'église métropolitaine de Saint-Jean de Besançon. (Manuscrit.)

Guide du visiteur de l'église métropolitaine de Besançon, par l'abbé Grinlevard. — 1868.

Chifflet, ‘ Besançon , 1618, gravure.

Chifflet rapporte l’inscription suivante qu’on lisait sur une antique table : « Anno ab incarnutione Domini millesimo « quadragesimo octavo quinto nouas octobris consecratum « est altare S. Stephani à Domno Leone VI1II papa in ho- « nore Dominicæ Ascensionis et SS. Dei Genitriois semper « virginis Mariæ et beati protomartyr is »(le bras brisé par la lapidation) « Stephani et S. Ioannis evangelistæ, et bea- « torum martyrum Vincentii, Agapiti (cpius caput cum « majore osse brachii S. Stephani et duobus nodis de spinâ « S. Vincentii ab ipso Papa infra idem altare est reconditum)

« coram episcopiset abbatibus a Casatis et populo qui infi- « nitus convenerat.... statuit quoque ut septem decanonicis « ipsius loci eligerentur qui cardinales vocarentur; qui dal- « maticâ, mitrâ, sandalis, chirothecis, ad altare illud ordinati,

« missas ibi facerent ; quorum unus, loci illius decanus,

« anulo etiam ad missarum solemnia uteretur. Sine dalma- « ticâ autem nullus unquam ibi præsumat sacrificare. »

Le Pape n’avait pas encore été élu par les électeurs romains, mais seulement par l’empereur : quand il en reçut l’observation il se hâta de déposer la pourpre et de se rendre à Rome en habit de pèlerin. La consécration fut cependant valable parce qu’elle dépend du caractère épiscopal. Quant aux indulgences, elles furent renouvelées en 1051. (Chifflet, Besançon, pl. II, 208. — (1618.)

Dessin de M. Paul Durand, inanusc.

Id., de M. Pernot, exposé au congrès de Reims.

Bull, monum., 1881, p. 106. — Notre dissertation a été insérée eu 1882 dans ce journal, p. 318.

— BESANÇON. ,6l

comme exemple d une table d’autel avec relief, celle des Saints-Apôtres à Rome qui était décorée d’une croix. La nappe, dans ces sortes d’autels, se suspendait peut-être autour à des pitons préparés dans ce but, et laissait le dessus de l’autel découvert. Un basrelief d’ivoire appartenant à M. Basilewsky et que nous graverons à l’article des pyxides semble nous montrer clairement cette particularité. On prévoyait si bien la dispersion possible des parcelles consacrées sur le marbre que l’on faisait les surfaces creuses, et même, nous dit M. Viollet-le-Duc, qu’on y réservait un orifice par lequel on recueillait l’eau du lavage qui les emportait.

La forme circulaire du marbre n’est pas une difficulté non plus ; de tout temps il y a eu dans les églises des autels ronds ; M. de Rossi assure qu’il s’en trouvait déjà dans les catacombes, les trépieds qui supportaient 1 ic/ms divin et les pains consacrés avaient des tables circulaires. Nous avons dit que les auteurs de cespeintures primitives confondaient dans leur pensée les autels qu’ils représentaient avec les tables de festin et que pour cela ils imitaient celles des triclinia antiques qui étaient rondes. D’après cette inspiration les premières images des repas eucharistiques peuvent nous fournir des représentations d’autels, et on se convaincra devant les plus anciens monuments que ces tables sacrées prirent souvent la forme circulaire; après les catacombes on pourra étudier l'ivoire de Brescia (ve siècle), où on verra cinq convives couchés autour d'une table ronde qui est garnie d’une nappe et sur laquelle repose Y ictus 1 ; la table d’Emmaüs sur la chaire de Saint-Maximien à Ravenne (vie) ; la pyxide de M. Basilewsky (vie siècle), avec le calice au milieu et quatre pains autour, le repas d’Emmaüs sur les portes de Sainte-Sabine (vnc siècle), la cène dans le sacramentaire d’Autun de l’époque carlovingienne. On se convaincra que cette tradition n’a jamais été interrompue en suivant le cours de l’iconographie chrétienne, en descendant aux miniatures du moine Jacques (xie),à la mosaïque de Saint-Ambroise de Milan (xne), etc.

Rien ne fera mieux saisir l’ancienneté des autels circulaires qu’une légende de saint Martin, abbé de Vertou en 600, où nous verr.ons mentionné un monument de ce genre fort semblable à celui que nous étudions. « Il y avait un princedontona perdu le nom, et

1. Garrucci, vol. VI, pl. CCCCXLIV, une autre scène du même ivoire tout à fait semblable nous montre une poule au lieu du poisson. — Id., pl. CCCCXLIV.

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