Mazois, Palais de Scaurus
lustrale. Après la cour, nous entrons dans un petit temple qui occupe le fond; sur le frontispice on lisait naguère « à la Bonne Déesse », mais les lettres de bronze doré en ont été depuis peu arrachées et ne se reconnaissent que par les traces quelles ont laissées sur le marbre.
Des lychni à plusieurs mèches exhalent à l’intérieur les vapeurs d’une huile embaumée. Au fond, devant une niche dépouillée depuis quelques jours de la statue de la déesse, s’élève un autel dont le foculus vient d’être recouvert par une table. Sur les côtés, les armoires ne contiennent plus seulement les papiers précieux de la famille, les titres de noblesse sont remplacés par des volumens sur lesquels se déroule l'histoire de Jésus-Christ; derrière l’autel est placé un trône orné de bas-reliefs d’ivoire. Ces légers changements ont suffi pour christianiser le sacrarium païen.
Cependant l’heure matinale s’avance, les flots de visiteurs s’écoulent, le moment de célébrer les saints mystères approche; une jeune esclave nouvellement initiée, entre dans la chapelle et suspend à l’autel des guirlandes parfumées de roses et de jasmins; la famille se réunit peu à peu, Pudens arrive accompagné de ses filles, les vierges Praxède et Pudentienne, puis le prêtre qui ne se distingue par aucun costume singulier, et qui cache sa dignité sous l’humble manteau des philosophes, s’asseoit sur le siège préparé pour lui. Il invite la famille à se recueillir, à élever son cœur vers Dieu. Les patriciens mêlés aux esclaves s’agenouillent en répondant que « cela est juste » et en faisant hommage de leur vie au Créateur auquel ils la doivent; un calice de verre, un flacon de vin rouge et quelques pains sont placés sur l’autel; on verse un peu devin dans le calice; la consécration commence, et pendant que tous se prosternent, le prêtre impose les mains sur le pain et le vin et prononce les paroles divines de la cène qui les changent au corps et au sang du Christ. Le saint mystère est accompli et tous les assistants viennent tour à tour y participer recevant entre leurs mains la précieuse nourriture.
Ce tableau des premiers oratoires chrétiens n’est pas tracé par la seule imagination, il ressort dans tous ses traits de l’obligation imposée à tous chrétiens de renoncer au culte païen et de le remplacer par les nouveaux rites; n’était-il pas tout simple et convenable d’employer pour la vérité le sanctuaire profané jusquelà par les idoles? Cette transformation est si véritable