Basilea sacra, Bruntzuti, 1658, p
appréciation 1 : « Quæ septem aureorum millia facile « æquaret. »
L’autel d’or était exposé dans les grandes fêtes et au maître-autel seulement, ainsi que nous l’apprend un ancien titre sur vélin, joint au monument : « Or- « dinatum est per capitulum, quod aurea Tabula in « subsequentibus festis ad summum altare et non « aliter.... Item in festis natalis, pasce, pente- « costes, Corporis Christi, Henrici imperatoris, « assumtionis Mariæ, in dedicatione omnium sanc- « torum. »
Les anciens auteurs ne sont pas d’accord sur la date précise de l’exécution, ni sur l’année du pèlerinage de saint Henri au Mont-Cassin et de sa guérison. Est-ce en se rendant à Rome, en 1014, avec l’impératrice Cunégonde, pour s’y faire couronner empereur par les mains du pape Benoît VII? Est-ce seulement à son retour et après les cérémonies du couronnement? Serait-ce même, comme semble l’indiquer Sififrid, à son retour d’Italie, où il s’était rendu de nouveau pour combattre les Sarrazins et les Grecs qui infestaient l'Apulie et la Campanie, c’est-à-dire en 1022? Il est certain que l’exécution de l’autel d’or ne saurait être attribuée à une époque postérieure à cette dernière date. On peut même affirmer, si l’on ajoute foi àcertaineschroniquesdesxvieetxvii°siècles, qu’il remonte à une époque antérieure et qu’il existait déjà en 1019, année de l’inauguration de la nouvelle cathédrale de Bâle, puisqu’il ornait avant cette époque l’intérieur de la chapelle impériale. Nous trouvons en effet dans la « Basilea sacra », publiée en 1658, et dans Wurstiesen, que, le n octobre 1019, jour où l’on célébrait à Bâle en grande pompe l’inauguration de la cathédrale relevée de ses ruines, en présence de saint Henri lui-même, de l’archevêque de Trêves, des évêques de Strasbourg, de Constance, de Lausanne et de Genève, les trésors de l’église furent ouverts aux fidèles et que parmi les offrandes magnifiques faites à la cathédrale brillait en première ligne l’autel d’or que l’empereur Henri avait tiré de sa propre chapelle pour en faire hommage à l’édifice sacré.
Depuis le commencement du xie siècle jusqu’au xve siècle, l’autel d’or ne quitta le trésor de la cathé-
1. La valeur de l’écu d’or, en 1666, était de cinq livres tournois et douze sous. L’estimation faite, ou du moins reproduite par le chroniqueur bâlois porterait donc de 39 a 40,000 fr. la valeur intrinsèque de ce monument.
XIe SIÈCLE. — AUTELS D’OR ET D’ARGENT (BALE).
drale que pour paraître aux yeux des fidèles aux jours de grande solennité. A l’époque de la réformation, ce précieux monument fut enfoui, en 1529, avec les autres joyaux du trésor, dans un des caveaux souterrains de Münster et put échapper ainsi aux profanations des iconoclastes et à une destruction à peu près certaine. Depuis cette époque, et malgré toutes les réclamations de l’évêque et du chapitre, la ville garda les vases sacrés et les ornements de la cathédrale, et ce ne fut qu’après, en 1834, qu il revint à la lumière après trois siècles écoulés.
Bâle venait d’être définitivement divisée en deux cantons indépendants, Bâle-Ville et Bâle-Campagne; il fallut partager le trésor; l’autel d’or échut à Bâle- Campagne, et le gouvernement de ce canton, peu soucieux d’assurer la conservation d’un monument aussi précieux et aussi intéressant pour l’histoire, le vendit aux enchères publiques à Liestal, le 23 mai 1836. Pour ne laisser aucun doute sur l’authenticité de son origine et de sa provenance, le secrétaire d État de Bâle-Ville, au nom du bourgmestre et des conseils du canton, ainsi que le pasteur de la cathédrale, en délivrèrent une reconnaissance en bonne forme, et l’évêque lui-même déclara par un témoignage émané de sa main et muni de son sceau que l’autel était bien celui qui avait été donné à la cathédrale de Bâle par l’empereur saint Henri, et qui, depuis lui avait été enlevé « per infelicis reformationis injuriam ». L’autel d’or devint la propriété de M. Handmann, orfèvre de la ville, puis du colonel Theubet, qui en consentit la concession au gouvernement français en 1854 ‘.
Plusieurs archéologues attribuent cet autel à l’école lombarde; M. Labarte, avec beaucoup de raison, selon nous, s’inscrit contre cette opinion; le style des figures, de l’architecture, des colonnes coupées par une bague au milieu de leur fût, etc., ne laisseraient aucun doute sur son origine allemande, lors même que la tradition ne nous la confirmerait d’une façon positive.
Les métaux précieux n’étaient pas la seule richesse que le xie siècle dépensât dans la construction des autels; l’ivoire, déjà employé du temps de saint Jé-