V' SIÈCLE. — LITURGIE LATINE
« égalait la clarté du feu et ces anges et ces ar- « changes volaient tout au tour de l’autel et ceux qui « avaient six ailes environnaient la table sainte. Je « voyais au milieu d’eux un enfant éclatant comme le « feu, auquel ils offraient humblement leur service. « Le prêtre m’apparaissait tout entier transformé en « flammes. »
Cette composition est la plus belle de toutes, et la plus poétique; ces flammes qui surgissent sous les pieds du prêtre, qui semblent le porter au-dessus de terre, vers ce cercle divin où les chérubins environnent le Christ, sont une invention extraordinaire.
8° Après le ciel entr’ouvert, après la descente formidable de Dieu sur l’autel, après la mystérieuse immolation, on assiste à un spectacle plus doux. Ce n’est plus la mémoire de la croix, mais c’est celle de la cène, la distribution de la sainte Communion. Le prêtre est sorti du sanctuaire, il a franchi le seuil des chancels. Les fidèles s’approchent. A l’aide d’une cuiller dont le manche est orné d’une croix, il puise le sang divin dans son calice et le verse sur leurs lèvres. A gauche, le diacre avec son orarion replié sur l’épaule, les invite à la crainte, à la foi et à l’amour! En avant, deux enfants de chœur tiennent les cierges.
9° Le dernier acte de la liturgie grecque est la distribution du pain bénit en dehors delà porte du béma. C’est la fin de la messe, le symbole de l’ascension du Sauveur, que le peintre a figurée dans le haut du tableau, au milieu des nuages. Voici l’épigraphe qui l’accompagne et qui met ces paroles dans la bouche du contemplateur : « Lorsque le diacre eut dit : Éloi- « gnons-nous en paix, je vis les puissances divines '« glorifiant l’Enfant-Jésus et s’élevant au ciel et les « oblations de l’Église également portées au ciel « avec le Seigneur, et les saints Pères entendant ces « choses donnèrent gloire à Dieu dans tous les « siècles. Amen. » Telle est cette suite d’images que nous n’avons pas, je le répète, la prétention d’offrir comme une exacte représentation de la messe au ve siècle, cependant en songeant à la correspondance avec la liturgie orientale, en se rappelant que cette vision légendaire a une origine fort ancienne, il est difficile de ne pas attribuer une date reculée à l’inspiration de l’artiste sinon à tous les traits de son œuvre. L’iconostase fermé, les tableaux, les flambeaux, etc., sont sans doute modernes, mais la lecture de l’Évangile, le renvoi des catéchumènes,
la Communion, le cours général de la cérémonie sont des souvenirs certainement antiques.
Au même titre que les images grecques et pour donner aussi un aperçu d’une messe latine après la paix de l’Église, nous emprunterons à YOrdre romain quelques traits du tableau qu’il nous en a laissés. On sait, que si ce livre a reçu des interpolations, il a été composé par le pape Gélase ( f 496) à l’aide des décrets de ses prédécesseurs et des plus anciens rites de l’Église; on peut donc croire qu’il nous présente une peinture fidèle des principales cérémonies qui entouraient la messe d’une pompe solennelle L
Nous y joindrons quelques traits empruntés aux constitutions apostoliques dont tout le monde sait la vénérable antiquité.
L’auguste scène se passe au Latran £. Une foule recueillie a pris place dans les vastes nefs, véritable nef en effet, celle où l’évêque assis sur la pouppe sert de pilote et où les diacres couverts de vêtements qui laissent leurs mouvements très-libres, courent çà et là et obéissent à ses ordres comme des matelots 3. Ces diacres ont rangé d’un côté les hommes, de l’autre les vierges, les veuves, les femmes âgées, les matrones; ils veillent à ce que chaque fidèle soit à sa place, qu’il s’y tienne pieusement, évitant le sommeil, le rire et la dissipation.
Voici que le cortège pontifical parvient devant l’atrium de la basilique, il a franchi le seuil, traversé les portiques et s’est arrêté devant le narthex extérieur. Les calices, les patènes, les amulæ sont portés devant le Pape et sous le soleil du matin qui darde ses rayons sur l’entrée de l’église, tous ces vases précieux reluisent de mille feux. Le Pape s’arrête et descend de cheval; l’acolyte qui porte son aiguière le suit respectueusement. Sous le portique, les diacres s’empressent autour du Pontife, le soutiennent et l’introduisent dans le secretarium voisin du narthex. Là le primicier, les défenseurs et les hauts dignitaires du palais se rangent autour du siège où il s’asseoit et surveillent les clercs qui commencent à le servir. Les diacres régionaires s’occupent de le vêtir..
1. Bianchini le transcrit d’après un manuscrit de Vérone postérieur de 250 ans à saint Grégoire le Grand, c’est-à-dire contemporain des empereurs Louis et Lothaire.