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lxix : De honore ecclesia Dei

Les autres, faces ne portent aucune inscription, ni sculpture, si ce n est un simple encadrement inachevé dans la partie supérieure. Il n’y a plus aucune trace de la table d’autel, si elle a existé. M. l’abbé Pougnet voit dans ce marbre un support d’autel chrétien, pour lequel on l’aurait réduit de hauteur; l’église étant du xe siècle, il est probable que ses constructeurs utilisèrent alors ce fragment.

(PI. XXXVI.) On conserve au Louvre une dalle de marbre blanc (n° 47, B), qui servit d'autel dans une petite église derrière le mont Hymette, au pied du mont Pentelique. On y lit, en caractères grecs trèsfins, une inscription qui s’étend sur les deux faces du marbre et qui rappelle un décret rendu vers la troisième année de la quatre-vingt-dixième olympiade (417 avant J. -C.). Il s’agit de la restitution d’emprunts faits aux trésoreries du temple d’Athènes pendant la guerre du Péloponèse. Cette table de om 14 d’épaisseur fut employée par des ouvriers bysantins qui sculptèrent sur une des petites tranches une croix, deux feuilles de chêne, et aux angles une sorte de feuille, seuls ornements qu’elle porte. Avant de servir d’autel, elle forma l’abaque d’un pilastre bysantin, comme nous en avertit la trace d’un tirant de fer qu’on étend souvent entre les arcades pour en prévenir l’écartement.

Les marbres antiques faisant chaque jour plus défaut, les constructeurs d’autels les imitaient de leurs mieux. L’autel que l’on conserve à Rome dans l’église Aventine de Sainte-Marie-du-Prieuré est une des imitations de ce genre le plus digne d'intérêt. La face principale de ce petit monument de marbre est trèsornée; elle présente un fronton soutenu par deux pilastres cannelés, — au tympan un agneau crucifère dans une couronne accostée de deux colombes, images de saint Pierre et de saint Paul, — sur les pentes du fronton deux paons devant la croix, symbole de l’immortalité eucharistique; sur les trois champs du triangle on lit l’indication des reliques : Hic reconditum est caput S. Savini, Spolilini episcopi, et mcirlyris et cosla S . Cæsarii marlyris et sanguinem S. Sebastiani martyris et reliquie S. Abundii martyris. (PI. LXIV.)

Sur les vantaux de la porte, on voit à gauche une tête nimbée avec un S. barré, peut-être la figure de saint Savin, une tête de lion, emblème de la force des martyrs, les deux roses, emblème des joies du paradis; sur la face droite de l’autel une croix pattée sans ornement, sur la face de gauche une croix avec

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Cippe d’Entrechaux.

Xe SIÈCLE. — SAINTE-MARIE-DU-PRIEURÉ.

rinceaux et au centre une main bénissant à la grecque, accostée du soleil et de la lune; entre les bras de la croix les quatre animaux évangéliques ailés, nimbés et portant des livres. Sur le livre de l’aigle on lit : ioah M , sur celui de l’ange S.

Ce reliquaire de marbre est aujourd’hui porté sur un socle, mais il servit incontestablement d’autel, ce qu on paraît avoir oublié jusqu’ici. La moulure évasée de sa base prouve qu’il reposait sur le sol, sa hauteur de plus d’un mètre, le loculus des reliques pratiqué sur la plate-forme, de om 37 de diamètre et assez large pour contenir la tête de S. Savin, enfin la porte simulant l’entrée de la confession sont des témoignages décisifs. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit à propos des autels primitifs, l’imita tion des tombeaux antiques dans cette porte feinte est manifeste.

Nous avons peu de documents sur l’histoire de ce marbre, nous savons seulement que l’église subit deux restaurations, l’une sous saint Pie V, une seconde au siècle dernier par les soins du cardinal Rezzonico. Notre marbre fut découvert sous l’autel à l’époque de cette dernière, comme en font foi ces deux inscriptions :

SANCTORUM RELIQUIÆ IN HAC STEREOBATA JAM REPOSITÆ NUPER IN ARGENTEA THECA SUB PAVIMENTO REPERTÆ FIDELIUM CULTUI SUB ARAM TRANSLATÆ SUNT

IO. BAPTISTÆ REZZONICO SS. DN. CLEMENTIS PP. XIII FRATRIS FILIUS AC MAGNUS PRIOR CAPUT S. SAVINI. SPOLETINI EPISC. ET MARTYRIS COSTAM S. CÆSARII MARTYRIS RELIQUIAS SS. QUADRAGINTA MARTYRUM ET RELIQUIAS S. ABUNDII MARTYRIS QUÆ DIU TERRA OBTECTÆ LATUERANT PRIDN. DECEMB. A. MDCCLXIV REPERTAS SUB ARA HONORIFICENTISSIME COLLOCAVIT MDCCLXV

En l’absence de données historiques plus précises, nous avons dû établir le classement que nous faisons de ce marbre au xe siècle d'après son style intrin¬

sèque. Plusieurs analogies nous rapprochent de cette époque, notamment l’inscription dont le style épigraphique correspond à celle de 987 qu’on voit dans le cloître de Subiaco.

La grande vogue des autels d’or et d’argent ne disparut pas avec le ixc siècle, et la décadence des arts à cette époque semble au contraire l’avoir encouragée ; car les temps barbares remplacent par le prix de la matière la valeur artistique qui leur fait défaut. Peutêtre aussi les terreurs de 1 an mil qui s’approchait eurent-elles influence sur la générosité des fidèles. Les monuments qui représentent ici l’histoire des autels nous ont tous été dérobés par la cupidité des successeurs de leurs donateurs, ou les déprédations de la guerre. Nous n’avons pu réunir que des souvenirs 1 .

Les Hongrois que Conrad, duc de Franconieet de Lorraine, avait appelés à son secours contre Régnier, comte de Hainaut, ayant détruit l’abbaye de Lobes en 954, le savant Folcuin qui fut élevé à la dignité abbatiale en 965 mit tous ses soins à réparer ces désastres. Il restaura l’église, fit couvrir de belles peintures les murs et la voûte de l’abside, orna le grand autel et celui de la sainte Croix de deux tables d'argent et enrichit l’édifice d’autres ornements précieux 2.

Guillaume, abbé de Saint-Bertin, près de Saint- Omer, exécuta pour l’autel de son église un parement de vermeil orné de figures en relief3.

Dès les premières années du xe siècle, Tuto, abbé du monastère de Saint-Emmeran et évêque de Ratisbonne, fit faire un autel d’or d’une forme gracieuse et l’orna de mille pierres fines 4.

Thiethardus, élu en 928 évêque d’Hildesheim, offrit

1. Saint Jean (+ 973), abbé du monastère de Gorze (diocèse de Metz), décora l'église d’autels enrichis d’argent et d'or : In diversis oratoriis erant altaria laminis argenteis auro decenier insignitis. [Ann. Bened., VII, 395.)

2. Altaris tabulant quianullaerat, fecit argenteam,domum ipsius altaris et laquear ipsius optime pinxit. (Schayes, ai ch. en Belgique , II. 73. — Folcuinus, De geslis abb. Lobiens., c. xxix.

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