‹ La messeChapitre 54 sur 346 · AGES APOSTOLIQUES · texte numérisé non relu

AGES APOSTOLIQUES

que le plan des sacraria païens semble tracé pour une chapelle chrétienne ’.

Bientôt, avec l’extension de la foi, les étroites limites de ces oratoires deviennent insuffisantes; la multitude des convertis rend leur culte plus difficile à cacher et aussi les oratoires domestiques moins sûrs ; dès le temps de saint Pierre, on a recours à l’asile des cimetières que le respect des morts et la loi romaine protègent contre les délateurs. On va demander un refuge aux hypogées des martyrs, et lorsque les cryptes, où cent personnes s’assembleraient à peine, sont incapables de contenir la foule, on célèbre en plein air. M. de Rossi1 2 a démontré que pendant les deux premiers siècles, les réunions des fidèles sont permises dans les jardins des cimetières et que les violences païennes ne commencent contre elles qu’au début du troisième. L’éminent archéologue par ses découvertes nous permet de figurer cette vaste basilique à ciel ouvert et de refaire le tableau des pompes antiques dont elle est témoin.

Le créneaux de la porte Capène viennent de recevoir les premiers rayons de soleil qui s’échappent au-dessus des collines de Tibur, et nous apercevons déjà de nombreux groupes d’hommes et de femmes s’éloignant de la ville à pas pressés le long de la voie Appienne 3. Ils s’arrêtent au deuxième mille, auprès d’un enclos fermé de murailles et dont l’entrée est

1. Voir sur le sujet des chapelles domestiques : De Rossi, Roma Sotter., ni, 489.

— Id. Bull, d’archéol., 1874, 15 1.

— Missa in domibus privatis celebrata. (Baronius, Ann. ad an. 777, XVII.)

2. Roma Sotter, III, 490. — Parmi adunque naturale, che i natali di martiri sieno stati in origine celebrati nei cimeteri, corne lo furono dopo la pace délia chiesa, adunando grande numéro di fedeli ed offerendo il sacrifizio eucaristico in alcun edifizio alla superficie del suolo presso o sopra il sotterraneo sepolcro del martire. Il nomeroso popolo cristiano poteva essere raccolto nell'area all’aperto cielo ; il clero con 1 altare stare entro l’edicola.

Licinius qui défendait aux chrétiens les réunions dans la ville, les permettait en plein champ.

3. Nous n’avons pas la prétention d’assigner de date au tableau que nous essayons de retracer ici ; on peut dire seulement que la célébration dans les cimetières à ciel ouvert précéda beaucoup la paix de l'Église.

Constituticms apostoliques : du 1 1 ie^ siècle. « ^on- « gregamini in cæmeteriis, ibique lectionem sacrorum li- « brorumfacite...ratam acceptamque eucharistiam offerte. » (De Rossi, Roma Sotter., 1 11, 489-) ,, .

D’après la lettre de Pline à Trajan, il semble que les réunions des fidèles avaient lieu dans les cimetières, et le texte grec dit que leurs réunions y étaient permises apres que les chapelles domestiques furent fermées par les persécuteurs. (De Rossi, Roma Sotter., 479-)

reconnaissable aux majestueux cyprès qui en abritent le seuil.

Entrons à la suite de ces pieux pèlerins; devant nous se déroule tout à coup la vue d’un vaste champ funéraire, et des multitudes de sarcophages qui s’étendent au loin symétriquement disposés. Toutes ces arches sont fermées d’un lourd couvercle à double pente, avec cornes massives aux angles. Elles sont toutes tournées vers l’Orient, de manière que les morts regardent vers ce côté ; des ruisseaux pour l’écoulement de l’eau sont ménagés entre les tombes; malgré sa symétrie, ce cimetière n’offre rien de monotone à la vue ; des branches de myrthe, des chênes verts sous les rayons du soleil levant jettent au loin leur ombre que morcellent à l’infini les pignons des tombeaux; çà et là un tegurium porté sur quatre colonnes s’élève au-dessus de son sarcophage ; le marbre blanc de ses transennes contraste avec la teinte sombre du péperin du tombeau, elle fait penser à une draperie découpée de dentelles et préparée pour un anniversaire ; enfin au milieu de la nécropole apparaît un vaste exèdre formé d’un plan carré auquel se rattachent trois tribunes demi-circulaires. La partie centrale domine ces hémicycles et le devant reste à jour. C’est la basilique trichorale des saints Sixte et Cécile où vont se célébrer les saints mystères.

Peut-on se figurer une scène plus auguste et plus émouvante! Les assistants en regardant cet édifice tournent le dos à la voie Appienne, au fameux tombeau de Metella, dont la pyramide se dore déjà sous la lumière du levant, et aux Monts-Albains célèbres par la villa de Pompée ; devant eux ils ont, au delà de la basilique, les murailles crénelées de Rome, les temples du Cœlius, les sommets brillants du palais des Césars, enfin à l’horizon les pittoresques montagnes de la Sabine, enveloppées par la brume du matin dans des gazes d’azur.

Au fur et à mesure qu’ils pénètrent dans le jardin, souvenir de celui d’Arimathie, dont les limites doivent suivre celles des cryptes souterraines, les chrétiens se rangent par groupes autour du sanctuaire, ils obéissent aux diacres et aux diaconesses chargés de cet office ; les femmes se séparent des hommes, les vierges et les veuves sont rangées les premières, et successivement chaque catégorie de fidèles jusqu’aux pénitents, prend humblement le poste qui lui est désigné. Lorsque le soleil s’élevant commence à traverser les chancels de la basilique et à éclairer le sanctuaire, le saint sacrifice commence. Après les

prières de préparation, les chants sacrés, la lecture des Prophéties, de l’Épître et de l’Évangile, l’oblation se prépare. Elle se compose principalement de vin et ■de pain. Les hommes et les femmes viennent successivement à l’autel dans un ordre parfait et déposent devant le chancel leurs corbeilles pleines de blé, de raisins, d’encens, d'huile pour le luminaire. Derrière l’assemblée un groupe d’hommes reste immobile, ce sont les pénitents et les pécheurs publics qui sont liés par les censures et exclus de la communion. Chaque fidèle reprend ensuite son rang, on dépose les oblations sur des nappes blanches, le chœur entonne l’Offertoire.

L’antique trisagion retentit au loin, porté par des centaines de voix à travers les tombeaux de l’Appia, comme un élan des cœurs vers le ciel, une louange suppliante qui rivalise avec celle des anges et qui appelle ici-bas le Dieu trois fois saint.

Le moment le plus solennel approche; les voiles liturgiques glissent rapidement sur les tringles d’or des clôtures et la consécration s’accomplit au milieu d’un silence profond.

Seul le bruit lointain des laboureurs qui stimulent leurs attelages dans les champs ou le trot d’un cavalier sur les dalles de la voie Appienne interrompent faiblement, ce pieux silence. Quelle est belle cette assemblée en prière devant la basilique, sous la voûte sublime du ciel, dans cette campagne romaine fertile en poésie et en grandes pensées, sur ce sol formé des cendres des martyrs, au milieu .des innombrables tombes, qu’il semble faire croître à sa surface! quel spectacle! et combien la statue de Jupiter-Capitolin qui élève son front colossal au-dessus des murailles de son temple paraît petite auprès du Dieu vivant qu’on adore ici sous les voiles.

Les rideaux s'écartent, les chrétiens se donnent le baiser de paix qui va de rang en rang leur communiquer l’amour divin ; puis un diacre s'approchant des chancels, crie à la foule : Attendamus ! et d’une voix forte et grave le célébrant ajoute : Scinda sandis. De toutes les parties du jardin sortent aussitôt des acclamations joyeuses et de bruyants hosanna; on dirait, tellement les fidèles sont 'voisins des tombeaux, que les morts s’émeuvent sous leurs pierres pour s’associer à cet enthousiasme.

Alors vient la fraction du pain eucharistique et sa ditribution à l’assemblée. L’évêque, le donne après l’avoir pris lui-même, aux prêtres, au clergé; on voit s avancer vers le chancel les diaconesses, les vierges

reconnaissables à leur voile violet, les veuves, les enfants et enfin tout le peuple assistant. Chaque communiant s’approche, tend les mains, les hommes les mains nues, les femmes les mains voilées, y reçoivent le don divin qu’ils portent à leur bouche, et dont ils conservent des portions pour garder dans leurs demeures.

Enfin, fortifiés par le pain de vie, les fidèles quittent le jardin funéraire où ils viennent de passer quelque temps auprès des tombeaux de leurs morts et retournent vers la ville en murmurant des actions de grâces.

Le poétique tableau que nous a dévoilé la science de M. de Rossi aurait besoin d’un peintre digne de lui et ce peintre malheureusement ne s’est jamais rencontré ; nous n’avons plus que le cadre et devons en imaginer les traits et les couleurs. L’iconographie de la messe, dont nous cherchons ici à rapprocher les monuments, nous fait défaut pour les premiers temps, et même lorsqu’elle nous apparaît, nous sommes pendant plusieurs siècles obligés de la chercher sous les voiles symboliques qui la couvrent.

La première image que nous rencontrons est celle du cimetière Calixte dans une de ses chapelles, dite des Sacrements.

Sur la paroi en face l’entrée, entre deux loculi, on reconnaît au milieu le repas mystique, à droite le sacrifice d’Abraham et à gauche deux personnages devant une table sur laquelle sont posés un pain et un poisson. L’un de ces personnages, le corps à demi vêtu du pallium, étend la main sur le plat de poisson ; l’autre est une femme, une orante qui lève les bras en signe de prière. Il me paraît impossible de contester qu’il ne s’agisse ici de la consécration. Le sujet s’explique par lui-même, mais surtout il devient évident par la peinture placée en pendant, le sacrifice d’Abraham, prophétie vivante du Calvaire et de la messe. Nous verrons dans les plus vieilles images ce souvenir de la Bible expressément rapporté pour signifier les saints mystères, et notamment dans la mosaïque de Classe, Abraham conduisant son fils devant l’autel où célèbre Melchisédech.

M. de Rossi montre clairement tout l’enchaînement des peintures de cette chapelle ; après avoir parlé de la fresque du baptême, il ajoute qu’on recevait de suite la Communion après le Baptême ; la fameuse inscription d’Autun témoigne de ce rapprochement quand elle célèbre l’immortelle fontaine dont les ondes engendrent les enfants de l’ï^Ou; céleste et

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