‹ La messeChapitre 51 sur 346 · ICONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE

Comme les architectes qui font d’abord un plan d’ensemble pour rattacher les détails les uns aux autres et montrer par quels liens ils correspondent à l’ordonnance totale, nous essayons ici, dans ce chapitre sur l’iconographie de la messe, une étude générale sur ses monuments, tableaux qui rappelleront sous nos yeux les traditions primitives.

On avait cru jusqu'ici qu’il était impossible de rendre complète une collection de ce genre, que les représentations de la messe étaient forcément restreintes aux missels des xv" et xvi" siècles ; on verra qu’en cherchant plus loin, qu'en soulevant les voiles symboliques qui nous cachaient jusqu’ici plusieurs images antiques, on peut d’image en image établir une chaîne séculaire.

Lorsque les temps primitifs ou les époques tout à fait barbares laissent quelques lacunes, nous avons cherché à les combler à l’aide des descriptions liturgiques qui nous sont restées et qui nous fournissentdes couleurs encore vives sur ces scènes sacrées.

Cette histoire iconographique se déduira simplement de la suite des monuments et de leurs descriptions classées dans l’ordre chronologique, sans que nous ayons la prétention d’offrir autre chose que leur modeste analyse.

On a cherché dans l’antiquité profane et sur ses monuments des traces d’une vénération anticipée pour le signe de la croix; les données sur lesquelles reposent cette étude me paraissent plus ingénieuses que solides, on ne peut nier cependant que dans l’empire romain et surtout dans l’Orient les sacrifices

ne fournissent des traits prophétiques de celui du Calvaire et, par conséquent, de celui de nos autels. D'après les traditions primitives le sacrifice du poisson aurait la signification de résurrection *. M. de Longpérier a publié dans l'Athenæum (déc. 1856) un cylindre assyrien sur lequel on voit un trône surmonté d’une hache et en avant un prêtre qui immole un poisson sur un autel. M. de Wite nous apprend que divers peuples identifiaient le poisson à la Divinité même et que les prêtres seuls pouvaient en manger; à Ascalon, à Aphaques, à Hiéropolis, dans nie de Chypre, à Sardes, on nourrissait des poissons dans l’enceinte des sanctuaires. A Pharæ en Achaïe, il y avait des poissons consacrés à Hermès. Les dévots étaient dans l’usage d’offrir des poissons d or et d’argent à la déesse Atergatis. Dans les fêtes nommées Piscalorii ludi à Rome on offrait des poissons vivants à Vulcain pour remplacer les victimes humaines !. La représentation du cylindre et surtout le poisson qu’on y voit, reporte ici la pensée vers l’iclus divin des chrétiens.

En Égypte, les peintures qui nous montrent les tables chargées d’offrandes devant les dieux, les gestes des prêtres pourraient presque servir de modèle pour figurer les oblations de la primitive Église.

Dans les monuments d’Afrique, de Rome, le prêtre debout, devant un autel, sous le tabernacle qui ren-

Page 1