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Roma Sotter., ni

AUTELS

d’agapes, mais aussi une mémoire de la cène ; le fameux triclinium de Léon III au Latran, celui de Grégoire IV avaient trois absides et on sait qu’une de ces salles servait au temps de Pâques à une cérémonie qui rappelait la cène.

Les païens ne se contentaient pas de ces triclinia autour de leurs tombeaux, ils les enveloppaient encore de treilles avec pampres appelées pergula ; nous retrouverons dans nos églises chrétiennes ce mot « pergola » qui n’a peut-être pas d’autre origine.

On venait gémir aux pieds des autels, les affligés les arrosaient de leurs larmes. — Nous trouvons de nombreux souvenirs, chez les auteurs, des prosternements des adorateurs. Properce (lib. III, élég. 15.):

His, ô Bacche, tuis humiles advolvimus aris,

Da mihi pacato vêla secunda Pater.

Sénèque (in Œdipe, act. I, sc. 1) :

Affusus aris supplices tendo manus,

Matura poscens fata, præcurram ut prior Patriam ruentem ;

Prudence (in Perisleph.) :

Jam si sub aris ad sigillorum pedes Jaceatis intra sectilem quercum siti,

Quid esse vobisæstimam projectius?

L’impie Lucrèce se moque de la dévotion à peu près de la façon des libres-penseurs modernes; c’est lui qui dit quelque part :

. . . . omnes accedere ad aras

Nec procumbere humi prostratum et pandere palmas

Ante Deûm delubra.

La génuflexion était usitée comme dans nos temples chrétiens. Ovide {Faslorum, iv) :

Ter caput irrorat, ter tollit ad æthera palmas Quicumque aspiciunt, mente carere putavit, Summissoque genu vultus in imagine Divæ Figit, et hos edit crine jacente sonos.

Virgile ( Æneid iv) :

Dicitur ante aras media inter numina divû Multa Jovem manibus supplex orasse supinis.

Prudence :

Perfidus ille Deo, quamvis non perfidus urbi Augustum caput ante pedes curvare Minervæ Fictilis, et soleas Junonis lambere, plantis Herculis advolui, genua incurvare Dianæ.

Les chrétiens des premiers siècles avaient coutume de suspendre des guirlandes à leurs autels, et nous les parons nous-mêmes encore de feuillages et de fleurs ; les païens les honoraient déjà de la sorte comme les poètes nous en fournissent d’innombrables témoignages. Virgile nous le rappelle :

. . . Sed in foliis quæ plurima circum

Fundimur, violæ sublucet purpura nigræ Sæpe Deum nexis ornatæ torquibusaras.

Properce (lib. III) :

Inde coronatas ubi thure piaverit aras Luxerit et tôt flamma secunda domo.

Papinius (lib. VIII, Thebaidos):

. . . . geminas ergo ilicet aras

Arboribus vivis et multo cespite texi

Temperat : innumerosque Deæ sua munera flores

Et cumulos frugum, et quidquid novat integer annus

Addit.

Stace (lib. III) :

. . . . Date serta per aras

Festa pollentes hilarent altaria lucos

Semper odoratis spirabunt floribus aræ.

Il est probable qu’au commencement les autels offraient une construction fort simple et qu’on en cachait la pauvreté par des parures de fleurs ; dans la suite ces ornements éphémères inspirèrent aux sculpteurs l’idée de les imiter et d’orner les marbres de délicates guirlandes relevées par des bandelettes que nous voyons sur les monuments de la meilleure antiquité.

Si directe et si profonde que soit l’influence des monuments païens exercée sur l’esprit des artistes chrétiens, elle ne fut pas la seule ; ils devaient puiser encore à une source d’inspiration que les traditions bibliques et la lecture de l’Écriture-Sainte leur ouvraient sans cesse; nous pouvons constater notamment que l’autel de Moïse était la figure de ceux de Jésus- Christ, et nous devons à propos des origines de l’autel chrétien rappeler les monuments qui en furent la figure symbolique.

La pierre a toujours été regardée comme un symbole de la divinité ; le nom que lui donnait les Hé-

ORIGINES

breux révélait cette signification ; aben, qui dans leur langue signifie pierre, se compose de ab, père, et de ben, fils; étymologie remarquable qui, dans la loi des figures, nous fait voir dans la pierre des autels tout à la fois le Dieu qui accepte le sacrifice et le Dieu qui s’immole ; enfin les livres saints présentent à chaque instant la pierre comme le symbole de Jésus- Christ.

La même pensée se reproduit dans le mot de sacrifice ; elle est exprimée par le nom qu’on a donné à l’autel dans toutes les langues *.

Ce sentiment présida à l’érection des premiers autels. Noé 2, Abraham 3, Isaac, Jacob dressaient simplement des pierres sur lesquelles ils égorgeaient des victimes 4.

Un sacrifice ne pouvait avoir lieu si on ne dressait une pierre pour l’accomplir ; dans la vie errante que menait Abraham, il eût été difficile de transporter des autels de pierre, mais les champs en fournissaient aux adorateurs dans les lieux où ils avaient dessein de sacrifier ; nous voyons en effet Abraham emporter le bois et la victime et se mettre à édifier l’autel 5 sur la place que Dieu lui avait désignée.

Les descendants d’Abraham suivirent cet exemple : Jacob, après la vision de Béthel, se dirigeant vers la Mésopotamie, fit un autel de la pierre qu’il avait placée sous sa tète pour dormir 6. Il l’érigea comme un monument et l’arrosa d’huile. Le lieu où il se trouvait portait le nom de Lu.\a, il l’appela Béthel : « Surgens « ergo Jacob mane, tulit lapidem quern supposuerat « capiti suo eterexitin titulum, fundens oleum desu- « per. » Ce grand événement, dit l’abbé Godard, est tout entier prophétique. Le mot Béthel signifie « maison de Dieu ». Le temple chrétien est le véritable Béthel, lieu terrible où l’homme entre en communication avec le Seigneur et qui renferme la pierre ointe de l’huile sainte, l’autel de Jésus-Christ. En souvenir de Jacob, les premiers chrétiens donnaient

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