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Monum. arch. d’Espagne, I vol

AUTELS

Nous avons pour le xme siècle un grand nombre d’autels pédiculés ; en voici un que l’on conserve à SS.-Vincenzo-ed-Anastasio-alle-tre-fontane *, près de Rome ; la table sacrée est soutenue aux angles par quatre petits piliers carrés et au centre par une grosse colonne ionique. Une inscription métrique placée dans le chœur nous apprend que l’église fut consacrée en 1221 par le pape Honorius III; l’autel est à peu près contemporain ; la ressemblance de la colonne centrale avec la colonne de la flagellation apportée à Rome vers la même époque (1223), est évidente pour le galbe de ce balustre, le profil de la base, l’astragale, et nous prouve que nous sommes ici devant une copie ; on s’est contenté d’ajouter un chapiteau ionique pour compléter la hauteur de l’autel. C’est un usage invariable de placer des reliques sous les autels ; n’était-il pas convenable d’y mettre ici l’imitation d’une relique aussi fameuse et que sa récente translation à Rome rendait si populaire? (PI. LXXXIII.)

M . Goldie a dessiné à Florence dans l’église Sainte- Maria-Novella (1256) un autel dont il a eu la bonté de me communiquer le relevé ; il est soutenu par huit colonnes, quatre accouplées au centre et une à chaque angle.

Autel de S. Marie-Nouvelle à Florence, (Dessin de M. Goldie.)

i . Albert Lenoir, Arch. monast.

Nous rapprcoherons de celui-ci pour le style l’autel du Dôme de Modène qui se trouve sous un épais massif de plâtre et de briques et qui fut fait en 1209 par Arrigo Campione. Il est soutenu par treize colonnes, six accouplées sur les faces principales et une isolée, cannelée en spirale au centre. Nous l’avons gravé (pl. LXXXV), d’après un dessin de M. Messori. Il était jadis abrité par un ciborium.

J'ai dessiné à Milan, dans l’église Saint-Eustorgue, un autel adossé au fond d’une chapelle et soutenu en avant par deux colonnes ornées de chapiteaux ; la table est à peine dégrossie et devait être cachée ; on y remarque quelques trous.

Dans la même église un autel d’une date plus tardive est porté sur des colonnes cannelées en spirale et au milieu par un dé sculpté.

M. le comte Rossi-Scotti, dont nous avons rappelé l’érudition et l’obligeance à propos d’un autel de Pérouse, nous envoie la nouvelle d’une découverte qu’il vient de faire dans l’église San-Matteo. C’est un autel pédiculé dont nous donnons ici la figure et les dimensions exactes. L’église, ainsi que l’hospice des Basiliens qui lui était annexé, remonte au xiiic siècle l. Ce monument doit avoir la même date.

Largeur 0 m. 86.

Colonne de granit.

La cathédrale de Nevers possédait des meubles liturgiques remarquables : « Le grand autel, dit l’au- « teur des Voyages liturgiques, est très-beau, enrichi « de deux colonnes de porphyre ou de pierre granit « rougeâtre, avec un grand crucifix, la Sainte-Vierge

i. Cte G. B. Rossi-Scotti, Guida illustrata di Terugia,

XIIIe SIÈCLE. — AUTELS PÉDICULÉS.

« et saint Jean en relief pour rétable d’autel qui est « fort large et long. Il n’y a rien dessous ni dessus « du rétable. Les cierges sont aux côtés ; au bout de « l’église, il y a un escalier de neuf ou dix dégrez « pour monter sous l’orgue à un autel qui n’a rien de « beau, sinon que l’on tourne autour à l’antique. « C est 1 ancienne abside, car l’église était tournée « à 1 occident ; il y a des bancs de pierre autour « et l’ancienne sacristie qu’ils appellent trésor, à « côté 1 . »

Thiers donne beaucoup d'exemples d’autels à colonnes: « Dans l’église cathédrale de Chartres, dit-il, « la table du grand autel qui est toute de jaspe est « soutenue de six colonnes de même nature, trois « par-devant et trois par-derrière et d’une pierre qui « est directement au milieu. Il y a une rubrique dans « le bréviaire de Chartres de 1634 et 1661 qui sup- « pose que les autels de ce diocèse doivent être « creux. Après les ténèbres du mercredi saint deux « chantres prennent le dernier cierge allumé du « chandelier triangulaire, s’en vont à l’autel, le ca- « chent sous l’autel du côté de l’Épitre 2. »

Arras ne conserve plus l’ancien autel de sa cathédrale, cependant d’après certains documents on peut en rappeler le souvenir. La table portée par cinq colonnes avec chapiteaux et bases élevées était soutenue aussi au centre par deux massifs ornés de quatrefeuilles. De chaque côté, trois colonnettes d’argent surmontées d’anges soutenaient les tringles des courtines et au-dessus, devant une tour de pierre, la suspension était attachée à la volute d’une crosse 3.

Rien n’était plus fréquent au xnie siècle que ces colonnes soutenant les rideaux autour de l’autel ; dans un manuscrit de 1665 relatif à l’église de Notre- Dame-la-Blanche à Selles en Berry, nous lisons : « Le cœur estait bardé et environné de treillis de « fert d’assez bel ouvrage au travers desquels l’on « voyait des aisles, le prêtre à l’autel qui était assez « grand, autour duquel il y avait quatre pilliers de « cuivre canelés et sur chacun d’iceux un angelot de « bronze, et sur le derrière du dit autel un cinquième « pillier, sur lequel portait une grande crosse ren- « versée sur l’autel, sur laquelle estait suspendu un

1. P. 145 : Lebrun Desmarettes, dont les doctrines comme liturgiste sont erronées, peut offrir cependant des descriptions matérielles intéressantes.

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