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LA PRUDENCE DE M. DE LOUVOIS

M. de la Reynie, aussitôt après la visite nocturne de Desgrez, s'était empressé d'envoyer un courrier à Saint-Germain. Avec force détails, il faisait part à Louvois des derniers renseignements fournis' par son agent.

Le ministre, lui, ne connut pas, comme M. de la Reynie, les longues hésitations. Il eut dei suile la presque certitude que Mme de Montespan se trouvait mêlée à ces intrigues, et aussi Fintuilion que les événements ne pouvaient tarder à lui donner raison.

Louvois, toujours maître de lui, achevait la lec^ture du rapport très circonstancié de M. de la Reynie, lorsque Laclos, son fidèle valet de chambre, annonça monsieur le Heutenant général de police.

— ' Hé bien?... dit vivement le ministre.

— ■ La Voisin a été arrêtée ce matin. Je l'ai fait d'abord conduire au Petit-Ghâtelet, puis, après un interrogatoire sommaire, au château de Vincennes, sous la garde de Desgrez.

La Reynie conta les faits, et comment, grâce à la perspicacité d'un archer, le lieutenant du prévôt, assisté du commissaire Gamuset, avait pu s'emparer de Catherine, au moment oii elle sortait de réghse Bonne-Nouveille...

— Elle était seule? demanda le ministre.

— Non, monsieur. L'archer, lorsqu'il l'aperçut dans l'église, vit à ses côtés un prêtre et deux femmes, modestement vêtues, qu'il ne connaissait pas. Ceux-ci ont disparu dans la foule des fidèles, à la sortie de la messe.

Louvois se prit à réfléchir. La présence de ces deux femmes semblait l'intriguer.

Après un silence, M. de la Reynie expliqua encore comment Desgrez avait découvert, dans le jardin de la sorcière, an gentilhomme de la maison de Monsieur.

— ■ Un gentilhomme de la maison de Monsieur ! fit Louvois, étonné.

^— Oui, monsieur. Il était grièvement blessé, parait-il, et l'état de faiblesse dans lequel il se trouvait n'a pu permettre à Desgrez de le faire parler... Mais, dès mon retour à Paris, j'irai à la Bastille où je l'interrogerai moi-même.

— C'est bien, et vous me rendrez compte aussitôt de cet interrogatoire... Mais que nul, jusqu'à nouvel ordre, ne sache le nom de ce gentilhomme, quel qu'il soit... Y a-t-il autre chose de particulier ?

Le lieutenant de police remit à Louvois le brar celet et le parchemin trouvés par Desgrez.

Le ministre les considéra longaiement.

— Cette découverte, dit-il, en reconnaissant le

portrait, est de la plus haute importance, monsieur, et j'estime qu'il faut nous tenir, quant à présent, sur la réserve...

— Pourtant... voulut répartir le lieutenant de police.

— Oui, monsieur, interrompit Louvois, il convient, dans un pareil cas, je le répète, d'agir avec la plus grande circonspection...

— ■ C'est aussi mon sentiment, monsieur. Mais alors, que dois-je faire ?

— ■ Vous allez rédiger, le plus tôt possible, un rapport dans lequel vous relaterez tous les événements de la matinée... Vous me l'adresserez et je le remettrai au Roi... Mais vous vous abstiendrez de nommer la dame de qualité venue, hier soir, chez la Voisin, et de laisser paraître le moindre soupçon sur la part qu'elle aurait prise en cette affaire.

Et, comme le lieutenant de police semblait s'étonner de ces ordres restrictifs, si peu en harmonie avec le caractère violent de Louvois, celuici reprit :

— Croyez-moi, monsieur, une telle accusation ne peut venir de nous. Nous tenons la Voisin et nous ne tarderons pas, je l'espère, à nous emparer de ses deux acolytes. Romani et Lesage, ceuxlà même dont votre agent Desgrez fit, hier, la connaissance... S'ils possèdient d'autres complices, la Voisin, Romani et Lesage, eux-mêmes, nous apprendront leurs noms.... La /cjuesLion a délié bien d'autres langues que les leurs !

M. de la Reynie, en sage et consciencieux ma-

gistrat, ne pouvait qu'approuver l'habile et prudente conduite du ministre.

— Ainsi donc, continua M. deLouvois, que votre rapport me soit remis demain matin... D'ici là, faites-moi tenir au courant de tout ce qui se produirait de nouveau. A demain !

Le lieutenant de police prit congé.

— A la B'astille! ordonna-tril au cocher, en remontant dans son carrosse.

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