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AUTELS
« dont la fille était possédée du démon; il habitait au « delà des mers. Dans son désespoir il envoie cher- « cher saint Martin, abbé de Vertou. Le saint homme « arrive, fait le signe de la croix sur le front de la « jeune fille, la rend guérie à son père, puis la con- « sacre au Christ. Le père enivré de joie, fait porter « à son bienfaiteur des monceaux d’or et d’argent, « mais celui-ci sans daigner les regarder ordonne de « les distribuer aux pauvres. Saint Martin, cependant,
« avait vu dans la cour du prince un disque en marbre « d’une grande dimension et d’une étonnante beauté « (in aula principis, discum marmoreum mirce mcigni- « tudinis). Il demande qu’on le lui donne afin d’en « faire un autel au Christ (qui ut consecraret Christo « aratn a principe postulavit). Le prince le fait trans- « porter au bord de la mer pour le déposer sur un « navire. Le saint en évite la peine aux serviteurs et « confie le soin du transport à Dieu lui-même ; il « le marque du signe de la croix ( impressoque in disco « crucis vexillo) et le pousse sur les flots qui le re- « çoivent comme une légère tige de pavot et le dépo- « sent le jour même sur le rivage de Neustrie.
« Saint Martin ordonna qu’on le transportât à Sa- « vigny et qu’on le plaçât sur l’autel de l’église où il « est resté jusqu’à nos jours. Ceux qui prient devant « cet autel obtiennent de nombreuses faveurs de Dieu « par l’intercession du saint abbé '. »
En supposant même qu’on dépouille ce récit du merveilleux qui l’accompagne, il n’en reste pas moins acquis à l’histoire qu’un moine du xie siècle vit placé sur un autel un grand disque de marbre que la tradition reportait à l’époque mérovingienne, qui était entouré de vénération comme l’autel de saint Martin, et sur lequel avait jadis été dessiné le signe de la croix. — On conviendra qu’il ressort de ces analogies avec notre marbre de Besançon un témoignage important pour son antiquité et pour l’usage des autels circulaires dès ce temps reculé.
Dans l’examen du disque de Besançon, après les preuves de son affectation à la fonction d’autel nous devons chercher celles de son antiquité qui résultent du style lui-même plus encore que de la tradition 2.
1. Saviniaco villa deportari imperat et subsecutus super altare ejusdem loci ecclesiæ in honore Christi coaptat ubi nsque bodie Christus Deus per Martini suffragia præbet petentibus multa bénéficia. ( Miracula sancti Martini abbalis Vertavensis , par un moine anonyme du monastère.)
Ad. ord. S. Bened., I.
2. Si on ne voulait pas accepter la tradition qui fait venir ce marbre de Rome, son antiquité ne serait pas contredite par l'âge de l’église Saint-Étienne à laquelle il appartenait et qui était elle-même fort ancienne.
Nous en avons rapproché le bas-relief de la croix ansée et surmontée d’une colombe que porte l'autel de Bagnols. — Je sais qu’on trouve ce symbole à l’époque carlovingienne, par exemple dans la bible de Charles le Chauve, où nous voyons une colombe posée au sommet d'une croix entre I’a et lYi et audessus d’un globe, mais on sait que les sculpteurs de cette première renaissance copiaient, à s’y méprendre, les anciens types. Dira-t-on par exemple ici que les ambons de Ravenne sont du ixe siècle parce qu’ils nous montrent des croix surmontant des globes?
L’agneau devant la croix est un genre de décoration chrétienne incontestablement antique, comme on peut s’en convaincre par la lettre xxxn de saint Paulin où il rapporte une légende qui accompagnaitune peinture de l’église de Fondi et qui devait en être la description : « Ideo super hac propter picturam gratia gemi- « natus est titulus. De pictura :
« Sanctorum labor etmerces sibi rite cohærent,
Ardua crux, pretiumque crucis sublime, corona.
Ipse Deus, nob:s princeps crucis atque coronæ,
Inter floriferi cœleste nemus paradisi,
Sub cruce sanguinea niveo stat Christus in agno, Agnus ut innocua injuste datus hostia letho.
Alite quem placida sanctus perfundit hiantem Spiritus, et rutila Genitor de nube coronat. »
( Lell . xxxii, Migne, p. 339.)
Il semble qu’on lise ici la description de notre marbre, le Christ sous la forme d’un agneau debout au pied de la croix, la couronne figurée par le cercle autour de ces branches, prix de la croix, en face, au sommet, la colombe, image de l’Esprit-Saint.
Les sculptures symboliques qui, sur les sarcophages de Latran et de Saint-Maximin, représentent la Résurrection, nous offrent aussi des analogies frappantes; on y voit le chrisme indépendant de la croix, la tète du phœnix au sommet et deux colombes reposant sur les bras de la croix.
Mais voici un rapprochement qui me paraît tout à fait décisif. Nous avons gravé (pl. CXX) le motif de milieu d’un tombeau conservé à Ravenne dans le mo-