‹ La messeChapitre 301 sur 346 · Je dois dire que Quast le croyait d’origine suédoise · texte numérisé non relu

Je dois dire que Quast le croyait d’origine suédoise

XIIe SIÈCLE. — LISBJERG. — STOCKHOLM.

Le caractère roman de ce monument est trop évident pour laisser aucune hésitation dans son classement au xiie siècle. (PI. LXXXVIII.)

Les autels en métal repoussé furent très en vogue au xii° siècle dans les pays Scandinaves ; le musée de Copenhague nous en offre des exemples remarquables. Sous le n° 1 5 5 on y voit un antipendium de la fin du xne siècle provenant de Tvenstrup près de Horsens, composé de plaques de cuivre appliquées sur un fond de bois de chêne. Ces plaques sont travaillées au repoussé, dorées et primitivement décorées de pierreries, les sujets qu’on y a figurés sont tirés de l’Ancien et du Nouveau-Testament. Sept églises de campagne du Jutland et du Sleswig possèdent ou possédaient des autels analogues et de la même époque.

Le monument de ce genre le plus remarquable est celui dont nous donnons copie d’après M. C. Engelhardt. (PI. LXXXIX.) C’est un autel qui se trouvait à Lisbjerg près de Aarhus. Il se partage en trois parties. Celle du centre semble principalement consacrée à la Sainte-Vierge. Au milieu d’un losange, sous une arcade, Marie est assise avec le Sauveur sur les genoux, elle est accompagnée à droite et à gauche de deux chérubins *. Au-dessus est représentée la Jérusalem céleste, défendue à l’entrée par un ange, surmontée par une croix autour de laquelle se tiennent ses heureux habitants. Les triangles en dehors du losange sont occupés par des figures de prophètes, Moïse, Élisée, Jonas, Josué, ou par les scènes de l’Annonciation et de l’Assomption. De chaque côté sont six panneaux où figurent les allégories des vertus : la paix, l’espérance, la foi, la patience, la charité, la modestie, et les deux saintes Birgitte et Thècle. L’ensemble est encadré dans une frise d’animaux fantastiques et par des inscriptions contenant des sentences de l’Évangile.

Le gradin qui surmonte l’autel offre un motif intéressant; il présente au centre un Christ glorieux sous une arcade trilobée où on lit cette inscription : Ego sum lux mundi, dicit Dominus ; ce Christ est accompagné, à droite et à gauche, des douze apôtres sous un portique.

Enfin, et c’est la partie la plus intéressante du monument, un grand arc demi-circulaire environne un calvaire. Il prend naissance sur deux médaillons

i. Rohault de Fleury, La Sainte-Vierge, pl. CXLVII.

dont 1 un contient en bas-relief le sacrifice d’ Abraham. Son archivolte est semblable au grand cadre de l’autel, c est-à-dire qu’elle se compose d’une frise avec enroulements, d’une torsade et d’un listel qui porte une inscription. Le sommet est occupé par cinq arcatures où l’on distingue encore le Christ, Marie, saint Jean évangéliste, saint Côme, saint Damien et deux personnages agenouillés. M. Engelhardt pense que deux statues de la Sainte-Vierge et de saint Jean étaient dressées de chaque côté de la croix 1 .

La chapelle de 1 hôtel de ville de Cologne possède un devant d’autel qui provient de l’église collégiale de Sainte-Ursule. Cette pièce appartient à la fin du xne siècle par ses encadrements émaillés, tandis que les images de saints qu’on y a ajoutées, d’un style vigoureux et sur fond d’or ne datent que du xiv° siècle. L’ensemble peut se décomposer en trois parties. Celle du milieu contient une image de la Sainte- Vierge dans un médaillon de om 67 de haut, en forme de quatre-feuilles. Marie est assise sur un trône, elle tient l’Enfant-Jésus qui lui offre une fleur. Dans les tympans, des anges sont représentés chantant les gloires de la Mère de Dieu, et tenant des instruments de musique. Les deux parties latérales sont ornées d’arcades avec figures de saints. Ceux du bas prouvent que l’autel a appartenu à l’église Sainte-Ursule, car les noms qu’on y lit sont ceux que le culte entoure de plus d’honneur dans ce sanctuaire. Cet autel a 2 m 18 de long sur 1 m 14 de hauteur 2.

Auprès de l’autel émaillé qu’on vient de décrire nous rangerons ceux du Limousin. On en voyait un de ce genre dans l’église de Saint-Martial, un autre à Bourganeuf, le troisième à Grandmont. Les deux premiers ont disparu en 1792 sans laisser de traces. Celui de Grandmont était le plus remarquable. Sur la face antérieure, au centre, Notre-Seigneur, entre les symboles des évangélistes, tenait un livre et bénissait. A ses côtés, les apôtres siégeaient sur des trônes. Toutes les figures en relief étaient ajustées sur un fond émaillé de fleurons et orné de pierreries. La face postérieure se divisait en deux zones; dans la zone inférieure, on voyait se dérouler les scè-

1 . Guide illustré du musée des antiquités du Nord par Engelhardt. Copenhague, 1868.

2. Nous devons communication de ces renseignements au savant docteur Kessel.

On peut voir la gravure de cet autel dans l’abbé Bock, Les trésors de Cologne.

autels.

nés de la vie de saint Étienne de Muret, parallèlement à celle de Notre-Seigneur représentée au-dessus. Ces sujets en émail incrusté sur fond de cuivre doré, étaient encadrés par des arcades à plein cintre couronnées de coupoles.

Un ciborium gigantesque de même matière surmontait cet autel. Quatre colonnes de bronze, émaillées de fleurons, supportaient une voûte métallique à laquelle pendaient de nombreux écussons. Les roses d’Angleterre y brillaient de toutes parts et rappelaient la générosité des rois, bienfaiteurs de cette abbaye, mais cet ornement était évidemment postérieur à 1 autel. Au xive siècle une bande de calvinistes enleva la moitié des pierreries et mutila plusieurs figures. En 1760 l’église de Grandmont ayant été reconstruite, l’autel fut relégué dans une chapelle ; en 1789 il fut vendu comme vieux cuivre ; une figure de la face antérieure et deux plaques qu’on peut voir au Musée de Cluny sont tout ce qui nous reste de: ce précieux monument1.

Dans la chapelle inférieure de l’abbaye de Klosterneuburg, près de Vienne, il existe un parement d’autel fait par Nicolas de Verdun, en 1 181, et transformé en rétable, en 1329, par l’adjonction de six plaques. L'ouvrage se compose de plaques de cuivre émaillé, séparées par des bandes de métal sur lesquelles se déroule une longue inscription qui constate le nom de l’auteur et la date. L’œuvre de Nicolas n’avait que quarante-cinq plaques reproduisant des scènes de l’Ancien et du Nouveau-Testament 2.

Lorsqu’on ne pouvait, à cause de la dépense, avoir recours au luxe des émaux on employait quelquefois simplement du bois peint ; l’antipendium conservé au musée épiscopal de tableaux, à Münster, nous en donne un exemple. Ce panneau, qui a" 2 mètres de long sur 1 mètre de haut, présente au centre, dans une auréole à quatre lobes, le Sauveur bénissant et tenant un livre ouvert avec cette légende : Ego sum panis vivus qui de celo descendi : Son manteau est rouge, sa robe blanche avec une partie inférieure brune. Dans les angles de l’auréole sont figurés les quatre

Page 1