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PRIÈRES, RÉPONS, PROCESSION

dus semble apprendre la prière aux enfants groupés à ses pieds.

Répons. — Nous devons, dans ces préliminaires, dire un mot des répons si fréquents, dans les dialogues de la messe. L’étymologie de ce terme est controversée parmi les liturgistes, Étienne d’Autun dit que le répons responsorium est ainsi nommé parce qu’il marque l’assentiment à ce qu’on vient d’entendre dans la leçon qui l’a précédé. D’autres prétendent qu’un répons porte ce nom parce que le chœur répond à ceux qui le chantent. En effet le verset du répons est chanté par une seule voix et le chœur répond lorsqu’on a déjà chanté. Sozomène nous apprend que saint Jean Chrysostôme institua ce genre de prières responsoriales, pour s’opposer aux Ariens qui avaient composé des répons dont les reprises exprimaient les opinions erronées de leur secte. Dans la liturgie romaine le répons est accompagné d’un gloria Patri, excepté dans l’office des morts et au temps de la Passion ; dans le temps pascal on y ajoute Alléluia.

Le rit romain n’admet de répons dans tout l’office qu’à matines (Abbé Pascal, éd. de Migne, p. 1092) et aux petites heures.

Procession. — On sait l’origine de toutes les processions, mais bien des gens ignorent pour quelle raison on fait une procession le dimanche avant la messe ; cette procession a une double origine, parce qu’elle s’est faite premièrement pour honorer Jésus- Christ ressuscité et glorieux, et en second lieu pour asperger les lieux voisins de l’Église. On voit dans la règle de saint Césaire d’Arles, au vic siècle, dans plusieurs autres règles de moines et de chanoines, et dans Rupert qu’on allait le dimanche en procession à des oratoires ou chapelles particulières. Cette procession se faisait à la fin des matines et dès le point du jour pour imiter les saintes femmes, qui allèrent de grand matin au tombeau et les disciples à qui elles dirent de la part de l’ange, que Jésus-Christ allait les précéder en Galilée et que c’était là qu’ils le verraient, comme il le leur avait dit lui-même.

Cette procession se fait encore en plusieurs églises le jour de Pâques. On sait que tous les dimanches sont, pour ainsi dire, une suite ou un renouvellement de la fête de Pâques.

Au commencement du ixe siècle, les capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux, ordonnèrent que tous les prêtres, c’est-à-dire les curés feraient chaque dimanche une procession autour de leur église

en portant de l’eau bénite. Cet usage est marqué dans un ancien ordinaire des bénédictions à qui Mabillon donne neuf cents ans d’antiquité.

A Paris, Rouen, Meaux, Laon et Orléans, pendant la procession du dimanche matin on portait le bénitier.

Les processions remontent aux âges apostoliques ; car on les trouve établies de temps immémorial. Pour les temps postérieurs, les témoignages de toute sorte abondent. Les Pères appellent station, ce que nous appelons procession.

Voici l’ordre des processions dans l’antiquité : En tête était la croix, usage remontant au ixe siècle ; elle était portée le plus souvent par un diacre, quelquefois par un clerc inférieur. Après la croix venait le diacre et plus tard l’archidiacre portant le livre des Évangiles ; après le diacre s’avançaient le peuple distribué par classes et ordres, les clercs, les moines, les laïques, puis les femmes, les religieuses et enfin les jeunes gens et les enfants. Tous marchaient pieds nus, chantaient des psaumes sans interruption et portaient à la main des cierges allumés. En dernier lieu marchait avec les prêtres l’évêque qui portait de sa propre main le bois sacré de la croix ou des reliques de saints.

Julien l’Apostat ayant ordonné de retirer les reliques de saint Babylas d’un faubourg de Constantinople, le clergé et une incroyable affluence de peuple firent une procession pour les reprendre, à la vue de l’empereur et malgré lui.

Dans les plus grandes nécessités, on a eu toujours recours aux processions, par exemple du temps du jeune Théodose, lorsque les pluies étaient continuelles et que la terre ne pouvait plus rien produire. On estime que saint Mamert, évêque de Vienne, qui vivait vers l’an 440, fut le premier qui pratiqua les Rogations pour apaiser la colère de Dieu, qui semblait menacer la ville et la province d’une ruine totale.

Durand, dans son Rational, dit que le pape Agapit, qui tint le siège en 5 3 5 , fut le premier qui ordonna les processions des dimanches. Justinien veut que les prêtres sortent en procession avec une croix 1 . Charlemagne, lorsqu’il fut couronné empereur, offrit dans l’église de Saint-Jean de Latran une grande croix d’or, demandant à Léon III souverain-pontife, qu’il lui plût d’ordonner qu’aux processions qui se feraient

x. Les mosaïques de Ravenne nous offrent encore des témoignages figurés de ces usages.

à l’avenir, cette croix fut toujours portée devant le Pape.

Ordinairement on porte aux processions quelque bannière ou l’image du patron de l’église, pour montrer qu’en cette action l’Église paraît en forme d’armée qui marche en bataille sous les enseignes de Jésus-Christ.

En beaucoup de processions, comme celle du Saint-Sacrement et des reliques, on porte des torches et des flambeaux *.

Signe de la Croix. — Après la préparation, le signe de la croix doit être le premier acte du sacrifice destiné à rappeler tout entier celui du Calvaire. — Il n’est donc pas inutile ici d’en rechercher l’origine. Mauremont dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi (t. III, p. 183), prouve que le signe de la croix n’était infâmant que chez les Romains qui l'employaient pour les esclaves et parce qu’il leur venait de l’étranger. L’Orient fournit de singuliers documents à l’histoire du signe de la croix.

Le mot Tsin est rendu en ancien chinois par un signe dont l’analyse donne : i° le ciel ou grand comble; 20 la croix type du sacrifice; 30 le bois; 40 les mains élevées vers le ciel, signe d’adoration. De manière que ce signe veut dire hiéroglyphiquement : adoration de la croix céleste. Il est donc incontestable que, dans les traditions chinoises, la croix est un signe d’adoration, lequel remonte aux temps primitifs et que ce signe est appliqué spécialement à la Palestine.

Pour l’ancienne Égypte il suffit de rappeler la croix ansée, ce signe hiéroglyphique de vie, que portent les dieux, ou qui est joint à leur image, ce qui pouvait bien être la caractéristique du Dieu suprême, du grand Dieu, du Dieu primitif et éternel.

Dans les alphabets des divers peuples, dont les signes sont probablement les diminutifs ou les dérivés des signes hiéroglyphiques qu’ils ont remplacés, nous trouvons de semblables analogies. La croix affecte ces quatre formes f-f-XT. Ces lettres se retrouvent partout avec un caractère philosophique ana¬

I. Voyez Martigny, Dict. des anl. chrél. — P. Lebrun, Explication des cérémonies de la messe , p. 86. — Abbé Pascal’ Liturgie cathol., édit. Migne, p. 1048. — G. Durand, Notes,

11, p. 446 et suiv.

On peut consulter encore sur ce sujet Jac. Gretser, De Eccl. rom. processionibus, 1. II. — Nie. Serrarius, De Sacris procession. — Jac. Eeillon, De procès, eccl., Par. 1641. — Christianus Lupus, De sacr.proc. Bruxel. 1690. — D.

Y atar, Des processions de l’Eglise, Par. 1705. Pellicia,

De Cbristi. Eccl. politia, etc.

logue à l’idée de la divinité ou de son adoration. Chez les Hébreux, six cents ans avant Jésus-Christ, le signe cruciforme avait un caractère sacré et était un emblème de salut; cette preuve est tirée du chapitre ix de la prophétie d’Ézéchiel. Dieu dit : « Traverse Jérusalem et marque un Tau sur le front de ceux qui se repentent » et aux anges exterminateurs : « Suivez et frappez, n’épargnez personne; mais respectez ceux qui sont marqués du Tau et amenez-les dans mon sanctuaire. »

On retrouve la croix jusqu’en Amérique, dans l’État de Chiapa, près de San-Domingo, il existe un temple où se voit un bas-relief de stuc qui paraît incontestablement antérieur aux Espagnols et qui montre au centre une croix latine évidée dont la base et l’extrémité des bras sont couverts d’ornements. Le sommet de la croix supporte un oiseau à crête et à queue relevée et retombante, qui paraît une sorte de faisan. Aux côtés de la croix sont quatre figures; la première à sa droite est plus grande que les autres et offre sur ses bras un enfant nouveau-né, de forme fantastique; derrière elle un homme âgé embouche une sorte d’instrument à vent; de l’autre côté une figure plus petite que la première, une femme probablement, tient une de ses mains sur sa poitrine en signe .d’adoration et derrière elle un personnage grave et majestueux a l'air de contempler ce spectacle avec étonnement.

La formule du signe de la croix est d’origine évangélique, comme le prouvent ces mots du Sauveur : « Baptisez les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Les anciens Pères 1 11 attestent que le signe de la croix est de tradition apostolique. Saint Justin ( var . quæst., 1 18) nous dit : « Le signe de la croix est sur votre front et sur. votre cœur. »

Les chrétiens, au témoignage de Tertullien, le faisaient dans toutes les circonstances de la vie, même les moins importantes. « C’est par le signe de la croix, dit saint Augustin, que se consacre le corps du Sauveur, que les fonts de baptême sont sanctifiés, que les prêtres sont initiés. » Les anciens faisaient le signe de la croix avec la main étendue, comme nous le faisons encore, mais avec un seul doigt de la main droite, le pouce probablement. Il paraît que

1. Aug., in frag. serm. xxvii, etc. — Cypr., De unit. Eccl., c. xvi. — Tertul., De Bapt., c.. vi. — Epiph., Har., xxx, c. vi 1. — Chrys., or. xxi ad pop. Antioch.

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