COMMÉMORATION DES MORTS
vent, étaient reçues dans le globe de la lune, jusqu’à ce que purifiées et dégagées de cette vapeur qui les avait empêchées d’arriver au séjour céleste, elles y parvinssent enfin.
Généralement parlant, on priait presque pour toutes les âmes des morts, de peur de se tromper dans le jugement qu’on en aurait pu porter.
Les hétérodoxes, dit Morin, ont prétendu que la pratique des chrétiens à l’égard des morts était une suite du paganisme ; mais il y a beaucoup plus d’apparence que les païens eux-mêmes l’avaient prise des Égyptiens et ceux-ci des Juifs qui avaient habité parmi eux et qu’elle s’était ensuite répandue chez toutes les nations de la terre, jusqu’aux Chinois, aux Indiens et même aux Américains, universalité qui ne saurait venir que d’une tradition très-ancienne ou
plutôt d’une notion imprimée du doigt de Dieu dans le cœur de tous les hommes.
Anciennement le memento des morts était écrit dans un livre séparé, qu’on appelait les Diptyques. C’est pourquoi ce memento n’est pas dans le sacramentaire de Worms écrit vers la fin du ix* siècle; il n’est écrit qu’à la marge dans un sacramentaire de Trêves du x° siècle.
Les siècles les plus reculés nous font voir le soin qu’on a toujours eu de prier pour les morts et d’offrir pour eux le sacrifice. Il n’y a jamais eu de liturgie où l’on ne voie cette prière, et saint Cyrille de Jérusalem, au milieu du ive siècle, instruit les nouveaux baptisés de la nécessité de prier pour les morts *.
i. Voy. Lebrun, IV, xiv, p. 512, etc.
NOBIS QUOQUE PECCATORIBUS.
Nobis quoque peccatoribus, famulis tuis, de multitudine miserationum tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et Martyribus; cum Joanne, Stephano, Matthiâ, Bernabâ, Ignatio, Alexandro, Marcellino, Petro, Felicitate, Perpetuâ, Agathâ, Luciâ, Agnete, Cæciliâ, Anastasiâ, et omnibus sanctis tuis ; intra quorum nos consortium, non æstimator meriti, sed veniæ, quassumus, largitor admitte , per Christum Dominum nostrum :
Per quem hæc omnia, Domine, semper bona créas, sanctificas, vivificas, benedicis, et præstas nobis;
Per ipsum, et cum ipso, et in ipso, esttibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritûs Sancti, omnis honor et gloria.
— Per omnia secula seculorum.
— Amen.
Le prêtre frappe sa poitrine, c’est un geste qu on fait naturellement en se déclarant pécheur et coupable.
On nomme ici plusieurs saints martyrs des différents états qui sont dans l’Église et qui ont été particulièrement honorés à Rome :
Saint Jean-Baptiste, de l’ordre des prophètes ;
Saint Étienne, de l’ordre des diacres ;
Saint Mathias de l’ordre des apôtres ;
Saint Barnabé de l’ordre des disciples ;
Saint Ignace de l’ordre des évêques, martyr à Rome en 107;
Saint Alexandre, de l’ordre des papes, martyr à Rome en 1 17;
Saint Marcellin, de l’ordre des prêtres et saint Pierre exorciste, de l’ordre des clercs, tous deux martyrs ensemble sous Dioclétien ;
Sainte Perpétue et sainte Félicité de l’ordre des personnes mariées ;
Sainte Agathe, sainte Luce, sainte Agnès, sainte Cécile et sainte Anastasie de l’ordre des vierges.
Dans cette seconde commémoration des saints on supplée en grande partie à ce qui semblait manquer de saints primitifs dans la première partie. Saint Jean est placé dans la première commémoration et mentionné avec les autres, à cause de la dignité de l’apostolat ; mais dans la dernière son nom est répété et associé à celui de saint Étienne à cause du privilège du célibat, car ils sont vierges et suivent l’Agneau partout où il va. La virginité de saint Jean est surtout recommandée par ce fait que le Christ sur la croix confia sa mère vierge à son disciple vierge.
Au ix° siècle, quelques églises de France joignirent les saints confesseurs auxquels on avait le plus de dévotion, comme saint Martin, saint Hilaire et d’autres saints. Mais on revint à l’ancienne, règle de ne mettre dans le Canon que des martyrs, qui par leur mort ont montré que le Sauveur avait mis en eux sa parfaite charité.
Lorsque le prêtre est sur le point de dire : Et præslas nobis, le diacre enlève le corporal de dessus
le calice .pour marquer que lorsque le Christ rendit l’esprit, le voile du temple fut déchiré depuis le haut jusqu’en bas.
Après les mots et prœstas nobis, le prêtre se relève et prend l’hostie avec laquelle il fait trois signes de croix sur le calice d’un bord à l’autre en disant : Per f ipsum et cum -j- ipso, et in -j- ipso.
Il fait de même avec l’hostie deux autres signes de croix entre le bord du calice et sa poitrine en disant : . . . . Palri f omnipolenti. . . . spiritus f sancti.
Ensuite tenant l’hostie avec la main droite sur le calice qu’il tient par le nœud avec la gauche, il élève un peu l’hostie et le calice, à ces mots : Omnis honor et gloria. Il remet aussitôt le calice et l’hostie sur l’autel, couvre le calice avec la pâlie, fait la génuflexion pour adorer, se relève et dit à voix intelligible ou en chantant : Per omnia. . . .
Lorsque le prêtre dit : omnis honor... à Paris et en plusieurs églises on sonne une petite cloche. (Lebrun.)