Pisa illuslrala
laquelle est attaché un grand crucifix peint à la manière de Giunta et retenu par une armature de fer.
Le lutrin, éclairé par une herse de lumières, tourne sur un pivot au-dessus d’une armoire, où sont serrés les missels. Notons, comme un des détails les plus curieux, la présence de l’ambon rattaché à la clôture du chœur, soutenu sans doute en dehors, comme à San-Miniato de Florence, par deux colonnes et accessible seulement du côté du chœur par un riche escalier orné de mosaïques de marbre. Quatre cierges brûlent aux angles de cet ambon.
Une autre fresque d’ Assise représente cette même clôture vue de l’extérieur.
Dans le transept méridional de Saint-Marc de Venise, on voit une vaste mosaïque qui n’a pas moins de 5 m. de large et qui représente une messe, sans doute celle de la dédicace par Ordelafo Faliero en 1085. (PI. XVIII.) La scène se passe sous les nefs de l’église, représentée pour ainsi dire en coupe architecturale ; elles sont surmontées de cinq coupoles fort surbaissées qui ont une ressemblance avec les coupoles slaves qu’on y voit maintenant. A droite, l’évêque lit la Préface dans un missel que le diacre lui présente ; il est vêtu d’une tunique blanche avec bordure d’or aux poignets, d’une chasuble gros bleu avec col, bordure, agrafe et semis d'étoiles en or, coiffé d’une mitre blanche. Il tient une crosse de la main gauche. Le diacre qui présente le livre a une tunique blanche et une sorte de manteau bleu ourlé de blanc. Sur l’autel sont rangés un calice, une patène d’or et deux chandeliers dont les cierges sont dorés. L’autel revêtu d’une vestis rouge terminé dans le bas par une bordure à franges blanches est accompagné d’une balustrade dont on voit encore l’analogue dans la crypte; son ciborium, fort différent de celui d’aujourd’hui, est porté par quatre colonnes en spirales, surmonté d’une coupole bleue dans laquelle pénètrent les quatre arcades ; ces arcades, ornées d’archivoltes et de crêtes en or, sont séparées aux angles par des feuilles aussi en or; très-surbaissées, elles ont à l’imposte des tringles qui en maintiennent l'écartement ; le peintre les a fidèlement reproduites et a supposé la lampe suspendue à l’une d’elles.
Devant le presbyterium où se célèbrent les saints mystères s’étend la précinction des clercs qu’on appelle la schola dans les anciennes basiliques. L’enceinte est close de marbres rouges de Vérone, dont
on retrouve dans le chœur actuel quelques parties avec les boules qui les surmontent. Au rang le plus élevé on remarque des vieillards profondément inclinés ; ils ont les cheveux gris; le dernier, dont le costume est plus distinct, a une tunique blanche, un manteau vert ourlé d’or; au milieu, des enfants de chœur vêtus de blanc; enfin, sur le premier plan, habillés en rouge, bleu et blanc, des clercs prosternés jusqu’à terre. Ce chœur possède quatre portes, l’une à l’entrée, l'autre vis à vis de l'autel, les deux autres latérales. Près de celle de droite se tient debout le doge dont le titre est écrit au-dessus de sa tête, c’est peut-être Ordelafo Faliero. Son bonnet ducal est bordé de rouge, son manteau d’or, sa tunique verte. Plusieurs hommes de sa suite apparaissent, les mains jointes et croisées sur la poitrine ; ils portent des tuniques rouges et bleues, des manteaux verts ou or, ornementés de bleu. Ces hauts personsonnages de la République sont placés en dehors du chœur, mais dans une place séparée des fidèles ordinaires. Derrière eux se dresse l’ambon à double étage à l’endroit qu’il occupe encore.
Enfin, répandue dans la grande nef, la foule des fidèles agenouillés ou debout se montre dans l’attitude de la prière ; on observera que l’artiste par une idée ingénieuse a figuré, sur le premier plan, les adorateurs prosternés afin de découvrir au delà ceux qu’il laisse debout. Ceux près de la porte, et que les limites de notre planche nous ont empêché de reproduire, paraissent plus élevés comme si, pourvoir la cérémonie, ils étaient montés sur des bancs. On ne pouvait mieux rendre l’aspect d’une foule ; certains procédés pittoresques que la renaissance crut inventer, signalent déjà cette composition.
Il est difficile de préciser l’âge de notre mosaïque : on sait que Domenico Selvo (1071-1084) fit de nombreuses mosaïques à Saint-Marc, mais on ne peut l’attribuer à cette première catégorie, étant supposé qu’elle réprésente la dédicace de l’Église survenue postérieurement; nous en ferions honneur au xnc siècle, si le costume de l’évêque, la forme de sa mître, les chandeliers posés sur l’autel, n’étaient des arguments pour le xme. En tout cas nous ne pouvons descendre jusqu’au xivc, car le ciborium est tout à fait différent de celui d'aujourd’hui, qui n’y fut transporté qu’à cette dernière époque ’.