‹ La messeChapitre 3 sur 346 · Initiale d’après un ms. latin de la Bibli. nationale · texte numérisé non relu

Initiale d’après un ms. latin de la Bibli. nationale

2. Nous devons au vénéré et regretté abbé de Champgrand la dissertation suivante sur cette étymologie.

mais les lexicographes le traduiraient plus volontiers, littéralement par sufficientia ; un des plus récents et des plus estimés parmi eux, le rend par numerus, et croit que dans le passage du Deutéronome, xvi, io, il est pris dans le sens de la préposition prout et les Septante paraissent appuyer cette opinion.

Tout cela soit dit pour montrer qu’il n’y a pas lieu de soutenir l’étymologie tirée de Missah, mot d’ailleurs plutôt chaldéen que hébreu. Mais quand même ce mot signifierait oblatio spontanea, il ne faudrait pas se hâter d’en conclure que les chrétiens l’ont emprunté aux Juifs pour l’appliquer au sacrifice eucharistique. Car, comme l’observe Bellarmin, et après lui le Cardinal Bona, si cette expression avait été empruntée par les apôtres, à la langue hébraïque, elle aurait été conservée par les Grecs, par les Syriens et les autres nations aussi bien que Amen , Alleluiah, Sabaolh, Osanna , Sabbatum, Pascha, etc., or parmi les Grecs il n’est fait aucune mention du mot Missa et les SS. Pères les plus versés dans la connaissance de la langue hébraïque, comme Origène, saint Justin, saint Jérôme, n’en parlent point, ce qui serait bien extraordinaire si les chrétiens l’avaient emprunté aux Hébreux.

Je ne crois pas davantage à l’étymologie grecque Muéw, ni à celle que le savant Gabriel de l’Aubépine tire des langues du Nord, et j’aime mieux m’en tenir à l’opinion généralement reçue qui regarde le mot Missa comme un terme latin des bas siècles pour Missio. On dit de même remissa pour remissio, oblata pour oblatio , ascensa pour ascensio, confessa pour

confessio, accessa pour accessio, promissa pour promissio , etc. Mais pourquoi le nom de renvoi ou d’envoi donné à la sainte messe? Voilà sans doute ce qui parait peu propre à exprimer le grand acte liturgique auquel on l’applique. En supposant ici, pour abréger, les raisons diverses qui ont été apportées pour justifier la dénomination d’envoi et en admettant que les renvois (tant celui qui avait lieu avant la partie du saint sacrifice auquel les fidèles seuls assistaient, que celui par lequel on donnait congé à 1 assemblée après la célébration achevée) aient donné aux saints mystères leur nom de Missa, on peut trouver cela assez naturel, car il s’agit ici d’une dénomination populaire , et non pas d’une de ces appellations scientifiques calculées de manière à ce que la définition de la chose soit renfermée en abrégé dans le nom quelle porte. Or le peuple devait être frappé de ce renvoi des catéchumènes de toute classe et des pénitents des trois premières, exclus les uns et les autres de l’assistance à la partie la plus importante du sacrifice eucharistique et il n’est pas étonnant qu’il ait désigné par le mot « renvoi », un acte religieux si saint que ceux-là seuls qui étaient censés avoir conservé ou recouvré la grâce du Baptême y pouvaient prendre part.

Nous devons ajouter que le sacrifice eucharistique à l’origine eut aussi d’autres dénominations; les anciens chrétiens l’appelaient Dominicum. On lit dans les actes du martyre de saint Saturnin : « Ego devota mente celebravi Dominicum, collectam cum fratribus feci, quia christianus sum. »

Dans le Martyrologe romain (25 décembre) : « Nicomediæ Passio multorum millium martyrum — qui cum in Christi natali ad Dominicum convenissent, Diocletianus imperator januas ecclesiæ claudi jussit .»

Saint Cyprien ( Lib . de Opéré et eleemos.) : « Locuples et dives es et Dominicum celebrare te credas, quæ corbonam omnino non respicis? » (Du Cange, Dict.)

On l’a encore appelé Synaxe, Collecte, Eulogie divine, Hierurgia, et ’AyaQôv « le bien par excellence. »

Le saint sacrifice d’abord célébré dans les maisons, puis dans les hypogées, dans les cimetières, dut l’être, après la paix constantinienne, exclusivement dans les lieux consacrés. — Cette loi fut confirmée par les capitulaires i.

1. Baluz, 1, 192, Karol. magn. — (760). — « Ut sacerdos, « tiisi in locis consecratis, inissam non celebret. xiv. Nullus

La liturgie aux temps apostoliques et dans les siècles suivants fut célébrée dans les langues vulgaires à cette époque, chez chacun des peuples auxquels l’Évangile fut annoncée : i° en langue égyptienne ou copte ; 20 en langue arménienne (la liturgie arménienne est encore aujourd’hui en vigueur) ; 30 en langue esclavonne ; 40 en langue éthiopienne.

Les preuves abondent pour montrer que du temps de saint Jérôme, il n’y avait point d’église en Orient où l’on fit le service public en langue vulgaire différente du syriaque et du grec.

Quant à l’Église latine, saint Augustin remarque .qu’il y avait un grand nombre de versions latines, parce que, dans les premiers établissements de la foi, dès qu’un homme trouvait un exemplaire grec et qu’il avait quelque connaissance des deux langues, il prenait la liberté de le traduire. La plus célèbre de toutes ces versions était celle qu’on appelait italique , et qui jusqu’au temps de saint Jérôme, était préférée à toutes les autres. L’Église d’Occident n’a jamais fait le service public qu’en latin, saint Cyprien et saint Augustin le témoignent dans leurs écrits. La domination des Goths et des Maures en Espagne n’a pas changé cet usage. La version italique fut d’abord préférée à celle de saint Jérôme, puis on les dit indifféremment, puis la dernière fut presqu’universellement adoptée.

L’unité de la foi et de la religion subsiste sans altération depuis tant de siècles, dans l’Église latine, parce qu'elle conserve le même langage dans le service public et elle pourrait se rompre si les Français, les Espagnols, les Italiens, les Allemands et tous les autres peuples chrétiens célébraient les saints mystères dans leur langue ; ces langues elles-mêmes se modifient sensiblement tous les siècles.

Pour savoir combien est ancien l’usage de célébrer des messes à certaines intentions et en vue de grâces que l’on attend, il faut ouvrir le Sacramentaire de saint Grégoire 1 écrit au xc siècle par l’ordre d’un abbé de Corbie, on y verra le saint sacrifice offert pour obtenir l’assistance des saints, la sagesse, la charité, pour la gloire de la Sainte-Vierge, pour la

« sacerdos nisi in locis Deo dicatis, vel in itinere positus in « tabernaculis et mensis lapideis ab episcopo consecratis, « missas celebrare præsumat. Quod si præsumpserit, gra- « dûs sui periculo subjacebit.

« Ut missas extra ecclesiam non célèbrent, ix. Ut nullus sa- « cerdos in domibus, vel in aliis locis, nisi in ecclesiis dedi- « catis, celebrare missas audeat. »

Page 1