‹ La messeChapitre 4 sur 346 · Bibliot. nation., fonds latin · texte numérisé non relu

Bibliot. nation., fonds latin

remission des péchés, la résistance aux tentations de la chair, pour avoir le don des larmes, la paix, la pluie, la sérénité du ciel, pour les voyageurs, les navigateurs, les baptisés, les morts, afin d’être préservé des mauvaises langues, des juges iniques, des orages, et de toute espèce de tribulation. On y voit la confiance universelle que nos pères témoignaient à l’oblation du Rédempteur sur les autels.

Avant d’étudier les différentes phases du saint sacrifice, occupons-nous de la préparation.

Le prêlre marche la tête couverte. — Il y a 7 ou 800 ans qu’on était toujours découvert en allant à l’autel. Cet usage s’est conservé en plusieurs églises. Depuis quelques siècles, selon nos manières, se couvrir seul dans une assemblée est une marque d’autorité et de prééminence. Le prêtre allant à l’autel revêtu des ornements sacerdotaux est en même temps revêtu de l’autorité de Jésus-Christ et de l’Église. Il a la prééminence sur toute l’assemblée. Il ne salue personne et ne se découvre que pour se mettre à genoux quand il passe devant un autel, si le Saint-Sacrement y est exposé, si l’on fait l’élévation, ou si on donne la communion. Il n'est occupé que de Jésus-Christ son maître et il ne se découvre que quand il le voit.

Le prêtre va de la sacristie à l'autel. — Les ordres romains jusqu’au xmc siècle, marquent que le célébrant, sans excepter l’évêque, ni le Pape, va se préparer et s’habiller à la sacristie, pour de là aller processionnellement à l’autel. Ce n’est que depuis le xive siècle que cette procession est quelquefois supprimée, et que l'ordo romain de Gaietan a marqué l’alternative de la sacristie ou du sanctuaire pour le lieu où les évêques prennent leurs ornements; à l’égard des prêtres ils doivent toujours s’habiller à la sacristie, si ce n’est dans les chapelles où le défaut de sacristie les contraint de prendre les habits sacerdotaux à l’autel.

Le prêlre est précédé d’un ministre. — Il est plus convenable qu’il ne marche pas seul, étant revêtu des habits sacrés ; et il a besoin d’un ministre qui réponde à la messe, parce que l’Église lui défend de dire la messe seul. Les conciles veulent qu’il y ait au moins une personne avec lui, pour représenter le peuple

qui avec le prêtre forme l’assemblée des fidèles, de plus, que ce jninistre soit un clerc revêtu d’un habit qui convienne à l’autel. On peut même dire que c’est par tolérance qu’on a laissé approcher de l’autel un simple clerc, car si on remonte à l’antiquité, on voit que c’est le diacre qui est proprement le ministre du prêtre, qui devait l’accompagner pour célébrer les saints mystères, dans les endroits mêmes où l’on ne pouvait dire que des messes basses sans solennité, saint Cyprien qui durant la persécution prenait tant de soin d’envoyer des prêtres dans toutes les prisons et d’empêcher qu’on y allât en foule et qu’on y fit du bruit, de peur qu’on en refusât l’entrée, voulait, néanmoins, que celui des prêtres qui allait y dire la messe fut toujours accompagné d’un diacre.

Il s’est dit dans la suite un si grand nombre de messes, que chaque prêtre n’a pas toujours pu être accompagné d’un diacre ; mais les conciles ont exigé que le ministre qui tiendrait lieu de diacre, fut un clerc tonsuré revêtu d’un surplis. Le concile d’Aix de l’an 1585 demande que, dans les églises qui n’ont pas le moyen d’avoir un clerc, le prêtre ne dise pas la messe sans avoir obtenu sur ce point une permission écrite de l’évêque. Enfin le concile d’Avignon en 1 594 ordonne qu’aucun laïque ne] serve la messe que dans la nécessité.

Le clerc ne porte à présent le missel que lorsqu’il n’est pas déjà sur l’autel ; mais selon tous les anciens ordres romains et Amalaire, le célébrant ne sortait pas de la sacristie, qu’il ne fut précédé du livre des Évangiles qu’on portait et qu’on accompagnait avec respect ; ce qui s’observe encore dans plusieurs cathédrales, où le sous-diacre découvert, le porte à baiser au prêtre avant que de commencer la messe.

La préparation avant de monter à l’autel. — Cette première partie de la messe contient, trois choses : i° Le désir d’aller à l’autel, avec confiance en la bonté de Dieu ; 20 la confession de ses fautes ; 30 les prières pour en obtenir la rémission et la grâce de monter à l’autel avec une entière pureté. Les prières se font au bas de l’autel et le plus souvent en quelqu’autre endroit un peu éloigné, parce qu’elles ne sont qu’une préparation pour y aller.

On les marquait rarement dans les missels et l’on n’en trouve rien dans les premiers ordres romains. Les six anciens ordres romains que Mabillon a fait imprimer, nous apprennent seulement que l’évêque, après s’être habillé dans la sacristie et avoir fait aver-

tir le chœur de chanter le psaume introït, allait d abord au haut du chœur avec tout le clergé.

Tous ces anciens ordres ne détaillent point les prières de la préparation. On ne les trouve pas écrits dans l’Église latine avant le ixe siècle, parce qu’on les laissait faire aux évêques et aux prêtres, selon leur dévotion, soit seuls et en silence, soit avec les ministres ; on les a mises depuis le ixe siècle dans quelques missels et plus communément dans les Pontificaux, dans les manuels des églises. C’est là qu il faut les chercher jusqu’au xive siècle.

Ces prières préparatoires regardent les assistants aussi bien que le célébrant et l’évêque les dit au bas de l’autel, afin que personne n’assiste à sa messe sans préparation.

Le prêtre tient les mains jointes. — Il est toujours dans cette posture pendant la messe , lorsqu il ne se sert pas de ses mains, pour quelqu’action ou qu’il ne les élève pas pour faire quelque prière 1 .

Le prêtre fait le signe de la croix avec la main droite, parce que c’est la main dont on agit ordinairement et qu’on l’a toujours fait ainsi.

L’antienne Introïbo. — Celui qui sert la messe doit se tenir à genoux un peu derrière le prêtre. Le premier concile de Milan sous saint Charles, en 1565, veut qu’avant de commencer la messe, les ministres aient allumé les cierges, placé le missel, préparé les burettes et tout ce qui est nécessaire à la messe et défend absolument au prêtre de commencer le Conjileor avant que toutes choses ne soient à leur place.

Ampoule trouvée par M. Guiter dans

L’ancienne attitude de la prière était différente de celle d’aujourd’hui.

Les premiers chrétiens avaient coutume de prier debout, les mains étendues, un peu élevées vers le ciel et la face tournée vers l’Orient. Les monuments antiques présentent des figures appe¬

lés catacombes d’Alexandrie et des- léeS OranteS dans Cette at¬

inée par lui. (Hauteur 8$ mm.)

titude. Elles se font sou¬

vent remarquer par la richesse et l’élégance de leur costume, elles portent de grandes tuniques ou mieux

i. P. Lebrun, Explication des cèrèm.

des dalmatiques à manches larges et drapées, garnies de broderies et de bandes de pourpre ; elles sont parées de colliers, de bracelets et d’autres bijoux, manière d’exprimer allégoriquement la gloire dont elles jouissent dans le ciel. Les orantes païennes élèvent les bras verticalement ; les chrétiennes, au contraire, portent les bras dans une position presque horizontale : « Ne ipsis quidem manibus sublimius elatis, sed tem- « perate ac probe elatis. » (Tertul., De Orat., xm.) Aujourd’hui le prêtre seul garde à la messe souvenir de ce rit antique, lequel a conservé dans la liturgie de l’Église de Lyon son caractère tout-à-fait primitif.

Cette position rappelait la Passion de Notre- Seigneur, comme le dit Tertullien (De Oral., xi) : « Attollimus tantum sed expandimus, e dominica passione modulantes » ; le désir d’imiter le Sauveur est rappelé par Ruinart (Acta martyr., Sine, p. 235) et par Usuard (Martyrol., xii, kal. feb.) « Illuc « suspicientes (in cœlum) christiani manibus expen- « sis quia innocuis, capite nudo quia non erubesci- « mus ( Apol. , xxx.) ».

Cependant le rit de prier debout n’était point exclusif. Les premiers chrétiens priaient aussi quelques fois à genoux. Les genoux de saint Jacques le Majeur étaient devenus durs Comme ceux d’un cha meau par suite de ses prières prolongées. Notre- Seigneur au jardin de Gethsémanie pria dans cette posture humiliée.

La primitive Église avait prescrit, dès le principe, qu’on priât debout les dimanches et durant tout le temps pascal, en signe de joie et à genoux tout le reste de l’année en signe de pénitence.

Quant aux figures de chrétiens priant à genoux, les monuments figurés font presque complètement défaut ; ce qui semble donner raison à ceux qui disent que les orantes sont l’image de l’âme glorifiée. (Martigny.)

Dans la primitive Église les cathéchumènes aussi bien que les fidèles devaient prier debout, mais seulement ils devaient baisser les yeux à terre pour montrer que le baptême ne leur avait pas encore donné le droit de lever les regards vers le Père céleste.

On pourrait citer d’innombrables monuments nous rappelant les orantes anciennes ; les fresques des catacombes et les sculptures des sarcophages reproduisent ce type à l’infini. Notons, comme l’exemple le plus remarquable, par la multiplicité des personnages, le sarcophage de Salone où une femme les bras éten-

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