Le Blant, pl. XXV
Ve SIÈCLE. — LITURGIE DE SAINT JEAN-CHRYSOSTOME.
plus anciennes liturgies, celle notamment de saint Jean-Chrysostôme que les Grecs ont conservée. Beaucoup d’interpolations se sont sans doute produites dans ces textes et il est fort difficile de démêler les marques de la main primitive qui l’écrivit vers le ve siècle. Si l’Église d'Orient a tristement perdu quelques parties du dogme, elle est restée généralement fidèle aux anciennes formes, et l’art bysantin a contribué par la constance de ses traditions à cette immobilité extérieure ; il ne paraîtra donc pas inutile d’interroger des livres qui conservent assurément sous leurs rubriques des restes antiques. Esquissons ainsi en quelques traits les pompes de cette messe qui nous fournira un monument de plus à notre iconographie.
Le prêtre et sous-diacre s’inclinent trois fois devant la porte du sanctuaire en se signant, puis en récitant l’Oraison dominicale, le Kyrie eleison et d’autres prières. Ils entrent par les portes latérales et se revêtent des saints ornements.
Le diacre s’approche de la table de l’offertoire et range les vases sacrés plaçant le saint disque à gauche, le calice à droite. Les célébrants vont à la prothèse et s’y lavent les mains en chantant le cantique des ablutions.
Le prêtre prend le pain de l’oblation de la main gauche et de la droite la sainte lance qu’il enfonce dans le côté droit de l’empreinte. Il reçoit le vin dans le calice et invoque la Sainte-Vierge, les saints prophètes, les apôtres et les plus illustres saints qu’ait possédés l’Orient. Pendant ces invocations il range les' portions du pain; puis au milieu des nuages de l’encens il pose l’astérique sur l’oblation.
Après ces encensements commence la deuxième partie de la messe, appelée la liturgie des catéchumènes. La Communion des vivants est entremêlée aux chants Kyrie eleison, et suivie du Gloria Patri. Bientôt le diacre saisit l’évangéliaire 1 et le porte hors du sanctuaire, précédé par un flambeau. Le prêtre dit : « Sagesse, debout, écoutons le saint « Évangile, que la paix soit avec vous ! »
Pendant que le chœur répète le Kyrie, le prêtre et le diacre prient pour le monarque, pour 1 évêque, le clergé et les moines, les vivants, puis- pour les morts. Tout à coup le diacre s’écrie : «Vous tous qui êtes « catéchumènes retirez-vous, retirez-vous tous, hormis « les fidèles! »
i . Voici une preuve que l’ambon était extérieur au chœur.
Après la sortie des catéchumènes commence la troisième partie du sacrifice, appelée « liturgie des fidèles », la porte du sanctuaire s’ouvre et le chœur entonne le cantique des chérubins, et les célébrants paraissent avec la sainte oblation. Le prêtre met l’aube sur l’épaule gauche du diacre, il prend le saint disque qu’il pose respectueusement sur sa tête, puis le calice et sort du sanctuaire précédé par le diacre et le porte-flambeau. Après qu’il est rentré à l’autel, on voit le diacre baiser son orarion marqué du signe de la croix et jeter à haute voix ces paroles à l’assemblée : « Les portes ; les portes, prêtons l’oreille à la « sagesse! »
Il annonce ainsi le chant du symbole de Nicée que le peuple et le chœur entonnent ensemble. Nous parvenons au moment le plus solennel. Quand le chœur a fini le trisagion, le diacre soulève l’astérique et le prêtre répète les paroles de la consécration, il élève le saint disque d’une main et le calice de l’autre et s’incline à plusieurs reprises. Lorsqu’il a achevé diverses prières parmi lesquelles l’Oraison dominicale et un dialogue entre le prêtre et le diacre, le diacre implore le pardon de ses fautes, reçoit la portion du pain consacré, puis se retire à l’écart pour le manger. Le prêtre prend le calice des deux mains avec le voile et communie par trois fois. Le diacre pose le disque sur le calice, l’essuie soigneusement avec l’éponge, déploie l’aube sur le calice et remet l’astérique sur le saint disque en les voilant.
Après l’action de grâce, le rideau est écarté, la porte du sanctuaire s’ouvre, le diacre s’incline, reçoit le saint calice et, l’élevant, crie aux assistants : « Apte prochez avec la crainte de Dieu, avec foi, avec « amour ! » Les fidèles disposés à communier répondent à cette invitation en s’approchant et en recevant l’Eucharistie sous les deux espèces.
Le prêtre termine en bénissant le peuple, en lui distribuant le pain bénit. Il dépouille ses vêtements sacerdotaux, prononce le « N une dimiltis » et chante un cantique à saint Jean-Chrysostôme pour le louer d’avoir instruit leurs âmes, par la suave parqle de ses lèvres 1 .
i. Liturgie de saint Jean-Chrysostôme, archevêque de Constantinople, traduite du grec sur le texte original. Pise, 1846.
Une autre traduction a été publiée à Paris en 1850 par les Russes. On en trouvera une troisième dans le cinquième volume de la traduction du Rational de Durand, par Charles Barthélemy (Paris, 1854). M. Julien Durand nous a prêté aussi un mss. intitulé: L'ordre qui doit être observé dans la célébration de la sainte messe suivant la liturgie du saint
Cette brève esquisse qui nous rappelle quelques traits d’une célébration ancienne est sans doute bien décolorée et bien insuffisante; nous n’avons pas l’espoir d’en faire un tableau complet, pourtant, ne fût-ce qu’à titre de simple renseignements, nous en rapprocherons un manuscrit trouvé au monastère de Gethsémani et qui est aujourd'hui déposé à la bibliothèque vaticane où Mai l’a fait dessiner en neuf planches L Ces peintures ne paraissent pas antérieures au xv° siècle, d’après certains détails, tels que le ciborium, etc., toujours est-il qu’elles représentent une légende beaucoup antérieure, dont Mai croit avoir retrouvé les données dans la vie du grand Arsenius (-j- en 445), et pour tous ceux qui connaissent la constance des traditions byzantines, elles doivent offrir des traces fort anciennes qui nous engagent à les rappeler ici par quelques lignes de description.
Il s’agit d’une messe miraculeuse, à laquelle assiste un visionnaire, évêque ou abbé, qu’on appelle contemplateur :
i° Le premier tableau nous introduit dans l’intérieur d’un temple byzantin, au fond duquel, devant l’abside est assis sur un trône épiscopal saint Grégoire de Naziance. Le saint est nimbé, couvert de vêtements pontificaux. Il porte le phelonium tout bordé de croix, que les Grecs appellent jroWrav/siov, le pallium, et sous le genou droit l’sTrtyovaTtov de forme carrée, enfin au-dessous, la tunique avec des franges. Il bénit de la droite et tient l’évangéliaire de l’autre main. Des religieux l’entourent, debout et recouverts d’un manteau rattaché en avant, ils portent un capuchon sur lequel on distingue une croix.
20 Ce n’est que la préparation au sacrifice. Sur la seconde planche, nous assistons à son début. Le diacre tonsuré, les cheveux flottants sur le cou, l’orarion rejeté sur l’épaule gauche et brodé trois fois du mot ayto;, vêtu du sticarion (<tt ov/Apm) le diacre s’avance vers l’entrée du béma en élevant les bras comme les orantes antiques. L’entrée du sanctuaire est fermée par une haute clôture qui remplace dans beaucoup d’églises grecques les chancels et les ico-
Père Jean-Chrysostôme qui s’observe dans les États où l’on professe la religion grecque, traduit de l’original en latin et en français. 11 ne m’a pas semblé s’accorder avec celui que nous avons suivi.
1. Nova Patrum bibliolheca, toraus sextus, continens in parte i,sancli Athanasii epistola etc. cum Allatii vita et plurimis aliorum opusculis ac tabulis, xi. Romæ, 1833.
nostases primitifs et sur laquelle sont peints des tableaux figurant la Madone, le Christ, l’ensevelissement. O11 distingue à travers la porte l’évangéliaire entre deux flambeaux placés sur l’autel; à gauche, un ange s’avance pour assister au sacrifice. Le contemplateur est assis à droite, il porte une croix sur la poitrine.
30 La troisième scène nous montre le premier Introït. On y voit le prêtre qui s’avance vers le sanctuaire et qui est suivi de l’évêque qu'on reconnaît au subgenuale, insigne de sa dignité. L’évêque porte l’évangéliaire entre deux céroféraires. L’ange invite le peuple chrétien à la joie et à la confiance. Le contemplateur est témoin de cette pompe debout et nimbé.
40 Dans la quatrième image, l’enceinte sacrée est franchie, le prêtre est parvenu devant l’autel, il est vêtu du ffâxxov blanc, c’est-à-dire du colobium, tunique sans manches et descendant jusqu’aux chevilles. Le diacre en avant lit l’Évangile, deux anges, Michel et Gabriel, assistent au sacrifice, et font les répons.
50 Le contemplateur placé sous un dais qui surmonte son siège regarde une scène sublime. Les moments les plus solennels de la messe approchent; les catéchumènes doivent s’éloigner, ils ont la forme de démons que repousse l’archange saint Michel. Pendant ce temps, le prêtre avec le servant est à l’autel : les boucles de sa chevelure roulent sur ses épaules, il soulève de ses deux bras les plis de sa chasuble et admire au-dessus de sa tête une gerbe de flammes qui s’élance du milieu de l’autel comme des foculi antiques. C’est le souvenir des sacrifices de l’ancienne loi et le symbole des ardeurs de l’àme lorsqu’elle cherche le ciel dans ses élans d’amour.
6° Voici le grand Introït. Le ciel s’est rapproché de la terre. Le Père éternel apparaît au-dessus des arcades de l’autel ; le pontife est porté par les anges et tient le calice sur sa poitrine ; il le pose sur l’autel et déploie les bras majestueusement en signe de prière. Deux cierges, le calice et les deux livres sont déposés sur l’autel.
70 La consécration commence, la scène est tout à fait céleste, le contemplateur, d’après l’épigraphe, la célèbre en ces termes : « Et lorsque le prêtre eut « chanté le chant triomphal, je vis le toit de l’église « s’entrouvrir et au milieu de flammes formidables,
« j’aperçus une multitude d’anges pourvus de six « ailes, ornés d’une beauté ineffable, leur splendeur